Portrait Pascale Rossler

Projet de CPER : la biodiversité

Intervention de Pascale Rossler

 

Cher Monsieur le Préfet, cher Monsieur le Président, chers collègues,

« J’ai grandi au milieu des animaux. Parfois je m’endormais près d’un ours ; à mon réveil un autre animal était à mes côtés, un renard, un loup, un putois… Comme eux, j’étais un être de la nature »… Ceci est un extrait d’une interview de Dominique Rankin, un Amérindien arraché à sa terre à l’âge de 7 ans, aujourd’hui écrivain et leader spirituel qui œuvre pour la paix.

Aujourd’hui le lien à la nature a disparu ou presque. Elle est accessoire, voire la variable d’ajustement, dans trop de nos vies et trop de nos choix. Pourtant la disparition de la nature qui ne cesse de s’accélérer enlève tant à l’homme.

Il y a peu, l’équivalent en superficie d’un département français de terres naturelles et agricoles disparaissait tous les 10 ans. Ce rythme s’accélère encore et représente aujourd’hui un département tous les 7 ans.

Ce que l’ONU a qualifié de « subventions perverses pour l’environnement », c’est à dire les aides publiques qui comportent une incidence sur la dégradation de l’environnement, représentent 150 milliards d’euros par an, soit 10 fois plus que les aides à la préservation de la biodiversité.

Pourtant la nature nous rend gratuitement un nombre incalculable de services, ou plutôt un nombre calculé : le coût de l’inaction dans ce domaine de la biodiversité correspond à 3 000 milliards d’euros par an, 7% du PIB mondial, l’équivalent de l’enjeu climatique.

A l’instar du CESER qui note « le renforcement de l’implication de la Région en matière de biodiversité pour compenser le désengagement de l’Etat », nous nous réjouissons et saluons l’attention, et l’effort porté par tous à cette question.

Le PNR de la Brenne, seul concerné par le CPER de notre Région Centre-Val de Loire, se voit amplement sécurisé dans son enveloppe.

En revanche, concernant les associations naturalistes, l’enveloppe de l’Etat inscrite diminue fortement, et voit son action priorisée sur les secteurs classés Natura 2000. Si les Agences de l’eau vont permettre des actions en faveur de la connaissance sur les zones humides, leurs partenariats se portent préférentiellement sur les différents syndicats en la matière, légitimes pour ces actions.

Ainsi, concernant les volets connaissance hors zones humides et Natura 2000, et l’éducation à l’environnement, déterminante au vu de la conscience collective très en deçà des enjeux aujourd’hui, le contrat, à son niveau de précision actuel, ne permet pas d’honorer les besoins conjointement identifiés par l’Etat et la Région lors de l’élaboration du SRCE.

Cet exercice mené dans le cadre d’une responsabilité partagée a en effet permis d’identifier l’importante marche restant à gravir tant en terme d’inventaires que de pédagogie pour tous.

Si l’Etat allait jusqu’ici un peu plus loin que la Région en matière de connaissance, et la Région plus loin en matière d’éducation à l’environnement et au développement durable, nos actions conjointes sont depuis quelques années articulées en parfaite optimisation des deniers publics et au vu des enjeux.

Les associations naturalistes se sont fédérées, professionnalisées et ont adopté une stratégie partagée, couvrant tous les champs, publics et thèmes à enjeux, ceci au sein de l’Ecopôle, qui met en œuvre l’Observatoire Régional de la Biodiversité (ORB), également copiloté Etat-Région.

Et si les credits régionaux sont à la hausse, et nous le saluons sincèrement, sans les cofinancements de l’Etat les projets ne pourraient aboutir (vous aurez, noté Monsieur le Préfet, que j’emploie le conditionnel), cet engagement serait donc probablement inutilisable.

Ainsi, Monsieur le Préfet, la copie actuelle nous amène à questionner à la fois le niveau d’ambition et la cohérence par rapport à cet enjeu majeur dont nous partageons pourtant le constat.

C’est pourquoi nous ne saurions nous résoudre à cette version et sommes convaincus que les semaines à venir vont permettre de préciser l’affectation des enveloppes dans le bon sens.

Pour que le futur s’invite dans nos choix, parce que sur ces sujets, nous le savons tous, nous serons tous perdants ou tous gagnants.

Merci pour votre attention.