Projet régional de santé : approche alimentation

Intervention de Christelle de Crémiers

 

A l’heure où, après plus de cinquante ans d’artificialisation continue de notre environnement, au premier plan duquel notre alimentation, les effets se font sentir sur les populations les plus jeunes, il est difficilement concevable que le Projet Régional de Santé en 2018 soit aussi peu à la hauteur des enjeux en matière de prévention. Comme le rappelait Alix Téry-Verbe, avoir choisi de traiter à part le volet santé-environnement du Projet global de santé pour notre région, procède d’une méconnaissance dangereuse de ce qui traverse aujourd’hui les grandes évolutions de santé publique.

Lors de l’élaboration de la stratégie régionale pour l’alimentation, nous avons souffert d’un manque chronique de données épidémiologiques sur l’influence de l’alimentation actuelle sur la santé des habitants de notre région. Et ce n’est pas faute pour les services d’avoir demandé. Une seule étude a été réalisée par l’ARS. Elle date de 2012. Six ans déjà, alors qu’en la matière les évolutions sont visibles d’une année à l’autre. Cette étude, trop sommaire à notre goût, apportait quand même deux conclusions essentielles :

1. Notre région est au-dessus de la moyenne nationale concernant deux maladies liées directement à l’artificialisation de l’alimentation : le diabète et l’obésité.

2. La prévalence de ces maladies est bien fonction du niveau de revenus. Plus les revenus sont modestes, plus les gens sont malades. La malbouffe tue à petit feu.

La caractéristique des maladies liées à l’environnement, c’est à dire provoquées par l’introduction de particules artificielles inconnues de notre organisme à travers l’alimentation, les médicaments, l’air, l’eau, les habits, les ondes, les cosmétiques… c’est qu’elles ne sont généralement pas curables. Il s’agit des maladies auto-immunes, comme le diabète, mais il y en a de très nombreuses, de moins en moins rares qui se manifestent, des maladies dégénératives, des cancers incurables qui désormais frappent dès l’adolescence. L’espérance de vie aux Etats-Unis ne baisse pas parce que les plus âgés meurent plus tôt, mais parce que les plus jeunes meurent plus vite.

Là encore, ce Projet Régional de Santé est défaillant. Les maladies qui sont en pleine expansion aujourd’hui sont des maladies au long cours, des Affections de Longue Durée (ALD), et une politique élémentaire d’accès aux soins doit prendre cette réalité en compte. Or le Projet qui nous est proposé par l’ARS, au lieu d’anticiper, de prévoir et de protéger, bref de répondre en responsabilité aux défis actuels, à la fois par la prévention et par l’accompagnement des ALD, reste prisonnier d’une vision comptable étriquée qui est celle de la marchandisation de la santé et d’une conception restrictive et simpliste du diagnostic et du soin, promue par l’industrie pharmaceutique.

Notre Région, néanmoins, a choisi de mener une politique pionnière et novatrice en matière d’alimentation pour la prévention santé sur le long terme. Au-delà d’une politique volontariste en faveur de l’agriculture biologique, elle lance une dynamique pour accompagner les acteurs économiques de la transformation alimentaire, PMI, artisans, producteurs transformateurs… pour se passer d’additifs chimiques de synthèse. Pour cela, il est nécessaire de disposer d’un référentiel. Incroyable, mais vrai, il n’existe pas de référentiel ni au niveau national ni au niveau européen pour les additifs chimiques de synthèse. Pire, les fabricants d’additifs chimiques n’ont pas d’obligation de décrire les ingrédients de leur cocktail quand ils vendent leurs produits à des transformateurs qui sont, à leur tour, incapables d’informer correctement les consommateurs. Tel est le piètre état de départ dans lequel nous sommes. Mais cette réalité est une source de mobilisation des acteurs, je veux saluer en premier lieu les chambres de métiers, ainsi que l’ensemble du comité spécialisé C du Centre, qui a décidé de créer une marque alimentaire régionale qui intégrera des critères sur l’origine des produits, mais aussi sur la qualité nutritionnelle et mettra en valeur l’engagement des entrepreneurs et des artisans à préparer nos aliments sans recours aux additifs chimiques de synthèse. C’est un beau défi pour lequel nous devrions bénéficier aussi du soutien de l’Etat. Puisse l’ARS, si elle revoit son projet, en tenir compte.