Réponse à l’amendement de Guillaume Peltier pour des jumelages entre les « cœurs historiques des nations »

Intervention de Charles Fournier

Cela fait 3 ans (depuis l’adoption de la stratégie régionale en matière d’action internationale, en 2017)  que le groupe UDC demande régulièrement, par le biais d’amendements ou de vœux, que soit mise en place une coopération de jumelages entre ce que vous appelez les « cœurs historiques des nations ».

Cette notion de « cœurs historiques des nations » et les exemples que vous mentionnez, les mêmes à chaque fois d’ailleurs (le Péloponnèse, le Latium, Saint-Petersburg), posent à nos yeux un certain nombre de questionnements :

  • Qu’est-ce, au fond, que le « cœur historique d’une nation » ? C’est une notion assez discutable. D’ailleurs, Saint-Petersbourg, c’est la ville que fait construire le tsar Pierre le Grand au début du 18ème siècle, au terme d’un long conflit avec la Suède qui lui a permis d’obtenir un accès à la mer Baltique. C’est seulement à partir de cette époque que les Romanov en ont fait leur nouvelle capitale, ce qui symbolisait d’ailleurs à l’époque l’ouverture de la Russie vers l’Europe…
  • Pourquoi  des exemples aussi connotés ? On dirait qu’il s’agit moins de mettre en place de véritables coopérations avec ces Régions que de célébrer le souvenir de la domination de la cité de Sparte, celui des empereurs romains ou encore celui des tsars de Russie… Vos références historiques tournent systématiquement autour d’un récit national, de la domination des rois, des empereurs… Vous ignorez qu’il peut y avoir aussi une histoire tolérante, celle des individus, des sociétés libres, des luttes sociales, de la démocratie, sans la tyrannie d’un passé fondateur sacralisé…
  • Du point de vue de l’ensemble de nos coopérations, vous demandez d’en ajouter 3 en Europe, est-ce que ça a un sens ? Vous parlez d’histoire, mais l’Afrique, l’Asie, l’Amérique latine ne font-elles pas elles aussi partie de l’histoire ?
  • Une coopération ou un jumelage, ça se fait à deux. Nous ne voyons pas bien comment dans un vœu on déciderait du principe d’un « jumelage » avec la « Périphérie » du Péloponnèse (les Régions grecques s’appellent en effet des « Périphéries »). Ça ne se passe pas comme cela…
  • Votre vœu insiste sur l’intérêt de mettre en place ces coopérations pour « favoriser le tourisme à rayonnement international ». Permettez-nous de considérer que c’est une conception particulièrement étroite de la coopération…

En fin de compte, nous ne voyons pas l’utilité de dire dans un amendement à ce rapport sur les « Nouvelles Renaissances » que nous allons coopérer avec telle ou telle Région. Donc nous ne voterons pas cet amendement, ce qui ne nous empêchera évidemment pas de soutenir des coopérations culturelles, comme nous le faisons déjà.