Retour sur l’année 2019 : compte administratif, rapport d’activité et de développement durable

Intervention de Charles Fournier

Une note d’ambiance peu réjouissante sur le front du climat

Avant de débattre ensemble de ce CA, nous ne pouvons que constater le décalage énorme qu’il y a entre cette photographie de 2019 et la situation d’aujourd’hui.

Je souhaite aussi rappeler le contexte « multi-crises » que nous vivons et la période exceptionnelle que nous avons vécue, sur fond de crise climatique accéléré et de dégradation rapide de la biodiversité.

L’année dernière, pour la session de juin, la canicule frappait durement notre Région et la France, avec des températures au-dessus de 40°. L’été dernier également, on enregistrait pour la première fois des températures dépassant les 50° en Inde ou au Moyen-Orient. Cette année, le record de température est pour la Sibérie avec un maximum de 38°. Voilà le véritable danger, qui nous attend beaucoup plus vite que prévu ! 2019 a été aussi l’année où les mégafeux ont frappé l’Amazonie et l’Australie et celle d’une sécheresse exceptionnelle. L’heure est très grave, on ne le redira jamais assez. Il faut agir vite et il n’y a pas de solutions que nous ne connaissons pas.

La réponse au dérèglement climatique, c’est accepter de remettre en cause notre modèle de développement, accepter de réorienter fortement les politiques pour qu’elles ne subventionnent plus les logiques qui concourent à la perte du vivant et de nos sociétés.

L’émergence d’un « front anti-écolos » malgré l’urgence climatique

Oui cela fait peur de changer, oui il y a des résistances, des intérêts économiques et financiers, mais tôt ou tard nous n’aurons pas le choix. Si nous ne voulons pas subir et agir n’importe comment dans l’urgence, il faut changer, changer vite, le faire-démocratiquement, avec les citoyens et avec comme priorité, la justice sociale. 

Malheureusement, alors que l’écologie devrait être une boussole commune, nous avons vu lors de la dernière séquence électorale l’émergence d’un « front anti-écolos ». Au-delà, d’un discours excluant, dangereusement caricatural, je regrette ces dynamiques qui n’élèvent pas le débat, pas plus qu’elles n’apportent de propositions.

Le pire, c’est que ce « front anti-écolos » s’étend même jusqu’à la Convention citoyenne pour le climat. Alors qu’enfin, un processus démocratique, citoyen, novateur, émergeait, on a entendu toutes les critiques les plus caricaturales (mais aussi quelques critiques constructives), : celles que nous autres écologistes sommes habitués à recevoir depuis 40 ans. Cette Convention citoyenne répondait au mouvement des Gilets jaunes qui s’élevait contre une vision technocratique de l’écologie et voulait réconcilier fin du mois et fin du monde. Elle a travaillé comme n’importe quel jury d’assises, mais surtout, elle a montré que la démocratie est aussi citoyenne, que cet outil démocratique en appelle d’autres et à d’autres échelles. Il est incompréhensible de décrédibiliser le travail de cette convention citoyenne, constitué de citoyens tirés au sort, n’ayant aucun intérêt politique ou financier. Nous proposerons, d’ailleurs un vœu pour proposer aux autorités préfectorales une déclinaison régionale de cet outil, en lien avec la politique de démocratie permanente de la Région.

La crise a été propice à la réflexion pour des solutions concrètes de court-terme et de plus long terme

La crise de la Covid-19 a validé bon nombre de nos diagnostics et a renforcé la pertinence nos propositions. Elle a montré de manière inquiétante que les populations n’étaient pas préparées psychologiquement et matériellement à une situation de crise, à un choc brutal qui bouleverse nos modes de vie. Au-delà de ça, on retiendra a minima que notre modèle économique est fragile et aberrant écologiquement, que l’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre rapidement et que les métiers essentiels à la vie sont les plus mal considérés et les plus mal payés.

Passons de la parole aux actes, des orientations schématiques à la mise en œuvre concrète accompagnée de moyens suffisants. Réorientons les politiques de développement économique. Arrêtons d’alimenter un modèle économique dit « néolibéral » (pour reprendre l’expression de Nicolas Hulot) en continuant à utiliser l’argent public pour amortir la casse sociale des délocalisations et pour rendre concurrentiels nos PME et ETI dans une économie à la concurrence déloyale.

Bien sûr, il fallait et il faut encore parer les urgences. La prise en charge par l’État du chômage partiel était une nécessité, tout comme il était nécessaire d’éviter les faillites en cascade de TPE-PME impactées par la crise. L’autre chantier qui reste plus incertain porte sur la « relance ». Repartir comme avant faute de volonté de changer ou tout réinventer pour mieux se protéger et mieux vivre, là est la question.

Dans cette période de bouleversements, on a vu émerger des paroles et des prises de position fortes. Des mots jusqu’ici interdits ont été répétés à qui mieux mieux : relocalisation, résilience, coopération plutôt que concurrence, réaffirmation des métiers fournissant les besoins de première nécessité...

Mais le pire serait une nouvelle fois de s’arrêter aux mots. Il faut passer aux actes. C’est pourquoi, notre groupe a mis à profit ce moment pour faire un pas de côté et imaginer le grand pas en avant nécessaire pour engager le virage nécessaire. Et cela doit de notre point de vue se traduire dès la DM1 dont nous débattrons ce jour.  

Ce plan s’articule autour de la relocalisation, de la résilience et de la solidarité.

Il est urgent dans ce contexte de soutenir les associations agissant sur le front de la pauvreté, de créer les conditions d’amortisseur social comme l’État et la Région le font pour les TPE, PME de la Région.

Il est urgent de faire de ce choc entraîné par la Covid-19 une opportunité pour rebondir différemment, en remettant au cœur de l’action politique, de l’action économique : l’humain et la planète, sans quoi nous nous exposons à des risques d’une ampleur non maîtrisable.

Compte administratif 2019 : le bilan financier de l’avant-Covid…  

La particularité cette fois-ci, c’est que cela nous ramène à l’année 2019, donc à la situation d’avant la crise générée par la pandémie de Covid-19.

Il est difficile d’évoquer cet exercice en ayant en tête ce que nous vivons aujourd’hui : commenter les chiffres de 2019 ne dit plus grand-chose de la situation que nous allons connaître.

Malgré cela, nous pouvons mesurer au travers du CA 2019, et c’est tant mieux même si cela sera insuffisant, que notre Région est bien gérée, avec des soldes intermédiaires de gestion et un niveau d’épargne qui se maintenaient au 31 décembre dernier à un niveau très correct, conforme en tout cas aux objectifs financiers que la majorité régionale avait fixés il y a plusieurs années :

  • le taux d’épargne brute s’élevait à 19,9% ;
  • l’épargne nette était à 189 M€, donc nettement au-dessus de l’objectif-cible de 150 M€, en progression de 21 M€ par rapport à 2018 ;
  • la capacité de désendettement de la Région se situait à 3,06 années, donc bien en-deçà du ratio que du maximum de 5 ans que nous nous étions fixés.

Mais redisons le, ces chiffres sont un peu – voire largement – en décalage avec la nouvelle situation financière de notre collectivité, dont nous reparlerons très vite lors de la décision modificative du budget 2020 et plus tard lorsqu’il s’agira de construire le budget 2021 : car non seulement la situation entraîne et entraînera des interventions très volontaristes de notre collectivité pour faire face à cette crise… mais nous aurons aussi à faire face à une dégradation des recettes du fait de cette crise…

Passer d’un RADD promotionnel à un tableau de bord opérationnel de la transition

Au-delà des chiffres, nous votons le RADD, restitution tout à la fois de l’essentiel de l’activité de notre collectivité mais aussi et c’est une exigence réglementaire, de l’état d’avancement du mal nommé développement durable.

Sur cet aspect et comme je l’avais dit l’année dernière, nous regrettons que ce RADD soit un récit annuel d’actions relevant du développement durable, plus qu’un véritable outil de pilotage au service de la transition écologique, sorte de baromètre annuel de l’écologisation des politiques régionales. Nous souhaitons donc la mise en place d’un tableau de bord de la transition et ce travail s’amorce dans le cadre de la COP régionale.  

Il est utile à la fois pour mesurer les avancées mais aussi pour les partager et les rendre accessibles à nos concitoyens. Ainsi le respect des accords de Paris en serait la pierre angulaire et nous pourrions évaluer l’état d’avancement réel et l’impact de nos politiques.

La Région est outillée et prête pour la transition écologique

Le RADD présenté ici donne néanmoins à voir l’engagement de la collectivité en direction de la transition écologique pour 2019. Il met en avant la palette des dispositifs et projets, témoignant d’une Région outillée pour engager la transition et prête à agir.

Je voudrais donner quelques illustrations de ces outils mis en mouvement en 2019 et qui peuvent nous permettre d’engager plus fortement le virage que j’évoquais en début d’intervention.

  • D’abord et bien sûr, la « COP régionale », outil de démocratie permanente pour la transition, qui a encore plus de sens dans le contexte post-crise que nous vivons.  Elle peut donner la priorité aux engagements en faveur de la relocalisation, l’économie circulaire et l’écologisation de l’économie. Elle donne un cadre de travail multipartenarial de dialogue et de construction commune pour agir.
  • La feuille de route de l’économie circulaire a pour objectif de mettre en réseau acteurs économiques et citoyens autour de l’économie de la prévention des déchets, de la valorisation organique, du recyclage, de l’Écologie Industrielle et territoriale (EIT) et de l’économie de la fonctionnalité et l’écoconception. Concrètement, elle permettrait la mise en place de véritables filières structurées relevant de l’économie circulaire. L’un des premiers chantiers est pour nous (et c’est une proposition forte de notre plan de relance) sera la structuration d’une filière économique des matériaux biosourcés (paille, chanvre, lin, …), à savoir des matériaux écologiques pour la construction, pour une meilleure performance d’isolation.
  • La rencontre sur l’impact de la transition écologique sur les formations ayant réuni plus de 120 personnes à l’initiative de la Région et en partenariat avec Orléans Métropole et le GIP Alfa Centre, a permis, au-delà d’un débat constructif, d’ouvrir des perspectives d’avenir dans le cadre du PACTE régional d’investissement dans les compétences 2019-2022 et de la COP régionale. Même si à ce jour, l’ensemble des acteurs de la formation avancent au rythme de l’économie vers les métiers de la transition, l’intérêt et la nécessité de cette orientation nouvelle pour la formation crée de l’enthousiasme, du renouvellement et surtout un défi sans précédent.
  • On pourrait évoquer aussi la plateforme régionale de mobilisation et d’engagement pour « Une région 100 % santé » pour lutter contre la désertification médicale, la nouvelle gamme tarifaire Rémi, des aides pour les jeunes…

Des outils sont là et l’exercice 2019 en a conforté ou ajouté d’autres. Nous avons donc les clés pour engager une transition immédiate et plus rapide de nos activités. Nous sommes à un moment décisif, nos concitoyens sont de plus en plus nombreux à le comprendre et à le demander. Ecoutons cette aspiration et osons les changements !

Un mot enfin sur le possible changement de date des élections régionales que nous considérons comme un scandale démocratique, à savoir les négociations de « marchands de tapis » initiées par le gouvernement au sujet de la dates des prochaines élections régionales. Pour nous, aucun plan de relance, aussi important soit-il, aucune loi de décentralisation, aussi urgente soit-elle pour engager une véritable décentralisation, ne légitime un changement de date et de scrutin.  La véritable légitimité démocratique repose sur le respect financier, donc sur l’importance de garantir des compensations financières sans contreparties, à la hauteur de la réalité des territoires. Nous l’évoquerons dans un de nos vœux. L’État doit non seulement compenser la CVAE mais aussi engager une réflexion sur les recettes directes des Régions et aussi sur l’idée que les finances des Régions reposent sur la consommation et le pétrole. Là est le véritable problème qu’il nous affronter tôt ou tard.