Sécheresse : la crise de l’eau est directement liée au dérèglement climatique

Niveau exceptionnellement bas de la Loire ou encore du Cher, température des eaux de rivières en forte hausse, prolifération d’algues génératrice de cyanobactéries, renforcement des mesures de restrictions de consommation d’eau : la grave situation hydrologique que connaît le territoire régional en ce début d’été 2019 nous permet de mesurer dans notre quotidien des conséquences concrètes du dérèglement climatique sur ce bien commun qu’est l’eau, source de toute vie sur Terre et condition de l’avenir de l’humanité.

La crise climatique entraîne mécaniquement une aggravation de la crise aquatique. En 2050, selon les scénarios, les débits moyens annuels des cours d’eau en France diminueront de 10 à 40 % et les pluies comme les sécheresses seront nettement plus fréquentes et violentes. Au-delà de la nécessité de limiter cette tendance lourde en cherchant à réduire l’augmentation des températures, il  va être également impératif de changer profondément la gestion de l’eau, sans quoi nous nous exposerons à ne plus pouvoir approvisionner les populations et les territoires. Cela nous oblige à construire une nouvelle politique de sobriété et à restaurer les milieux aquatiques et les capacités d’infiltration des sols pour qu’ils nous aident à ralentir le cycle de l’eau.

La priorité est de réduire la consommation, et ce pour tous les usages.  L’eau de qualité étant amenée à être de plus en plus limitée, nous devons collectivement progresser pour en faire une meilleure utilisation. Il ne s’agit pas simplement de la partager, mais de réduire nos consommations dans toutes les activités.

Aujourd’hui, l’irrigation (en particulier celle du maïs en été) contribue très fortement à la diminution de la ressource en eau des bassins versants. Et pourtant, 86 % de la politique de l’eau et de la biodiversité est financée par la facture d’eau potable et repose donc en majeure partie sur les consommateurs. Cette injustice ne peut plus durer.

La qualité de l’eau est aussi un enjeu fondamental. Le bon état des eaux ne sera pas atteint tant qu’on ne s’attaquera pas réellement à la pression croissante des pollutions diffuses (nitrates, pesticides, perturbateurs endocriniens, rejets industriels et ménagers), en mobilisant les financements permettant les conversions et les maintiens de systèmes agricoles à bas niveau d’intrants (l’agriculture biologique en particulier), mais aussi en accentuant les redevances sur ceux qui polluent.

Il faut aussi redonner aux cours d’eau leurs tracés d’origine, replanter des arbres sur les rives, protéger les berges avec des tressages végétaux, supprimer les barrages inutiles et équiper ceux qui ont encore un usage pour permettre aux poissons et aux sédiments du cours d’eau de circuler librement et éviter son échauffement trop rapide.

La prolifération d’algues vertes filamenteuses du genre Cladophora, que nous pouvons constater dans la Loire et dans le Cher, doit nous alerter. Elle est le résultat de tous ces facteurs réunis : trop de nitrates, faiblesse des débits, température de l’eau élevée. Cette prolifération constitue une menace pour la faune aquatique. Si l’activité des pêcheurs professionnels est d’ores et déjà sérieusement entravée, d’autres  risques sont plus graves, comme l’apparition et la prolifération des nouvelles espèces de cyanobactéries fortement productrices de neurotoxines, déjà apparues en Loire en 2017.

Enfin, la dépendance du nucléaire à une ressource en eau abondante est de nature à sérieusement mettre en doute sa résilience dans le contexte du dérèglement climatique. En 2013, à l’échelle nationale, plus de 54 % des prélèvements dans les eaux de surface étaient destinés à la production d’énergie, essentiellement pour le refroidissement des centrales ! Par ailleurs, faut-il rappeler la nécessité que la Loire, qui alimente les centrales de Belleville, Dampierre, Saint-Laurent et Chinon ait un débit suffisant ? En France, durant la canicule de l’été 2003, 17 réacteurs nucléaires avaient dû soit réduire leur production d’électricité, soit être mis à l’arrêt, et EDF avait dû acheter de l’électricité dans des pays voisins. A l’époque, pour soutenir l’étiage de la Loire, 70 millions de m3 avaient dû être déstockés de la retenue de Villerest et 110 millions de m3 de celle de Naussac, ce qui n’avait pas suffi pour garder un débit supérieur à 60 m3 au niveau de Gien (alors que la moyenne interannuelle de juillet est de 139 m3) : l’objectif avait alors été ramené à 45 m3. Le 3 juillet 2019, le débit y est descendu sous les 50 m3 par seconde…

Les élus du groupe écologiste au Conseil régional Centre-Val de Loire