Sport et transition écologique

Intervention de Charles Fournier

Si la pratique du sport représente pour les écologistes de nombreuses vertus qui ont été rappelées par mes collègues pour la santé, pour notre capacité à vivre ensemble, comme levier d’insertion, elle n’en est pas moins, comme toutes les activités humaines, elle aussi concernée par la construction de notre empreinte carbone et elle est aussi génératrice d’effets sur notre environnement. Faut-il rappeler que notre pays connait un jour de dépassement largement supérieur à la moyenne mondiale, c’est-à-dire le jour à partir duquel nous sommes débiteurs du point de vue écologique, où notre empreinte écologique dépasse la capacité de notre nature à se renouveler ? Ainsi, si tout le monde vivait sous nos standards de vie, cette date serait au 5 mai ! Vous pouvez mesurer la catastrophe. Alors oui toutes nos activités doivent être passées au tamis des enjeux écologiques et le sport n’y échappe pas. D’ailleurs si nous ne repoussions pas sans arrêt les décisions majeures, peut-être que la question ne se poserait pas avec une telle acuité.

Car il est vrai aujourd’hui que le « en même temps » ou le « mais naturellement » en d’autres époques, ne marche plus. Vouloir encore raconter qu’il y a compatibilité possible entre deux choses contraires ne marchent pas. Nous avons la responsabilité de ne plus accepter les mauvais compromis.

Ainsi les sportifs (femmes et hommes), qu’ils soient du dimanche, footballeurs professionnels, gymnastes ou fréquentant une salle de sport, tous à travers leur pratique sportive ont un impact environnemental : se déplacer pour aller s’entraîner, se rendre aux compétitions, prendre sa douche, éclairer les salles de sport, les chauffer l’hiver, tout ceci a un impact loin d’être négligeable…

Les grandes compétitions médiatiques illustrent parfaitement les dérives qu’il est possible d’observer dans le sport moderne. Le tournoi de Roland Garros génère 160 000 tonnes de CO2, le Tour de France : 341 000 tonnes, les Jeux Olympiques de 2016 au Brésil ou la dernière coupe du monde de football en Russie ont provoqué chacun l’émission de plus de 2 millions de tonnes de CO2 soit, en quelques semaines l’équivalent de 2 millions de passagers Paris-New-York ou les émissions annuelles de près de 300 000 français !

Alors je voudrais regretter ici que ce rapport n’intègre pas ces enjeux car nous sommes invités dans toutes nos responsabilités à répondre à cet enjeu.

Ainsi, nous pourrions défendre ici :

  1. Des bâtiments moins énergivores, même si nous faisons déjà beaucoup, ces équipements demandent souvent des exceptions. Un exemple : le gymnase de Pezou, dans le Loir-et-Cher, est isolé avec des murs en paille.
  2. L’implantation de production d’énergie solaire dans les stades et sur les gymnases, comme sur le gymnase à énergie positive de Saint-Laurent en Gatines.
  3. Des évènements éco-conçus : En France, il se déroule chaque année 2,5 millions d’événements sportifs de plus ou moins grandes ampleurs. Chacun a sur son territoire un fort impact sur son environnement. Nous trouvons de nombreux guides permettant d’accompagner les organisateurs d’événements sportifs dans l’éco-conception et l’éco-réalisation de leur projet. Nous pourrions encourager très fortement les manifestations écoresponsables dans le sport, là aussi des efforts sont fait mais nous manquons d’un cadre pour aider au renforcement de ces efforts : la formation des organisateurs, la labellisation (à voir par rapport à MME). Notamment dans les domaines suivants : Gestion des déchets, Prise en compte de l’énergie et du climat, Transport et éco-mobilité
  4. Un plan piscine qui tienne compte de ces enjeux. Aujourd’hui nous construisons souvent des centres aquatiques avec des « gadgets » énergivores ou des bassins nordiques. Ainsi, certaines piscines neuves consomment autant que les piscines des années 90. On appelle cela l’effet rebond et nous pourrions faire un parallèle avec les voitures plus on les améliore plus nous avons tendance à faire des voitures plus grosses qui annihilent les effets positifs.
  5. Nous pourrions enfin dire stop aux financements publics pour les sports à très fort impact, nous n’en avons plus les moyens (au sens : moyenx pour sauver notre climat et notre environnement). La collectivité n’a pas à encourager ces pratiques à fort impact. Notre groupe distingue dans ses votes par exemple sur les sports motorisés des autres sports. Emettant des gaz à effet de serre, entraînant une pollution de l’air mais aussi une pollution sonore, il nous semble qu’ils ont tout faux au regard des évolutions sociales et écologiques nécessaires à l’humanité. Il ne nous appartient pas en tant qu’élus régionaux de les autoriser ou de les interdire, mais nous nous refusons à les encourager en les subventionnant
  6. Mais nous pourrions aussi demander aux ligues d’intégrer dans leurs plans d’actions des mesures pour la réduction de l’empreinte écologique. Certaines le font déjà, cela doit pouvoir devenir la règle.
  7. Le sport est un formidable vecteur d’éducation universel. C’est un outil idéal pour faire passage des messages à un public très large, varié en tout temps et très captif car passionné. Nous pourrions aussi nous appuyer sur la formidable capacité du sport à nous réunir pour réussir cette mobilisation générale que nous appelons de toute urgence et qui fera l’objet d’un vœu pendant cette session. Les évènements sportifs sont l’occasion de sensibiliser chacun et chacune, de susciter des initiatives individuelles et collectives pour engager et pousser les changements nécessaires. Des sportifs donc des citoyens plus conscients des enjeux.

Je ne peux terminer mon intervention sans évoquer Paris 2024. Vous connaissez notre position plutôt mitigée sur les Jeux, du moins dans leur conception moderne. Les dernières éditions ont permis de mesurer les impacts majeurs de ces évènements sur l’environnement mais aussi leurs conséquences sociales. L’engouement populaire ne suffit pas à masquer les effets négatifs. Pour Paris 2024, il nous est promis des jeux écologiques. Maintenant qu’ils sont actés à Paris, nous formulons le vœu que cette promesse de jeux plus écologiques ne s’envole pas sur l’autel des contraintes. Vous savez l’écologie punitive… Le « en même temps », le «je voudrais mais j’peux point »…Vous comprenez quand même c’est d’abord l’emploi, l’économie et puis c’est une formidable fête…

Et si nous devons soutenir ces jeux, leurs prolongements et mesures de visibilité dans notre région, alors par cohérence avec tout ce que nous dirons ici et ailleurs sur le climat, nous devrons avoir cette même exigence. Nous serons avec vous pour porter cette exigence.

Je vous remercie.