Portrait Pascale Rossler

SRADDT et biodiversité

Intervention de Pascale Rossler

Monsieur le Président, mes chers collègues, il me semble important de souligner à mon tour l’excellente qualité du travail et la mobilisation de tous qui ont permis l’aboutissement de ce document essentiel et ambitieux qu’est le SRADDT. 

La préservation de la biodiversité est, avec la lutte contre le changement climatique, l’un des grands enjeux auxquels la Région Centre, à l’instar des autres territoires, est confrontée. Face aux enjeux sociétaux, de court terme, économiques ou d’aménagement du territoire, la préservation de l’eau et de la biodiversité n’apparaît pas toujours comme une priorité. 

Le modèle d’éco-région, proposé par le SRADDT, est celui d’une région qui considère que son futur consiste à trouver un équilibre fécond entre les différentes dimensions du développement, qui entend répondre aux urgences actuelles en préparant l’avenir. C’est cela la modernité. 
C’est une région ou l’économie se porte bien, ou elle crée des emplois et de bonnes conditions de travail, ou les habitants ont des relations sociales riches, bénéficient d’une offre culturelle variée et de proximité, s’appuyant notamment sur le patrimoine régional. Le tout, dans un environnement naturel de qualité, qui est un atout pour l’économie et le social. C’est cette ambition 2020 qui nous a rassemblés, au travers des différents territoires de la Région lors des nombreux forums citoyens, qui ont permis la naissance de ce SRADDT et initié la réflexion des habitants. 

Or c’est autour du Val de Loire que se concentre la majeure partie de la population de notre région, de notre économie et de la richesse de notre patrimoine culturel et naturel. C’est donc un territoire riche, dans toutes les dimensions du terme, et ces richesses sont la source de fragilités, voire de vulnérabilités. Le dynamisme économique et démographique fait donc peser une pression importante sur des espaces naturels extrêmement fragiles. 

L’importance singulière du tourisme et de ses retombées économiques, associant les offres identitaires du territoire (gastronomie, œnologie, patrimoine culturel, historique), peut être une menace, comme un vecteur de préservation des valeurs universelles d’exception reconnues par l’UNESCO, si ses impacts sont bien maîtrisés. 

La stratégie régionale pour la biodiversité en cours d’élaboration (et qui vous sera présentée en octobre), s’intègre dans les objectifs de la convention internationale sur la diversité biologique adoptée à Nagoya en octobre dernier. La stratégie nationale pour la biodiversité, révisée depuis peu pour se mettre en conformité avec ces accords internationaux historiques, a permis une large concertation, et l’ARF y a adhéré et participé résolument, montrant ainsi sa volonté de collaboration sur ces questions d’intérêt collectif majeur. 

Or les actions prioritaires à mener dans le cadre de ce SRADDT s’inscrivent dans les orientations de la SRB. 
La sensibilisation de tous les publics, notamment des décideurs, aux enjeux de la préservation de la biodiversité implique une connaissance de la valeur des services rendus par notre capital naturel, pour une réelle appropriation de chacun dans chaque secteur. 

Les remarques entendues ce matin au sujet des contreparties environnementales des aides économiques montrent bien la tentation permanente de repli sur les « vieilles recettes ». Or il s’agit désormais de responsabiliser chacune et chacun, acteur public, privé, citoyen. 
L’étymologie du terme « responsabiliser » signifie « avoir la réponse ». Il s’agit en effet d’avoir une réponse collective, éclairée par les enjeux, portée par chacun aux maux de notre société. La connaissance dans ce domaine est nécessaire. La connaissance n’est pas sectaire, elle n’est pas sujette à interprétation. Et les constats sont là. Nous savons que le SRADDT ne permettra de mettre en œuvre cette vision équilibrée que si les interactions et enjeux a priori parfois contradictoires sont discutés, compris, acceptés et partagés, chacun à leur juste mesure. 

Cela a été dit, il conviendra notamment de prendre en compte la réalisation et le respect des trames vertes et bleues, au même niveau que ce que l’on qualifie déjà de « trames grises », ces aménagements certes nécessaires, mais qui morcellent pour la plupart les espaces naturels et les isolent les uns des autres.
En particulier, il s’agira d’apprendre à concilier la construction de nouvelles infrastructures avec le respect de la nature. En effet, la tendance prépondérante est encore de penser par exemple un pont quand il y a un engorgement du trafic quelque part, mais chacun ne pense qu’à son échelle et sans intégrer les contraintes et la vision de demain. 

L’UNESCO notamment est particulièrement sensible à la construction de nouveaux ponts et autres grands équipements qui risquent d’altérer la qualité paysagère et patrimoniale d’un site. Toute construction de nouveaux ponts, autoroutes, LGV a un impact fort et irréversible sur la biodiversité et sur les paysages. Il ne s’agit pas de geler tout projet, il convient de conduire des études d’opportunité sérieuses, ne reposant pas sur le dogme que l’augmentation du nombre de déplacements est inéluctable et représente le progrès pour notre société. L’effondrement de la diversité biologique, tout comme la raréfaction des énergies fossiles, doit plutôt nous inciter à économiser les déplacements, à prioriser les transports en commun et mobilités douces, à favoriser le rapprochement domicile-travail, le fret ferroviaire et les circuits courts, et ceci au bénéfice de la qualité de vie. 

La biodiversité est aujourd’hui encore trop souvent abordée de manière sectorielle, or elle fait partie intégrante de la qualité de nos paysage si attractifs, de la qualité des eaux et de l’air que nous respirons, elle conditionne la diversité en poissons, oiseaux, arbres, insectes, etc., qui permettent la pollinisation. Notre modèle agricole et la qualité des nappes alentours y est directement liée, ainsi qu’une grande partie l’équivalent en superficie d’un département français tous les 7 ans disparaît sous les aménagements humains, l’enjeu de la réussite du SRADDT résidera dans notre capacité, au sein de nos institution et au delà, à porter ensemble cette vision partagée pour que ses belles perspectives et intentions se traduisent à tous les échelons régionaux par une intégration effective des différents intérêts réels, par le respect de la complexité et de la fragilité de notre territoire. 

Via les larges concertations publiques déjà réalisées et prévues dans les mois à venir, cette nouvelle gouvernance, cette vision partagée d’une région conciliant de manière équilibrée les différents enjeux du territoire, doit permettre à l’environnement de ne plus être la variable d’ajustement face aux enjeux économiques. L’environnement doit être respecté et réhabilité à sa juste place, sans qu’il soit perçu comme une contrainte. C’est au contraire une opportunité formidable. 

Plus qu’une région, la région Centre est effectivement une chance, celle d’une région d’équilibre, où cette vision collective, constructive, intelligente et avant-gardiste peut nous permettre d’avancer dans le même sens, et ce, au bénéfice de tous. Cette volonté commune, cette culture commune de l’opportunité que représentent nos richesses commence aujourd’hui avec ce SRADDT, et nous nous en réjouissons.

 

Session des 23 et 24 Juin 2011
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Rapport SRADDT

Annexe SRADDT