Stratégie régionale en faveur de l’alimentation

Intervention de Michelle Rivet

Chers collègues, notre alimentation est un facteur déterminant dans la nécessaire évolution de nos comportements pour faire face aux défis : emballement du climat, inégalités croissantes, émergence de nouvelles maladies, effondrement de la biodiversité.

Nos politiques régionales n’ont de sens que confortées par des engagements nationaux, européens et internationaux. Et il ne fait aucun doute que la mise en œuvre du CETA et la négociation sur l’accord de libre-échange avec le MERCOSUR font peser des menaces graves sur la capacité des agricultures à nourrir les populations de leur pays au plus près et dans le respect des volontés des consommateurs.

Mais les Régions sont des acteurs privilégiés de la nécessaire transition écologique. Et le rapport qui nous est présenté s’inscrit dans une perspective de changements profonds dont nous savons qu’ils seront d’autant plus violents pour les acteurs s’ils ne sont pas préparés.

Cette stratégie alimentaire  s’inscrit dans la trajectoire des travaux prospectifs du scénario  AFTERRE, travaillé à l’échelle régionale avec l’objectif de limiter l’impact environnemental de notre alimentation en préservant notre santé. Il prévoit en particulier la substitution d’une partie des protéines animales vers des protéines végétales, une augmentation de la part des légumes et des fruits dans les assiettes, l’abandon ou au moins un contingentement très strict des pesticides et une alimentation produite au plus près du consommateur final. Cette démarche part de l’assiette pour décliner des objectifs à tous les secteurs concernés.

C’est très nouveau pour l’agriculture. La relocalisation fait en tout cas partie des voies de développement des exploitations dans l’avenir. Entendons-nous bien : notre région, très agricole, continuera à produire au-delà des besoins de sa population et il faudra, en tout état de cause, des surfaces agricoles pour nourrir les métropoles. Mais la consommation locale des productions agricoles permet d’augmenter la valeur ajoutée et au final le revenu agricole et elle est créatrice d’emplois.

La stratégie identifie comme levier majeur de cette évolution la restauration collective qui permet de réorienter d’importantes quantités de la production vers des débouchés locaux. A travers la restauration scolaire c’est aussi l’éducation des jeunes qui est visée. Au passage, le rapport prévoit une action forte en termes de lutte contre le gaspillage alimentaire : d’intéressantes expérimentations sont menées dans certains lycées et répondent à cette volonté de modification en profondeur des comportements. Je salue également le travail important qui est mené autour d’une ambition forte quant à l’approvisionnement local, de qualité et bio qui est mené dans les lycées et qui, comme celui qui est mené sur notre propre restauration, sera un marqueur de l’exemplarité de notre collectivité.

La stratégie s’appuie sur les acteurs directs que sont le producteur et le consommateur, mais aussi l’ensemble des intermédiaires de la transformation et la distribution. Les actions prévues prévoient de mobiliser les collectivités au travers de la commande publique, les professionnels de la restauration et de la gastronomie par la mise en valeur des produits locaux, le secteur du tourisme en termes d’image régionale.

Mais il s’agit aussi de s’appuyer  sur les initiatives citoyennes qui impliquent les acteurs, qui tracent bien souvent le chemin d’un nouveau modèle de développement et de celui du monde de demain

Certaines de ces initiatives citoyennes se déploient déjà aux quatre coins de la région avec des Initiatives de Développement du dispositif « A vos ID ! », ex « ID en Campagne ». Les acteurs mobilisés sont très divers: les Chambres d’Agriculture et des Métiers, les membres du réseau InPACT Centre comme les CIVAM, des associations de consommateurs comme les AMAP, des agriculteurs-consommateurs bio, des acteurs de l’environnement et de la santé… Cette diversité montre la prise de conscience des enjeux. Le soutien à ces initiatives est essentiel car elles sont des laboratoires de  recherche de solutions locales et adaptées à chaque territoire. Elles font se croiser urbains et ruraux et préfigurent de nouvelles interactions entre  ville et campagne, basées sur des besoins réciproques et sur une inter-connaissance approfondie.

Je voudrais cependant insister sur un volet qui me paraît très important : les actions transversales dans les territoires..

Les systèmes alimentaires territoriaux quant à eux constituent le moyen de mettre en place et pérenniser  la relocalisation de l’alimentation: ils permettent de caractériser l’offre et la demande, les flux de produits, l’existence ou le besoin d’outils de transformation, les débouchés dans un premier temps. Puis de travailler à la redéfinition et à la refonte des circuits.

Je salue donc pour le groupe des écologistes l’engagement de la Région sur ce qu’on peut qualifier de « transition alimentaire ». Cette stratégie en faveur de l’alimentation et de ses actions se décline de l’échelon régional au plus près de nos concitoyens. Elle porte de réelles perspectives de développement pour nos territoires, et en particulier pour les territoires les plus ruraux.