Portrait Pascale Rossler

Stratégie régionale pour la biodiversité : présentation

Intervention de Pascale Rossler

Permettez moi tout d’abord de dire toute la satisfaction que j’ai aujourd’hui à présenter cette stratégie. Elle fut initiée il y a juste un an, alors que les 193 pays de l’ONU, lors du Sommet de la convention sur la diversité biologique de Nagoya, décidaient ensemble pour la première fois que oui nous devons arrêter les subventions néfastes à la biodiversité, que oui la biodiversité est un des vecteurs majeurs de sortie de pauvreté et de consolidation économique et que oui chaque échelon doit prendre part en collaboration et cohérence avec les autres échelons à l’objectif vital d’enrayer son effondrement.

L’Europe et l’État français ont depuis révisé leurs stratégies en faveur de la biodiversité. 

Un an donc que la Direction de l’environnement travaille dans le sens de cet ambitieux plan d’action décliné à l’échelle régionale en SRB. Elle a été élaborée en transversalité avec les autres Directions du Conseil régional et un grand nombre  d’acteurs socioprofessionnels variés du territoire régional ; tous se sont sentis concernés. Cela aussi est satisfaisant, et dans le marasme actuel et la convergence des crises, permet d’entretenir une étincelle d’espoir quant à la tendance de notre évolution.

C‘est un grand hommage au travail de Philippe Gouteyron, le Directeur de l’Environnement, que je tiens à rendre aujourd’hui. Lui et toute son équipe ont réussi durant une année à mener de front l’élaboration de cette stratégie exemplaire à l’échelle d’une région et les autres politiques amplifiées en faveur de la biodiversité.

En effet la Région a mené depuis des années des politiques ambitieuses sur ce sujet, et même décidé depuis 2010 les renforcer. Les acteurs notamment associatifs sont plus mobilisés que jamais pour renforcer ces actions car le déclin de nos voisins de planète continue de s’accélérer. 

La mobilisation, la prise de conscience des enjeux et la responsabilisation elle aussi gagne en largeur, et l’accueil réservé à cette stratégie en atteste, et nous nous en réjouissons. 

L’avis du CESER du 13 octobre dernier cite « …loin d’opposer biodiversité et activité humaine, on doit considérer qu’il s’agit d’un capital commun homme/milieu naturel. Il ne s’agit nullement de faire du tout économique sur le « dos » de la nature, mais simplement de se souvenir que des femmes et des hommes vivent de et par cette nature ». Cette formule me donne l’occasion de remercier les membres et le Président du CESER pour l’excellent accueil qu’ils ont réservé à cette stratégie…et de souligner ainsi les évolutions des représentations que cela dénote… et demain des pratiques…

Il s’agit bien de reconsidérer notre rapport avec le vivant et d’assurer un autre développement économique et social pour l’humanité. 
La compréhension de l’enjeu est donc essentielle. J’entends encore ici et là certains scepticismes.

Pourtant de nombreuses études montrent que réduire la quantité et la diversité du vivant, réduit ses capacités d’adaptation et d’évolution, en réduisant les services gratuits que nous rend la nature sur lesquels sont basés je vous le rappelle 40% de l’économie mondiale..

C’est pourquoi je voudrais rappeler quelques chiffres issus d’inventaires et de très sérieux rapports conduits par des économistes sous l’égide de l’ONU, qui parlent d’eux mêmes, sur l’effondrement de la biodiversité et sur le coût de l’inaction  :

Les forêts mondiales ont complètement disparu dans 25 pays et 29 autres pays ont perdu plus de 90 % de leur couverture forestière au cours des 300 dernières années.
Depuis 1900, la planète a perdu environ 50 % de ses zones humides,  ainsi que 30 % des récifs coralliens (et 60 % de ces récifs disparaîtront vraisemblablement d’ici 2030), 35 % des mangroves au cours des vingt dernières années. Ces exemples concernent des réservoirs de biodiversité et des maillons essentiels dans la chaîne complexe et fragile des écosystèmes. 
Car ce ne sont pas seulement les espèces en elles-mêmes que nous perdons, mais leur rôle dans toutes les interactions. Les dégâts collatéraux des effets dominos font que certains effets de seuil sont ensuite irréversibles.
Pour être concrète, parmi les exemples de service rendus par la nature qui s’effondrent, on peut citer nombre de nos ressources alimentaires.
Exemple de la pollinisation : les abeilles s’effondrent. Les pollinisateurs sont à l’origine de 30% de la production agro-alimentaire, le tiers de la nourriture totale de l’humanité dépend de ces insectes ; or depuis l’apparition des pesticides pour améliorer ou soigner certaines cultures, des  populations  entières de pollinisateurs disparaissent totalement.

Autre exemple : la FAO estime que les ¾ de la diversité des cultures a été perdue, or on sait bien que diversité rime avec productivité.
Les ressource halieutique : 70% des stocks de poissons marins sont menacés, 88% des stocks de poissons commerciaux sont en surpêche. Or cet épuisement des ressources halieutiques menace potentiellement plus d’un milliard d’individus. 
  
Les économistes nous apprennent eux via l’’équivalent du rapport Stern sur la biodiversité, que la perte de la biodiversité coûterait plus de 3 000 milliards d’euros par an à l’échelle mondiale, soit 7% du PIB mondial si nous laissons faire, c’est le coût de l’inaction.
A l’inverse,1 euro investi aujourd’hui dans la biodiversité, c’est un bénéfice de 100 euros au bout de dix ans.

Tout cela sans compter les nombreux aspects notamment liés au bien être, à la santé mentale, et au moindre risque de maladies lié au contact de la nature, d’ores et déjà avérés même si nous n’en sommes qu’aux balbutiements de la connaissance de toutes ces vertus et de la valeur de tous les services gratuits que nous rendent les écosystèmes,.

Or nous savons aussi que le montant des subventions qui cautionnent une atteinte à la biodiversité dans le monde est estimé à 200 mds de dollars/an, cela représente un montant 10 fois supérieur au montant consacré aux dépenses pour la protection de la nature.

 Par delà l’éloquence des faits, c’est bien la violence de la réalité qui risque de nous rattraper et notamment le risque de conflits humains causés par la concurrence pour les ressources de la biodiversité et les services rendus par les écosystèmes.
Je tiens à saluer la ratification par la France il y a quelques semaines du protocole APA issu de Nagoya qui doit garantir l’accès équitable au partage des avantage issus de l’utilisation de la biodiversité, protégeant ainsi en théorie les pays du Sud.

C’est donc bien un changement de paradigme que nous devons opérer, cette transformation écologique et sociale de l’économie déjà en cours via un certain nombre de politiques de la région qui évoluent dans cette direction, comme le soutien à l’agriculture biologique, aux entreprises qui développent des éco-technologies, aux énergies renouvelables…

ll faut que ces enjeux soient intégrés, de façon positive, dans toutes les politiques régionales. 
C’est sûrs du potentiel de développement économique, scientifique, et technologique que représente la prise en compte de la biodiversité, que l’ambition régionale présentée dans cette Stratégie  vise à faire de la région Centre, un territoire à biodiversité positive.

C’est à dire analyser la somme de nos impacts, négatifs et positifs sur la biodiversité régionale et de développer des politiques permettant une reconquête de la biodiversité, au-delà de sa simple préservation. 
Il s’agit aussi d’agir pour que la biodiversité ne soit pas perçue comme un élément limitant, contraignant. Bien au contraire, elle doit être appréhendée positivement.

Nous expérimenterons, évaluerons et accompagnerons les structures volontaires pour montrer que la préserver peut être un atout, et un support de développement.

Au final, cette Stratégie Régionale pour la Biodiversité qui vous est présentée est un document construit autour de 5 mots-clefs : transversalité, concertation, valorisation, pragmatisme, engagement… 

En ce sens, elle ne cherche pas à stigmatiser telle ou telle pratique ou catégorie d’acteurs. Bien au contraire, elle cherche à encourager, généraliser les bonnes pratiques développées ici et là, dans les projets d’aménagement du territoire, dans les pratiques agricoles, dans les actions de gestion et de régulation des espèces.

Engagement car cette stratégie, qui est celle de la collectivité régionale, et a été élaborée en concertation avec les acteurs de la biodiversité. Pour que cette stratégie devienne celle du territoire régional, il s’agit aujourd’hui de la faire partager, c’est-à-dire inciter ces acteurs qui ont travaillé avec nous à valoriser les actions qu’ils souhaitent développer sur tel ou tel plans d’actions.
Ainsi il sera proposé à l’ensemble des acteurs du territoire qui ont été associés à la rédaction de cette Stratégie, et à tous ceux qui le souhaiteraient, de s’engager dans la signature d’une charte de partenariat. Dans ce document, le partenaire, aux côtés de la Région, précise les projets qu’il souhaite engager, et détaille les moyens qu’il envisage de consacrer à la connaissance, à la préservation ou à la valorisation de la biodiversité. La signature de cette « Charte Biodiversité Centre » reste une démarche volontaire.

En tout cela, cette stratégie avant-gardiste se positionne clairement dans la mise en œuvre des orientations de notre Agenda 21 régional et dans le projet de Schéma Régional d’Aménagement Durable du Territoire

 

 

Session des 20 et 21 Octobre 2011
Icône fichier PDF 

Rapport : Stratégie régionale pour la biodiversité

Annexe : Stratégie régionale pour la biodiversité