Transition énergétique en région Centre Val de Loire : mobiliser face à l’urgence climatique et sociale

Intervention de Sabrina Hamadi

Cela ne vous étonnera pas. Les écologistes sont pleinement satisfaits des orientations prises dans ce rapport. Comme la souligné Charles, ce rapport s’inscrit dans la continuité des deux précédents, validant la mise en œuvre du Service public régional de l’énergie (SPRE) et détaillant  ambitions en matière de développement des ENR et d’efficacité énergétique des bâtiments. Ce troisième rapport vient « transformer l’essai » et démontrer la détermination de la Région à mettre en œuvre la transition énergétique.

Cette nouvelle étape de la stratégie régionale de transition énergétique prend acte que le dérèglement climatique est déjà à l’œuvre et qu’il est donc urgent d’agir, non seulement pour le limiter, mais également pour  s’y adapter. Elle affirme que la transition énergétique répond à un impératif de justice sociale par la lutte contre la précarité énergétique et de création de valeurs ajoutés locales, qu’elles relèvent de la lutte contre le dérèglement climatique, du développement économique, de l’emploi et de la résilience des territoires. Je développerais trois aspects transversaux qui structurent ce rapport.

  1. S’engager vers transition énergétique 100% renouvelable

D’abord, je souhaite mettre en avant  l’horizon réaliste de ce rapport, à savoir, réussir une transition énergétique 100% renouvelable reposant sur l’efficacité énergétique, la sobriété énergétique et la production d’énergie renouvelable. Sur la base des objectifs ambitieux du SRADDET votés par notre assemblée en décembre dernier, elle propose des outils pour que Chacun puisse devenir acteur du changement, quel que soit son statut, quels que soient ses moyens.

Le rapport indique que nous sommes en retard par rapport aux objectifs fixés lors de la COP21. En matière de production d’énergies renouvelables, nous sommes loin de la trajectoire fixée dans le SRCAE. Il faut en premier lieu renforcer les filières matures et à fort potentiel régional. Il s’agit, ici, de la méthanisation, de la géothermie, du GNV pour les mobilités ou encore le bois-énergie et le solaire thermique. La production d’ENR passe impérativement par un mix de solutions opérationnelles, complémentaires et au meilleur coût.

Derrière ces objectifs écologiques, il y a des enjeux économiques. Concernant la rénovation des bâtiments, pour coller à l’objectif de 500 000 logements rénovés par an et en France, il faudrait tripler l’effort en région, avec 20 000 logements rénovés chaque année. On estime que cela engendrerait un chiffre d’affaire de l’ordre de 600M€ et plus de 8000 emplois. On est loin du cliché de l’écologie punitive…

J’aimerais rappeler qu’avancer vers une société et des territoires résilients capables d’absorber des « chocs », qu’ils soient économiques ou climatiques, passe par une diversité de solutions décentralisées valorisant des ressources renouvelables et non par « UNE  hypothétique solution miraculeuse » émettant depuis quelques points centraux. Oui, les ENR sont variables mais leur complémentarité et leur stockage garantissent la stabilité du réseau. Oui, il nous faudra établir des priorités en matière de consommation d’énergie, Oui on peut dire qu’un modèle qui repose sur les renouvelables est plus sécurisant  car il réduit notre dépendance aux importations de pétrole et d’uranium, aux risques industriels ou terroristes. Ce modèle beaucoup plus rationnel sur le plan de la dépense publique et également pourvoyeur d’emplois durables et non-délocalisables.

  1. Nous ne réussirons pas la transition énergétique sans la participation des territoires, des citoyens.

Le deuxième aspect concerne la participation citoyenne afin de ne pas déposséder les habitants de la transition énergétique renouvelable. Nous ne réussirons pas cette transition sans la participation les territoires – communes, intercommunalités, agglomération, bassin de vie,  et sans les citoyens. Dans un contexte de désengagement des Etats et d’émergence de dirigeants « climatospectiques » voire « climaticides », la mobilisation de tous, et notamment des responsables politiques, est indispensable.

La réussite de la transition énergétique passe par une logique de décentralisation des moyens de production. Les territoires sont et doivent être les premiers acteurs de cette transition. Elus et acteurs locaux ont compris que l’isolation des bâtiments et la production de renouvelables sont des voies d’avenir, notamment dans un contexte de contraintes budgétaires fortes. Ils y voient un moyen de réduire leurs dépenses énergétiques et de rentrer des recettes supplémentaires  par la revente d’énergie. Michelle Rivet expliquera dans son intervention pourquoi la transition énergétique est une chance pour les territoires ruraux.

La participation citoyenne reste un défi majeur de cette stratégie. Le rapport insiste à juste titre sur l’importance d’engager la transition énergétique avec les citoyens et les acteurs locaux. Les défis en matière d’implication citoyenne et de participation sont nombreux.

Le premier, lorsque des projets d’infrastructures de production d’énergie émergent, est de faire adhésion et impliquer les citoyens dans le projet. Ce sont les habitants qui doivent choisir de quelle manière ils vont prendre leur part d’efforts et de bénéfices. On pense évidemment aux mobilisations anti-éoliennes ou vis-à-vis de gros projets de méthaniseur. Il est évident que sans un travail préalable d’appropriation des enjeux, des retombées et des impacts, l’adhésion de la population au projet ne sera pas au rendez-vous.

Le deuxième défi en matière d’implication citoyenne, c’est la capacité à mobiliser l’épargne locale pour qu’elle soit investie dans des projets locaux rentables. Ce type d’investissement permet des rentrées d’argents pour les habitants et pour la collectivité sur un projet « à portée de main ».

Le troisième défi est de permettre une prise de conscience collective, locale, qu’il est important de renforcer l’autonomie énergétique des territoires en cas de crise énergétique d’ampleur.

  1. Pour réussir la transition énergétique, il faut mettre les acteurs des territoires autour de la table et enclencher une mobilisation collective.

Le dernier point que je souhaitais aborder et peut être le plus important, est celui de l’action, celui qui consiste à mettre tous les acteurs de la région autour de la table et à enclencher une mobilisation collective.

C’est le sens de la mise en place de l’assemblée pour le climat te la transition énergétique (ACTE) et de la COP régionale.

L’ACTE regroupe tous les acteurs de la transition énergétique, et aura des missions d’observation, de suivi du SRADDET, de pilotage de la transition et de mise en cohérence des dispositifs de mise en œuvre, pour que chacun sache où, avec qui, et comment agir.

Cette instance sera aussi un lieu d’échange et de partage d’expérience. En matière de transition énergétique, il est important de comprendre ce qui fonctionne, ce qui est vertueux et comment l’engager concrètement à l’échelle d’une commune, d’une intercommunalité ou d’un bassin de vie.

L’ACTE aura également pour mission de piloter la COP régionale. En tant que déléguée à la COP, je me réjouis de l’engagement de la Région dans un tel processus centré sur l’action !

La COP régionale est un processus continu de négociations/actions. Elle fera l’objet d’un temps fort tous les deux ans, dont le premier aura lieu en décembre 2019. Il s’agit d’une COP Energie-Climat, qui intègrera également les questions connexes comme les déchets ou les biens communs que sont la biodiversité, l’eau, l’air ou encore les sols.

En lançant une COP régionale, la Région Centre-Val de Loire souhaite aboutir à un accord pour atteindre des objectifs que nous partageons tous, qu’ils soient régionaux, nationaux, européens ou mondiaux. Il s’agit de mettre en œuvre les scénarios opérationnels pour rester sur la trajectoire qui nous permettrait de ne pas dépasser les 2 degrés de réchauffement climatique d’ici 2050. Les engagements qui seront pris devront permettre d’atteindre collectivement les objectifs.

Chers collègues, en conclusion, je souhaite rappeler que partout dans le monde les effets du dérèglement climatique sont à l’œuvre. Le dernier exemple spectaculaire en date est celui de l’Australie avec une canicule record, suivi d’un déluge de trois jours, qui a anéanti plus 500 000 têtes de bétails, sans compter les animaux sauvage et la faune. La maison brûle, comme le disait en son temps un ancien président de la République, il est maintenant temps d’éteindre l’incendie, de prendre sa part de responsabilité vis-à-vis des générations suivantes et d’agir à l’échelle qui est la nôtre. Alors, oui cette stratégie régionale ne sauvera pas le monde mais elle y contribuera à son échelle.