Transition énergétique et recherche

Intervention d’Alix Téry-Verbe

Nous pouvons nous féliciter de l’orientation de la partie recherche du rapport qui s’inscrit dans l’esprit de la transition énergétique 100% renouvelable. Les choix d’investissement public régional en matière de recherche dans le domaine énergétique vont dans le bon sens contrairement à la politique R et D nationale qui va majoritairement dans le nucléaire.

En effet au niveau national l’énergie nucléaire capte l’essentiel des dépenses de R&D (516 M€), dont la majorité est consacrée à la fission nucléaire.Les technologies relatives aux énergies « stratégiques pour réaliser la transition énergétique » représentent seulement 33 % des dépenses de R&D en énergie.

Je voulais également souligner le partenariat dans le cadre du projet ENEGE sur la sobriété énergétique dans les bâtiments scolaires, particulièrement intéressant et original pour son approche de sensibilisation des consommateurs de demain sur les utilisations sobres de la ressource énergétique : ne pas la gaspiller, établir des priorités de consommation et surtout marteler que la meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas.

Le programme ENEGE invite à développer une recherche en sciences sociales sur les aspects comportementaux vis-à-vis de la capacité d’adaptation au changement, du défi culturel que représente une transition énergétique compatible avec les limites planétaires.

Par ailleurs, nous aimerions voir développer une plus grande pluralité de programme de recherche en lien avec la transition énergétique. Le développement d’une recherche visant à réduire les externalités négatives des technologies.   

  • En premier lieu, La recherche sur la question du recyclage des technologies à l’œuvre ou vieillissante. Nous pensons bien sûr au démantèlement des centrales – nous aurions pu prendre un leadership sur ce sujet au regard du nombre de centrale en place et du programme de démantèlement prévu sur la centrale d’Avoine. Mais ce pourrait être le cas également concernant les panneaux photovoltaïques de première génération ou encore d’éolienne…
    • Il faut aussi être capable de faire évoluer des technologies qui étaient innovantes mais qui ont aussi montrées leurs limites dans leurs développements pour des raisons de difficultés de recyclage par exemple. Concernant le photovoltaïque la technologie de couche de Pérovskite sur panneau souple fait partie des améliorations possibles.
    • Un autre exemple pourrait être La recherche dans le domaine des low-techs pour des applications et outils du quotidien. Comment conserver un niveau de confort optimal, tout en consommant moins d’énergie est un véritable défi technologique.

En dernier point, je souhaite rappeler notre prudence sur l’hydrogène et sur la nécessité de trouver sa juste place dans le mix énergétique, et dire particulièrement que seul l’hydrogène vert, issu de la biomasse ou de l’électricité renouvelable, est pertinent et autolimitant :

  • L’hydrogène est une filière qui a fait l’objet de nombreuses recherches et les progrès sont importants (coûts, matériaux, durée de vie, etc.)
    • L’hydrogène fait partie de ces vecteurs énergétiques qui peuvent répondre à des enjeux spécifiques, comme le stockage de l’électricité renouvelable.
    • Mais les contraintes techniques imposées par les caractéristiques physiques particulières de l’hydrogène font qu’il ne pourra pas remplacer le pétrole (densité énergétique, coût de production, de stockage, de distribution, d’usage…)
    • Le vecteur gaz est un outil essentiel de la transition énergétique, qu’il soit sous forme d’hydrogène ou de méthane. L’hydrogène peut d’ailleurs être un vecteur intermédiaire pour fabriquer du méthane (méthanation) et répondre ainsi à des usages existants, et utiliser des réseaux et dispositifs éprouvés.
    • De nombreux progrès doivent encore être réalisés pour permettre une diffusion plus large de l’hydrogène, mais on peut d’ores et déjà envisager une utilisation de l’hydrogène pour les trains.

En conclusion, il n’existe pas de solution unique ou révolutionnaire qui pourra à elle seule répondre aux besoins énergétiques, comme certains le pensait lors du choix du tout nucléaire en France dans les années 70. Il n’est jamais judicieux de mettre tous ces œufs dans le même panier.