Transition énergétique : investissements et sécurité

Intervention d’Alix Téry-Verbe

 

Monsieur le Président, Monsieur le vice-président, cher collègues, la Loi de Transition énergétique adoptée définitivement l’année dernière en amont de la COP21, Conférence internationale sur le Climat qui s’est déroulée à Paris en décembre dernier, dessine pour le milieu du 21ème siècle un système énergétique plus sobre, plus durable et moins nucléarisé. Notamment :

-une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 (par rapport à 1990) et une division par quatre en 2050 ;

-une diminution par 2 de la consommation énergétique finale en 2050, avec un premier palier de moins 20 % en 2030 ;

-une baisse de la part des énergies fossiles de 30 % à cette même échéance de 2030 ;

-un soutien fort du développement des renouvelables pour atteindre 32 % de la consommation d’énergie et 40 % de la production d’électricité toujours en 2030.

S’y ajoute, et c’est particulièrement important, la réduction de la part du nucléaire dans le bouquet électrique à 50 % à l’horizon 2025, contre environ encore 75 % aujourd’hui. Le rapport qui nous est présenté aujourd’hui en session plénière s’inscrit pleinement dans le cadre des objectifs de cette loi et nous nous en félicitons. C’est bien ce cap et ces objectifs que nous devons atteindre, et ce, malgré les prises de parole récentes contradictoires à la tête du gouvernement.

Sous la pression forte du principal, mais pas unique, fournisseur d’électricité en France, La Ministre de l’Environnement et de l’Energie, Ségolène Royal serait en train d’envisager une prolongation de la durée de fonctionnement des centrales nucléaires françaises à 50 ans. Cette décision serait pour, nous écologistes, totalement aberrante et incompréhensible.

Cette décision constituerait un reniement total de la loi de transition énergétique que la Ministre a elle-même portée, et qui prévoit une baisse à 50% de la part du nucléaire en 2025.

Comme le souligne le récent rapport de la Cour des comptes : à hypothèses constantes de consommation et d’exportation d’électricité, la loi sur la transition énergétique devrait aboutir à une fermeture par EDF d’un tiers de ses 58 réacteurs nucléaires français à l’horizon 2025, soit l’équivalent de 17 à 20 réacteurs. Seule une augmentation très significative de la consommation électrique ou des exportations serait de nature à limiter le nombre des fermetures. Or, à l’horizon 2030, l’hypothèse d’une telle augmentation n’est retenue par aucun expert.

La Cour des comptes évalue le programme de maintenance du parc nucléaire français à quelque 100 milliards d’euros sur la période 2014-2030 (75 milliards d’investissements et 25 milliards pour l’exploitation). Il faut y ajouter 30 milliards d’euros pour tenter d’ensevelir les déchets nucléaires. 130 milliards d’euros donc pour garder sous respiration artificielle une filière de vieilles centrales nucléaires incontinentes au lieu d’investir ces mêmes 130 milliards d’euros dans de jeunes et fringantes éoliennes, dans des systèmes de géothermie ou de méthanisation modernes, dans des filières bois locales et prometteuses, dans des panneaux photovoltaïques au top de l’innovation.

Toutes ces filières d’énergies renouvelables en croissance, mais également le vase secteur de l’efficacité énergétique des bâtiments, mais également la structuration d’une filière de démantèlement des centrales nucléaires dont les entreprises de la région pourraient faire le choix de devenir leader, sont autant de filières à forte intensité en emplois locaux et non délocalisables pour les 50 années à venir. Ma collègue Sabrina Hamadi reviendra sur cette question des emplois.

En prévoyant la prolongation des centrales nucléaires, la Ministre Ségolène Royal, en plus de renier la loi qu’elle a elle-même portée, ne tiendrait pas compte non plus de l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire, dont le président déplorait récemment un contexte de sûreté nucléaire « particulièrement préoccupant » et qui ne cesse de répéter que la prolongation au-delà de 40 ans ne peut pas être tenue pour acquise. Il s’agit surtout d’un déni effrayant des problèmes de sûreté qui touchent le parc nucléaire français. Les deux tiers des réacteurs ont déjà dépassé la durée de fonctionnement de 30 ans initialement prévue. Or certains équipements cruciaux pour la sûreté et particulièrement vulnérables au vieillissement (cuve, enceinte de confinement) ne peuvent être remplacés. Le « grand carénage » prévu pour allonger la durée de vie des centrales ne pourra jamais remédier à ces problèmes et se résoudra à un rafistolage coûteux et aléatoire.

Ignorant toutes les mises en garde, la Ministre ne doit pas choisir de sacrifier la protection des populations pour préserver les intérêts d’une filière nucléaire en déroute.

D’ailleurs si l’on parle protection des populations, il est intéressant de parler de lutte contre le terrorisme. Outre le fait que nos centrales peuvent être la cible d’attaques terroristes, la transition énergétique (grâce à la sobriété, à l’efficacité énergétique et la production locale d’ENR) est notre meilleure carte à jouer en termes de sécurité nationale contre le terrorisme. Elle nous permet plus de souveraineté énergétique et donc moins de dépendance vis-à-vis de l’extérieur et des aléas liés à la géopolitique du pétrole, du gaz et de l’uranium. Cette transition énergétique nous assure de ne pas avoir à nous retrouver à acheter, plus ou moins indirectement du pétrole ou du gaz venant de territoires contrôlés par des organisations terroristes telles que Daech. La principale source de financement, et donc de puissance de nuisance, de ces groupes terroristes est liée à la vente de pétrole et de gaz, par eux ou par des états qui les soutiennent, et dont sont encore totalement dépendantes nos démocraties occidentales. La transition énergétique ici en France et en Région Centre Val de Loire serait ainsi bien plus efficace pour lutter contre le terrorisme qu’un changement de Constitution, un état d’urgence permanent, ou encore des déchéances de nationalité…

Ainsi, à l’échelle de notre Région nous ne pouvons que nous féliciter qu’ait été entreprise en 2016 une étude de prospective 100% Energies renouvelables.

Ces réflexions autour de la possibilité d’avoir d’un système énergétique «100% renouvelable» à l’échelle de la France, initialement portées par l’institut négawatt sont maintenant de plus en plus reprises et encore récemment dans un nouveau rapport de l’ADEME qui montre qu’une transition vers un système électrique « 100% renouvelable » est tout à fait possible et ne coûterait pas plus cher que la poursuite obstinée dans une idéologie et une technologie du passé. La décision est donc uniquement politique.

Pour nous écologistes, la question qui se pose aujourd’hui n’est plus de savoir s’il est possible ou souhaitable de réaliser une transition vers un système énergétique « 100% renouvelable », mais comment mettre en œuvre cette transition et en particulier à l’échelon régional.

Les Régions ont un rôle primordial à jouer et disposent aujourd’hui des compétences pour mettre en œuvre cette transition énergétique dans les différents domaines: transports, aménagement du territoire, développement économique, formation professionnelle, artisanat…

Nous notons et nous félicitions des remarques du CESER qui encourage le Conseil régional à poursuivre son ambition en matière de transition énergétique et de réduction de gaz à effet de serre et à l’élargir à d’autres domaines, notamment ceux des transports, de l’aménagement du territoire et de l’agriculture.

Ainsi, ce rapport qui présente l’engagement de la mise en place d’un service régional de l’énergie, une augmentation à 20 M€ des dépenses d’efficacité énergétique dans les lycées, et un démarrage rapide de travaux ambitieux d’efficacité énergétique dans les bâtiments publics dans le cadre des CRST nous semblent aller dans le bon sens.

Le groupe écologiste votera donc ce rapport. Je vous remercie.