Un service public régional de l’orientation augmenté

Intervention de Gérard Nicaud

Cette communication résulte vous l’avez dit Madame la Vice-Présidente de la mise en œuvre de la loisur l’orientation adoptée en 2018.intitulée « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».  Loi qui a largement modifié la répartition des compétences entre l’Etat et les Régions en matière d’information sur l’orientation. Il revient désormais à la Région « d’organiser des actions d’information sur les métiers et les formations, d’élaborer et de diffuser la documentation correspondante, en direction des élèves et de leurs familles, ainsi que des étudiants et des apprentis, notamment dans les établissements scolaires et universitaires ».

Sa mise en œuvre opérationnelle doit avoir lieu dès la prochaine rentrée scolaire.

Je ne reviendrai pas sur ce qui a fait largement débat, à savoir la recentralisation du dossier formation. En effet,  si nous partagions l’objectif affiché de redynamisation, nous avons été bien plus interrogatifs sur les mesures proposées concrètement :

  • Pourquoi opter pour une explosion de ce qui a fonctionné au lieu de perfectionner le modèle en place ?
  • Pourquoi déposséder les Régions de compétences qu’elles ont pilotées avec efficacité, dans l’intérêt des jeunes, de l’équilibre des territoires et des métiers ?
  • En matière d’assurance-chômage, pourquoi traquer les demandeurs d’emploi plutôt que d’améliorer leur accompagnement ?

Qui est le mieux placé pour faire évoluer les transitions professionnelles, pour relever des défis sociétaux ? Tout ne se décide d’en haut. Cela se construit ensemble et partout.

Les écologistes se battent pour que notre appareil de formation donne à chacune et chacun le pouvoir d’être acteur des transitions en cours, en préparant par exemple aux nouveaux métiers et compétences utiles en matière énergétique, numérique, pour le génie écologique, l’écologie industrielle ou bien encore l’économie circulaire.

Depuis de nombreuses années, nous avons œuvré pour que les Régions portent un véritable service public de la formation tout au long de la vie, en s’appuyant sur leurs compétences en matière de formation professionnelle initiale, d’apprentissage et de formation continue. Notre Région contribue aujourd’hui à l’égalité des droits à la formation, tout comme elle agit pour l’égalité d’accès à l’offre dans les territoires.

Nous l’avons dit et redit, et soutenu votre action Monsieur le Président, le texte de loi ne correspond pas aux vœux de notre majorité  régionale, loin s’en faut. Il comporte, et c’est heureux,  quelques évolutions sur la répartition des rôles entre Région et Etat. 

Actant le fait que la mission d’orienter les publics n’est aujourd’hui pas satisfaisante en France, le législateur confie une mission très importante aux Régions dont il convient de se saisir avec l’objectif ambitieux de restaurer l’image de ce service public en améliorant de manière significative la qualité de l’offre de service.

Les Régions sont déjà responsables du Service Public Régional de l’Orientation (SPRO) qui s’adresse à tous les publics sauf le public scolaire et étudiant, ainsi que de la lutte contre le décrochage. Depuis longtemps, elles investissent largement dans le domaine de l’information : forums de l’orientation, olympiades des métiers, brochures ONISEP cofinancées dans certains cas, etc. 

Les Régions fixent aussi la carte des formations des lycées professionnels en lien avec le rectorat et garderont un droit de regard sur les formations en apprentissage. Elles sont en charge des internats, des transports scolaires et attribuent diverses aides sociales pouvant faciliter une orientation choisie.

Dorénavant, les Régions auront en charge l’organisation des actions d’information sur les métiers et les formations aux niveaux régional, national et européen ainsi que sur la mixité des métiers et l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes en direction des élèves et de leurs familles, des apprentis ainsi que des étudiants, notamment dans les établissements scolaires et universitaires.

Les actions réalisées dans ces établissements devront être organisées en coordination avec les psychologues de l’Éducation nationale et les enseignants volontaires et formés à cet effet.

Nous avons bien noté qu’une agence régionale pilotera, fédérera les énergies et les acteurs dans ce travail

Nous disposons d’outils performants avec le GIP Alfa Centre d’un CARIF-OREF déjà outillé :

  • sur l’observation économique et en capacité d’être chef de projet sur des produits innovants (ex de CLEOR),
  • sur l’information concernant l’offre de formation initiale et continue et les acteurs de l’orientation dans les territoires,
  • sur l’accompagnement des acteurs : GPECT, illettrisme, actions de professionnalisation…

Il était donc raisonnable de partir du GIP Alfa Centre pour le faire évoluer en agence régionale de l’orientation, de la formation et de l’emploi. Faire ce choix, c’est aussi travailler dans un cadre de coopération quadripartite. Et c’est heureux de s’appuyer sur ce qui a fait la force de notre façon de procéder

Mais l’ambition reste à construire.  Au-delà du quadripartisme, c’est la co-construction qui doit être recherchée afin d’apporter un service au plus près des publics. Pour ce faire, le Conseil régional, en concertation avec le CREFOP,  les autorités académiques et avec le Conseil Régional de la Jeunesse, réunira en mai 2019 l’ensemble des acteurs concernés afin d’élaborer la feuille de route régionale de ce service public régional de l’orientation augmenté.

Et l’ambition qui doit nous animer, c’est celle de passer d’une orientation trop souvent subie à une orientation choisie, pour tous et tout au long de la vie.

Mais se posent, et au vu d’expériences précédentes mais récentes, des questions qu’il conviendra d’examiner dans cette co-construction, notamment :

  • quels moyens seront donnés aux Régions pour assurer ces nouvelles missions ?
  • y aura-t-il vérité des coûts avec transfert des charges et contrepartie financière ?
  • combien de postes seront affectés à cette activité et y aura-t-il transfert de personnels ?
  • pertinence des outils et méthodes ?

Nous vous soutiendrons Monsieur le Président, vous suivrons et participerons à cette évolution, avec une vigilance particulière quant au respect de la parole donnée par l’Etat.