Adoption du CPRDFOP

Intervention de Charles Fournier

Le deuxième CPRDFOP pour notre région

Nous saluons à notre tour la qualité globale du document, la dynamique participative et partenariale de sa construction :

-Méthode enrichie : par les panels citoyens, par les cordées (demain nous réitérons l’intérêt de la mise en place de cordées de salarié et des demandeurs d’emplois…). Si est souvent évoqué, le risque de la concertation des individus qui ne conduiraient qu’à l’évocation d’intérêt particulier, je crois que lorsque celle-ci se fait avec méthode et avec une démarche visant à confronter les points de vue, le résultat a tout autant de valeur que lorsqu’il est fait par une instance permanente, je pense même que les deux se complètent et s’enrichissent.

-Des enjeux majeurs qui seront portés dans l’esprit du quadripartisme : c’est une longue histoire dans ce territoire, confortée et amplifiée par la loi.

-Des conditions meilleures pour penser son évaluation, car des objectifs et une cohérence transversale qui s’affine. Cela permettra de mesurer les effets réels de cette dynamique partenariale.

-Rôle du GIP Alfa : outiller les acteurs du quadripartisme, outiller les travaux à venir du CPRDFOP.

Je voudrais concentrer mon intervention sur trois aspects essentiels pour les écologistes. En effet, la formation n’est pas un enjeu mineur ou à la seule remorque de l’économie, elle est essentielle pour porter la transformation sociale, la transition écologique et elle doit servir le développement des territoire.

La formation, outil de transformation sociale

La formation peut être un élément majeur d’une grande ambition de transformation sociale : en donnant à chacune et à chacun les moyens d’avoir prise sur sa propre histoire, en luttant contre les inégalités et les exclusions, en retissant le lien entre les générations, en s’inscrivant dans la perspective d’un vrai partage du travail, en accompagnant la nécessaire transition écologique de notre économie. Nous sommes convaincus :

-que la région est le bon échelon pour traiter – en même temps, avec tous les acteurs concernés et au plus près des territoires – des questions d’orientation, de formation, d’insertion et d’emploi ;

-que la formation est un outil essentiel de promotion des personnes et de construction du lien social ;

-que parce que nous parierons sur l’infinie richesse des hommes et des femmes, cela nous peut nous permettre de faire face à la crise écologique que nous devons affronter lucidement.

1 – Créer le désir de formation, former aussi le citoyen. La formation, ce ne doit pas être seulement pour mieux travailler, mais aussi pour progresser, pour le plaisir d’apprendre, pour la reconnaissance… Elle doit donc se penser dans le sens du progrès humain et sociétal, en n’étant pas un simple outil pour accompagner les crises ou servir les besoins économiques à court terme. Elle doit permettre l’émancipation individuelle et collective, la réussite de chacun et chacune, l’accès aux savoirs et l’évolution de nos connaissances. Pour former non seulement un professionnel mais aussi un citoyen (on voit bien que la demande est aussi sur le « savoir être »), les enjeux de citoyenneté, de développement durable, d’accès à la culture doivent être intégrés dans l’offre de formation. Je réitère notre proposition d’intégrer dans l’offre de formation des DE, des modules dédiés à ces enjeux du savoir-être, comme cela a été fait par la Région Rhône-Alpes lors de la précédente mandature.

2 – Faire de l’idée d’orientation tout au long de la vie une réalité tangible, en permettant à chacun d’avoir un rapport plus autonome à la formation : informer mieux et plus globalement, se former à tous les âges, bénéficier d’un conseil en évolution professionnelle, proposer une offre de formation en relation avec la diversité des situations, lutter contre l’illettrisme, renforcer l’offre de formation d’insertion et de préqualification, rendre accessible par tous et partout cette offre, agir sur les contraintes de mobilité, d’accès au logement, de financement, lutter contre les discriminations souvent systémiques qui déterminent encore trop de parcours.

Pour cela, il convient de rendre tangible le SPRO et CEP : sa visibilité dans les territoires, l’information sur son existence, une structuration plus explicite des points d’accueil orientation… C’est l’objet d’une fiche et même de plusieurs, nous partageons pleinement. Nous notons aussi que la loi « Egalité et Citoyenneté », adoptée en décembre 2016, prévoit que la Région coordonne les initiatives d’information jeunesse des collectivités ou EPCI visant à garantir à tous les jeunes l’accès à une information généraliste, objective, fiable et de qualité. Il nous faudra davantage intégrer cet enjeu. D’ailleurs nous pourrions travailler spécifiquement sur ce que j’appelle les activités transitoires vers l’emploi : service civique, mobilité internationale, chantiers-école, d’insertion… comme autant d’outil d’orientation, de réponse aux enjeux de raccrochage…

La formation au service de l’aménagement des territoires 

C’est particulièrement vrai pour les territoires ruraux : cela se pose en terme d’enjeux d’accessibilité, de mobilité, d’opportunités économiques pour les territoires. Il nous faut travailler avec les territoires à cette présence de la formation, à des lieux de formation du futur, mutualisant les moyens, créant des dynamiques locales… Des expérimentations pourraient être conduites pour transformer le territoire, avec ses acteurs multiples (entreprises, élus…), en véritable levier au service de l’accompagnement des populations sur leur lieu de vie. Une manière d’expérimenter in vivo ce que décentraliser peut vouloir dire. Je pense aux expériences territoire zéro chômage. Vers des Systèmes Territoriaux de Formation, à l’instar des Systèmes Alimentaires Territoriaux ?

La formation au 21ème siècle doit être orientée vers la transition

De ce point de vue, si nous  retrouvons en filigrane à plusieurs endroits du document ainsi que dans certaines fiches actions cette ambition, par ailleurs affichée fortement dans notre SRDEII, nous considérons que le CPRDFOP aurait dû intégrer de manière bien plus concrète et ambitieuse cet enjeu. Qu’il s’agisse du précédent, des rapports annuels sur nos cartes de formation ou bien encore du plan régional de développement de la formation, nous avons eu cesse de souligner cet enjeu. Malheureusement en la matière, nous en restons trop souvent au déclaratif.

Lorsqu’il est évoqué, il l’est essentiellement comme une opportunité à saisir. Par exemple page 7, cet enjeu n’est cité que comme « une réponse aux besoins nouveaux ou émergents de l’entreprise ». Il nous semble cependant que les enjeux climatiques et l’atteinte des limites de notre planète nous invitent à aller plus loin en engageant un virage déterminant, qui se conjuguera nécessairement avec les transitions professionnelles. Un tel virage ne pourra se prendre sans un recours à la formation pour préparer l’économie et les métiers du futur. C’est une exigence collective tout autant que c’est aussi une chance pour l’économie (plus résiliente, plus économe en énergie, capable de s’inscrire dans des démarches circulaires…). Il nous semble qu’elle aurait du se décliner de manière très opérationnelle dans une fiche-action.

En définitive, dans notre région :

-Nous manquons d’une vision prospective sur les métiers/emplois verts et verdissants.

-Nous manquons d’engagements concrets (dans une filière, une branche…) d’une ou plusieurs expérimentations pour accompagner cette transition. Par exemple, l’émergence de l’économie circulaire appelle à des compétences nouvelles : il faut ainsi revisiter les process  de production, savoir s’inscrire dans des écosystèmes locaux, former ses salariés  à de nouvelles pratiques, disposer d’une approche qualité renouvelée…

-Nous manquons d’une réflexion plus poussée en matière de transition sur nos cartes de formation : faiblesse de l’offre de formation aux métiers de la transition énergétique par exemple. Ce peut être un objectif concret de repérer puis amplifier l’offre en la matière (lycée pro, CFA).

Dans les propositions que le groupe écologiste avait formulées en amont de l’élaboration du CPRDFOP, il y  avait aussi :

-La mobilisation de la GPECT autour des enjeux de la transition. Par exemple, le besoin en compétences pour gérer et renouveler notre parc éolien, pour encourager le développement de toutes les ENR.

-L’idée d’un campus des métiers de la transition énergétique.

-L’intégration dans les missions à l’échelon local de Dev’up et des acteurs du dév éco ainsi que ceux de la formation, d’une mission de conseil et accompagnement des transitions.

Si ces propositions n’ont pas pu trouver leur place dans le CPRDFOP, cela n’interdit évidemment pas à la Région de les faire siennes. Lançons une étude prospective régionale sur les emplois, les métiers et les compétences de la transition écologique. Parallèlement, engageons une ou plusieurs expérimentations concrètes pour accompagner cette transition (bâtiment, énergies renouvelables, agriculture…), à l’image de l’expérimentation sur l’emploi et l’économie verte qui a été menée dans le Nord-Pas-de-Calais lors de la précédente mandature régionale.

 

Je m’arrête un instant sur cette expérimentation conduite dans l’ex-Région NPDC. Elle a permis :

-La réalisation d’une étude prospective, présentant des scénarios de créations d’emplois à dix ans dans trois secteurs d’activité à forts enjeux dans la région : la performance énergétique dans le bâtiment, le recyclage et les énergies renouvelables. Ce sont plus de 30000 emplois à l’horizon 2020 nécessaires. Si comparaison n’est pas raison, nous pouvons dire qu’avec notre ambition d’être par exemple la première région productrice d’ENR, il y a la matière à agir pour les emplois et donc par la formation. l’étude montrait que l’emploi s’est développé de façon significative dans les métiers de l’économie verte : hausse de 25% des effectifs salariés.

-Un travail a pu être engagé sur les difficultés des salariés de TPE et PME pour accéder à la formation continue et l’inadéquation de l’offre et de la demande. L’enjeu est d’organiser les transitions professionnelles tant au sein de l’entreprise que sur l’ensemble du marché du travail.

Notre région doit s’inscrire dans un même travail. Car aujourd’hui que pouvons-nous dire sur ces mutations, sur les enjeux de la transition écologique ? Comment pouvons-nous anticiper l’évolution du mix-énergétique, comment aller plus loin sur la formation à l’écoconstruction, celle relative à la transition agricole, etc. ? Comme l’a fait également cette Région, je propose que nous puissions organiser un évènement régionale, une semaine de l’économie et des métiers verts ou verdissants pour partager, informer, mobiliser autour de cet enjeu crucial. C’est déjà une réalité mais nous la connaissons mal…

Monsieur le président, madame la vice-présidente, nous approuvons le CPRDFOP tel qu’il a été adopté par le CREFOP, mais vous aurez compris qu’à nos yeux la transition écologique devra être prise en compte de manière plus proactive : il ne s’agit pas simplement de s’adapter aux mutations et encore moins de les subir, mais de prendre avec audace le virage de la transition.