Pour une ambition culturelle régionale partagée

Intervention de Sabrina Hamadi

Monsieur le président, chers collègues, l’an dernier, à l’occasion des Etats généraux de la culture en région Centre-Val de Loire, le groupe écologiste avait tenu à rappeler ce qui, à notre sens, devrait être une politique culturelle régionale ambitieuse. Nous avions souligné en particulier l’importance de renforcer l’accompagnement des acteurs culturels, d’améliorer l’accessibilité, de soutenir une économie culturelle coopérative et solidaire ainsi que l’enjeu d’une gouvernance équitable favorisant la co-élaboration.

Ces grandes orientations, que nous avions déjà défendues pendant la campagne régionale de l’automne 2015, parce que nous les pensons nécessaires dans la perspective d’une révision des politiques culturelles, c’est avec satisfaction que nous retrouvons globalement dans ce rapport « Pour une ambition culturelle régionale partagée ».

La philosophie sous-tendue dans cette stratégie va donc dans le bon sens. Elle propose une réorganisation d’ensemble, assis sur des logiques : de coopération plus que de concentration, de participation des acteurs, de « proximité territoriale », d’intégration du plus grand nombre et de mise en valeur de l’entreprenariat sociale dans la culture.

Sur le contenu de cette stratégie, je laisserai mes collègues Charles Fournier, Alix Tery, Christelle de Crémiers vous dire quelques mots concernant la concertation permanente, les initiatives des territoires dans le domaine de la culture, notamment sur l’articulation avec le dispositif d’amorçage « A vos ID » et l’appel à projet Tourisme et culture.

Je concentrerai pour ma part mon intervention sur les questions de l’aménagement culturel et de la coopération/structuration qui impacte deux politiques phares de la Région, à savoir les PACT et le soutien à la création audiovisuel et cinématographique.

D’abord sur les PACT, comme en 2012, nous nous reconnaissons dans cette politique qui vise à promouvoir une action culturelle de territoire, pour les territoires et maintenant par les territoires si l’on s’en tient à l’ambition affichée de travailler sur les questions de gouvernance. L’approche pluridisciplinaire des PACT est pour nous une manière de toucher un public plus large tout en permettant une diversité d’expression artistique et culturelle. Ces deux dimensions vont dans le sens d’une finalité globale orientée vers la cohésion sociale, l’éclectisme culturel et l’émancipation intellectuel. Sur ce dernier point, je pense à la capacité offerte par les PACT de mettre en œuvre un cycle de débats/conférences : dans un contexte de défiance des citoyens, d’abstention record et d’homogénéisation du paysage politique, il est plus que nécessaire de débattre, d’avoir une information plurielle et de favoriser le développement du sens critique.

Sur les modifications apportées aux cadres d’intervention, globalement, nous apprécions la volonté d’améliorer l’encadrement des porteurs de projet, notamment par un meilleur accompagnement. Elles vont permettre de remettre du « collectif » là où il y avait souvent des logiques d’entre soi. Je pense ici à la manière dont les nouvelles dispositions mettent en avant les priorités données à la gouvernance, à la coopération et à l’implication des habitants. Nous en sommes particulièrement satisfaits car c’est ce que nous défendions, à savoir que ce changement de pratique pour les porteurs des PACT soit accompagné ; que cet accompagnement dépende de l’effectivité du changement d’orientation de la politique des PACT pour coller aux ambitions régionales que l’on implique plus fortement les habitants dans cette politique. Pour ce faire, nous espérons que les moyens dédiés seront à la hauteur du défi.

L’alignement des périmètres entre ceux des PACT et ceux des CRST, adossé à une logique de bonification, nous apparait être une bonne chose. Cela permet de valoriser les territoires qui jouent le jeu, sans déshabiller les moins volontaires ; reste à définir la nature d’éventuelles bonifications, qu’elles soient liées aux CRST ou aux PACT.

Un des autres points forts de cette stratégie réside dans la réorganisation du soutien à la création et à la production cinématographique et audiovisuelle. Le groupe écologiste valide l’idée d’une approche en « circuit-court » et multi-acteurs, garantissant une politique d’accompagnement sur l’ensemble de la chaine de production. Une implication plus forte des opérateurs audiovisuels dans la production et la diffusion, par le biais d’un contrat d’objectifs et de moyens, peut permettre de créer les conditions d’un « éco-système solidaire » favorisant l’expression de la diversité artistique. Ces conditions ne peuvent être remplies qu’à la condition du respect des règles de la contractualisation qui en l’état offrent un certain nombre de garanties. La vigilance de chacun, notamment du Conseil régional, assura l’équité d’accès aux dispositifs d’aide et le respect des objectifs.

Nous partageons l’esprit qui a motivé cette réorganisation. Il s’agit de protéger les acteurs régionaux et les chaines de valeurs – de la création à la production – face à la rapacité des mastodontes de l’industrie culturelle. Cette idée de résistance et cette approche en circuits courts nous vont bien. Miser sur la coopération entre acteurs n’ayant pas forcément les mêmes visées ou les mêmes stratégies de développement est un pari osé. Cela impose un processus décisionnel clair et transparent. Nous serons très attentifs et à l’écoute des acteurs afin que l’accès soit équitable.

Concernant la disparition du volet « éducation à l’image » du cadre d’intervention concernant le soutien à la création et à la production, nous avons bien noté qu’elle serait développée sous un angle « jeunesse ». Nous serons attentifs sur ce volet qui doit être porté avec beaucoup de volontarisme. L’éducation à l’image, aux contenus, à la production de l’information est un enjeu démocratique majeur qui permet de développer le sens critique, l’émancipation et l’autonomie de penser.

Je souhaiterai dire un mot sur l’impact des logiques financières sur les politiques culturelles. Elles font l’objet d’une double attaque. D’un côté elles doivent faire face à la politique d’austérité qui impacte leurs budgets à tous les niveaux. De l’autre, elles doivent résister aux assauts hégémoniques et concentrationnaires des grands groupes. Face à ces deux logiques, les collectivités qui assurent une mission de service public culturel partagée en matière de création, d’accessibilité des publics et d’émergence des jeunes talents se retrouvent bien démunies, en plus d’être souvent peu ambitieuses. La tentation de la délégation de service public à ces groupes est grande. Elle est même dans certains territoires déjà en marche… Les restrictions budgétaires auxquelles font face les gestionnaires des équipements « imposent » de louer leurs espaces au privé pour arrondir leurs fins de mois. C’est déjà l’arbre qui cache la forêt !

Il nous faut résister à ces logiques qui dépossèdent les territoires et détournent la vocation de ces lieux. Si l’on pousse cette logique prédatrice jusqu’au bout, on pourrait très bien voir disparaître des festivals gérés par des opérateurs locaux comme « Terre du son », faute d’avoir les moyens de pouvoir se payer des têtes d’affiche à prix abordable qui font le plus souvent l’attractivité de ce type d’évènement. Il se joue là l’autonomie des acteurs culturels locaux, l’émergence des jeunes artistes profitant de la vitrine offerte par des artistes de renom. Le développement de ces logiques appelle un positionnement politique et éthique, à savoir, l’argent public doit-il participer et encourager cette logique ? Doit-on subventionner ces grands groupes ? Ou au contraire permettre aux opérateurs locaux d’assumer leur rôle de créateur et de défricheur dans une approche collaborative ? Pour nous et comme la philosophie de cette stratégie le sous-tend, nous privilégierons toujours la coopération, à la compétition et à la concentration. Nous refusons de subventionner même indirectement ces groupes industriels dont le profit et la course au monopole reste le principal moteur ! (Nous ne doutons pas que notre nouveau gouvernement s’attaque à la problématique de la redistribution économique dans le secteur culturel, largement bousculé par l’émergence des nouvelles technologies et par la concurrence internationale dans un marché dérégulé. )

Vous l’aurez compris monsieur le président, chers collègues, nous saluons cette stratégie ambitieuse et porteuse de sens qui met en avant la reconnaissance de la diversité culturelle et la participation des habitants dans la fabrication des politiques culturelles. Nous voterons donc ce rapport tout en étant attentif à son application.

Merci de votre attention.