Ambition Recherche Développement

Intervention d’Alix Téry-Verbe

Le dispositif « Ambition Recherche Développement Centre-Val de Loire » a succédé depuis l’an passé au dispositif précédent « Ambition Recherche Développement 2020 » lui-même précédé par un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) lancé durant la mandature précédente afin de faire émerger des pôles de recherche et de développement d’envergure internationale, capables de porter à terme une dynamique forte de développement socioéconomique et régional.

Les élus écologistes avaient approuvé le lancement de cette démarche, tout en faisant part de certaines craintes : fallait-il vraiment nous inscrire dans la compétition entre les territoires, entre les laboratoires de recherche, entre les universités ? A nos yeux, l’émergence de pôles d’envergure internationale ne doit pas se construire au détriment du reste. Le développement socio-économique de la région, oui, mais pas n’importe quel développement…

Depuis 2012, nous avons souvent rencontré des difficultés de forme, qui ous ont souvent conduit à nous abstenir :

  • difficultés à obtenir des informations suffisamment précises pour nous faire une idée des programmes soumis à notre approbation ;
  • regret profond, déjà largement exprimé lors de la session de juillet, sur le fait que sur ce dispositif très important (budget global sur 3 ans de 30 millions d’euros), nous n’ayons pas plus de visibilité sur la répartition des engagements financiers de la Région, avec une sélection au compte-gouttes des programmes plutôt qu’une instruction complète de chacun des programmes qui sont présentés à la Région… qui nous aurait permis d’apprécier leur intérêt respectif, leur coût respectif et de faire un choix éclairé.

Cette frustration du groupe écologiste vis-à-vis de ce dispositif demeure. D’autant que sur le fond, cela nous renvoie à la Stratégie européenne de Spécialisation Intelligente, laquelle était au cœur du lancement des programmes « Ambition Recherche et Développement ». Cette stratégie consiste à concentrer les investissements sur un nombre restreint de secteurs innovants pour se démarquer et être compétitif au niveau mondial.

Mais en 2021, nous posons la question une nouvelle fois : cette stratégie n’est-elle pas, sinon invalidée, du moins interrogée, par la crise à laquelle nous devons faire face et qui en annonce peut-être d’autres, plus difficiles encore ? La « spécialisation », même « intelligente », est-ce bien compatible avec la « relocalisation » que tout le monde appelle aujourd’hui de ses vœux ?

Vous l’aurez compris, si notre voix sur les rapports ARD est parfois dissonante, c’est parce qu’en tant qu’écologistes, nous interrogeons non pas la recherche, mais des choix économiques qui doivent rester au service de l’intérêt général. Les choix des domaines de spécialisation n’ont pas fait l’objet d’un débat démocratique. Ils découlent de choix stratégiques économiques dont nous n’avons pas véritablement débattus, et c’est un problème.

Cela étant dit, l’objet du rapport qui est présenté aujourd’hui est de sélectionner deux nouveaux programmes…

Ces deux programmes répondent-ils à la question que nous devons nous poser de l’intérêt général à long terme ?

Concernant le projet Sycomore qui entend favoriser une meilleure résilience de la forêt il semble que oui.

Plusieurs réserves malgré tout :

Cette recherche doit apporter des solutions pour la survie de la forêt et pas seulement au service de la sylviculture.

L’approche est très technologique et ne doit pas étouffer l’approche humaine qui doit être prépondérante. La technologie est un outil parmi d’autres, ce n’est pas un objectif en soi..

Veiller également à ce que l’adaptation n’accélère pas le processus de transformation de la forêt qui pourrait être dommageable pour la biodiversité dans son ensemble. Par la perte de la faune et de la flore associées notamment.

C’est toute la complexité de la meilleure connaissance des écosystèmes et l’erreur longtemps commise de ne s’intéresser qu’aux individus et non à leurs interactions complexes !

Ce projet a aussi cet intérêt de nous interroger sur La compréhension du vivant qui est une question d’écologie autant que de biologie. Il existe actuellement un déséquilibre de connaissances entre la biologie des organismes vivants et l’écologie des écosystèmes. On ne peut prétendre maîtriser les impacts écologiques sans développer un effort de recherche beaucoup plus important sur la science des écosystèmes.

On observe que les écosystèmes réagissent souvent de façon non linéaire à l’accumulation de contraintes. Le comportement d’un système complexe ne peut être simplement déduit des comportements propres à chacune de ses parties.

C’est le principe de l’effet cocktail de substances chimiques additionnées !

Le déclin brutal et massif de la biodiversité planétaire doit nous conduire à réfléchir aux méthodes d’évaluation des risques écologiques qui n’ont pas permis de prévoir l’ampleur des impacts auxquels nous sommes actuellement confrontés, de sorte que nous restons comme sidérés face à ce qu’il conviendrait de faire. Le déni est un ressort classique de notre inconscient pour rejeter l’intolérable !

Il semblerait que nous sortions en parti du déni. En partie seulement car nous n’avons pas encore pris conscience collectivement des changements de modes de vie que cela nécessite.

La recherche doit aussi servir à cela, nous aider à trouver des solutions pour nous adapter en symbiose avec notre écosystème et non en parasite de celui-ci.

Concernant Le projet Matex et le questionnement sur l’intérêt général il faut s’interroger sur les usages qui en résulteront. Etudier des réactions de matériaux dans des conditions extrêmes pour favoriser leur durabilité est une chose que nous pouvons soutenir, le développement d’activités qui conduisent à des conditions extrêmes et à des risques associés à celles-ci en est une autre. Encore une fois notre questionnement n’est pas sur la recherche en tant que telle mais bien sur les choix économiques qui en découlent.