Portrait Moïsette Crosnier

Ambition Recherche Développement 2020 – Sélection du programme Cosmétosciences

Intervention de Moïsette Crosnier

 

Le projet « Cosmétosciences » est le troisième projet qu’il nous est proposé de retenir dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt ARD 2020 lancé en mars 2012. Ce projet n’a pas été déposé dans les délais et a été « repêché ». Un quatrième projet, « Conditions ExTrêmes », sur la métrologie environnementale est toujours en attente. Ce dernier pose-t-il un problème particulier pour qu’il soit continuellement repoussé ? S’il est bien maintenu, nous proposons que ces 2 derniers projets soient examinés ensemble lors de la prochaine réunion du CoRIT (COmité pour la Recherche, l’Innovation et la Technologie), au début du mois de février, avant d’être adopté à la session suivante. Nous regrettons que les sélections se fassent « au coup par coup », brouillant ainsi la vision globale que nous devrions avoir pour la mise en œuvre de cette politique ambitieuse.

 

Autre inquiétude, également pointée par le CESER : l’enveloppe financière de 30 millions d’euro à l’horizon 2020, ne risque t elle pas d’être dépassée ?  Peut être même doublée ? On passe de 2 ou 3, à 4 projets. Des montants ont été déjà été engagés sur les 2 projets retenus.

 

Sur le projet lui-même,  nous avons sur notre territoire, dans le secteur de la cosmétique, des compétences, des laboratoires, des moyens humains, qui ouvrent des perspectives fortes et une capacité à attirer de nouveaux acteurs. Nous soutenons cette orientation. Mais le rapport, tel qu’il nous est présenté, est trop succinct pour nous permettre d’apprécier la qualité et le contenu du dossier. Il soulève de nombreuses interrogations.

 

Concernant les axes de recherche, 3 axes sont proposés. Nous notons avec satisfaction l’inscription dans le programme de la préoccupation d’une cosmétique durable respectant la biodiversité locale. Pourquoi ne pas envisager un développement de la recherche sur des produits cosmétiques biologiques labellisés AB ou Ecocert ? Il y a une demande forte des consommateurs donc des débouchés importants pour cette gamme de produits.

 

Nous nous interrogeons fortement sur la glycochimie et la glycobiologie figurant dans l’axe 2. La formulation scientifique n’aide pas à la compréhension pour les élus que nous sommes. La glycobiologie, secteur clé du programme est très difficile sur le plan applicatif et peu de résultats novateurs sont à attendre, d’après le rapport d’évaluation du projet.

Une question s’impose : Cela recouvre-t-il les nanotechnologies? On sait que les nanoproduits sont utilisés et que leurs développements sont nombreux dans la cosmétique. Je ne redirai pas les risques qui sont pointés par de nombreux scientifiques et dont nous faisons régulièrement état. Dans un colloque où je suis allée récemment, un historien philosophe des sciences a exposé les suspicions de dangerosité probables des 4 nanoproduits les plus courants et en particulier du dioxyde de titane que l’on retrouve dans de nombreux cosmétiques. D’une manière générale, nous demandons que, pour toute recherche, une évaluation des risques liés à la création de nouvelle molécule soit faite.

 

Les 4 expertises réalisées sur le projet émettent plusieurs réserves :

  • La durée de recrutement pour un an seulement des post doc est trop courte, pour permettre un travail novateur; alors que nous avons l’ambition d’augmenter significativement le nombre de chercheurs permanents et non permanents. Cette durée de contrat trop courte, ne permettra pas, non plus une attractivité internationale.
  • Un positionnement européen limité, non compensé par des partenariats internationaux et une volonté insuffisante de lien avec les partenaires du territoire.
  • L’absence de bibliographie recensant les recherches déjà menées par les équipes signataires, ce qui rend difficile l’évaluation des équipes impliquées.
  • Le manque d’engagement des lettres des industriels du secteur. Leur implication doit absolument être renforcée.
  • La gouvernance, telle qu’elle est proposée, démontre une certaine immaturité. Elle est à revoir et des améliorations organisationnelles à faire.

 

Par ailleurs, le projet comporte des qualités qui ont été relevées dans les expertises : il est ambitieux, scientifiquement pertinent et repose sur des compétences académiques. Le volet formation spécifique liée au programme est une excellente idée ainsi que le montage d’une plateforme ouverte aux PME.

 

Au total le projet Cosmétosciences a reçu une note globale C sur une échelle de A à D. Nous pensons qu’il n’est pas suffisamment abouti. Il faut retravailler les faiblesses du programme comme la gouvernance et l’implication des partenaires. Pour cette raison nous nous abstiendrons.