Portrait Moïsette Crosnier

Ambition Recherche Développement 2020

Intervention de Moïsette Crosnier

 

Notre groupe souscrit à l’ambition de la Région de faire émerger des pôles de recherche et de développement d’envergure internationale, capables de porter à terme une dynamique de développement socio-économique. Nous voterons donc pour ce projet PIVOTS portant sur la métrologie et la remédiation environnementale.

Comme le CESER, nous nous interrogeons sur les financements qui seront apportés à moyen terme. En mars 2013, l’appel à manifestation d’intérêt prévoyait un engagement de 30 millions d’euros à l’horizon 2020 pour 2 ou 3 projets. 3 projets ont déjà été sélectionnés. Aujourd’hui, nous allons en adopter un quatrième. L’enveloppe initiale ne risque-t-elle pas d’être très largement dépassée?  Comment sera-t-elle répartie entre les 4 projets et quelles seront les contributions des différents financeurs?

Le projet PIVOTS vise à associer des plates-formes d’innovation et de valorisation   pour apporter des réponses aux enjeux et défis environnementaux. Il y a des attentes fortes dans ce domaine. Le projet est ambitieux et pertinent avec des équipes de qualité. Il comporte des aspects de recherche fondamentale et appliquée, des aspects de métrologie et des aspects de remédiation aux contaminations environnementales.

Les experts du CoRIT(Comité pour la recherche et l’Innovation technologique) qui ont évalué le projet ont pointé un certain nombre d’insuffisances pour lesquelles des améliorations devront être apportées :

Un défaut de gouvernance avec des risques de divergence entre les partenaires. Pour y pallier, le CoRIT recommande la création d’un conseil ou d’un comité scientifique pour coordonner les acteurs du projet.

Un défaut scientifique : le volet des nouveaux capteurs est mis en avant, ce qui est bien, mais l’aspect remédiation est insuffisant : comment seront transformés les contaminants? Les aspects biologiques et biochimiques sont très insuffisants voire pas traités pour certains aspects. Ce pan de la recherche doit être développé.

Une implication insuffisante des industriels, insuffisance qui risque de déséquilibrer les financement entre secteur public et entreprises privées. Y a-t-il des entreprises partenaires dans le domaine des capteurs ?

Nous complétons ces remarques du CoRIT par les interrogations que nous portons sur le volet remédiation. La remédiation en réparant les effets de la pollution risque de l’encourager en ne privilégiant pas les processus non polluants. Toute émission de pollution est une risque pour la santé et  l’environnement, même si elle est traitée.

D’autre part, tout traitement a un coût. Je citerai l’exemple de l’eau du robinet dont le coût n’a cessé de croitre ces dernières decennies. Nous demandons, et demanderons toujours, que des alternatives de prévention soient recherchées et développées plutôt que des solutions de réparation et de remédiation. De nombreuses études ont montré les liens entre la dispersion de polluants dans l’air et dans l’eau, et l’augmentation de la prévalence du cancer et des maladies neurodégénératives. Ne serait-il pas temps de lancer un programme ambitieux de recherche sur ces questions ?

Autre inquiétude : le dossier détaillé présenté au CoRIT fait état de pistes de recherche pour l’utilisation de nanoparticules comme technologie de dépollution. Là encore, de nombreux scientifiques font état de suspicions de dangerosité des nanoparticules. Nous comprenons que ce champ soit investigué, mais nous demandons que des études de risque soient menées en parallèle.

L’autre partie importante du rapport est le point d’étape seur les deux projets ARD 2020 votés à la session de mars 2013 : biomédicaments et Lavoisier. Nous nous étions abstenus en proposant qu’ils soient retravaillés pour arriver à une version plus aboutie. Nous aurions souhaité que la sélection des projets soit faite en une seule fois plutôt qu’échelonnée, en trois fois comme c’est le cas.

Pour ces 2 projets, nous avions des craintes sur la position des partenaires et des concurrents : pour Bio-médicaments, sur la question du lien avec le génopôle d’Evry ; pour Lavoisier, le programme du site tourangeau est tributaire de la stratégie nationale du CEA qui envisage des regroupements de sites, ce qui pourrait impacter Le Ripault ; cette crainte s’est concrétisée par un projet de déménagement, il semblerait que le risque se soit aujourd’hui éloigné, mais il n’est pas complètement écarté.

Les bilans d’étape des 2 projets portent sur les 2 années écoulées depuis  leur adoption en session. Le délai est court, certes, et le rapport présente des bilans très résumés. Sur les aspects d’emploi, il me semble que les réalités sont en deçà des objectifs visés :

Pour Biomédicaments, on était sur un engagement de 80 postes ETP cumulés sur 2013-2016 lors du rapport voté à la CP de novembre 2013. Le bilan fait état de 14 nouveaux chercheurs recrutés, soit 17% des 80 annoncés. Il reste moins de 2 ans pour recruter les 66 supplémentaires et atteindre l’objectif.

Pour Lavoisier, avec 16 postes non permanents et 8 postes permanents, on est loin des chiffres évoqués en session de mars 2013, je cite : « l’engagement fort et crédible de recruter 40 chercheurs supplémentaires dès 2013 et 70 à l’horizon 2020 ».

Les programmes de recherche n’auraient-ils pas pris du retard sur les plannings prévus ? Le rapport fait plus état des actions de diffusion, de formation et d’offre de formation que des programmes de recherche. Le rapport souligne aussi les actions de renforcement de la gouvernance et de la coordination entre les laboratoires et les entreprises, renforcement d’autant plus nécessaire que des faiblesses dans ce domaine avait été pointées par tous les évaluateurs et sur tous les projets.

Je voudrais terminer mon intervention sur les programmes des Biomédicaments. Sous ce vocable est englobé un ensemble de médicaments créés avec les biotechnologies. Ces techniques visent à créer des organismes génétiquement modifiés et des nouvelles molécules. Les progrès médicaux sont une priorité pour nous tous, mais ils ne doivent pas évacuer les problèmes éthiques. On ne peut pas disperser dans la nature des molécules sans précaution, même s’il s’agit de médicaments.

Le passé ne manque pas d’exemples où des effets pas toujours secondaires ont posé de gros problèmes aux malades soignés  avec des molécules ou des techniques révolutionnaires au moment où elles ont été découvertes. De plus en plus d’études font état d’incidences sur la population entière de certains produits. Je pense, par exemple, à la baisse de la fertilité ou la résistance aux antibiotiques. Nous demandons que, là encore, des études de risque soit réalisées sur toute nouvelle molécule et qu’un comité d’éthique puisse se prononcer sur l’éthique des recherches entreprises.