Portrait Gilles Deguet

Ambitions Santé 2020 : les liens entre environnement et santé

Intervention de Gilles Deguet

 

Monsieur le Président, Monsieur le Directeur général, mes chers collègues, le rapport qui vous est soumis est intitulé « Ambitions Santé 2020 », mais comme il vous est indiqué dans son introduction, il ne recouvre ni l’ensemble de la question, ni l’intégralité de l’ambition de la Région en matière de santé dans l’ensemble de ses politiques. Tel qu’il est, il est plus un plan maladie qu’un plan santé, ou plus justement et c’est déjà très important, un plan d’égalité d’accès aux soins.

 

Monsieur le Directeur général de l’ARS, mes chers collègues, la prévention est souvent le parent pauvre des politiques de santé, sans doute parce que ses effets ne sont pas toujours visibles immédiatement, et qu’elle ressort plus de politiques publiques que de rapports marchands. Encore cette prévention est-elle souvent réduite au diagnostic précoce des maladies, plus qu’à une action sur les causes qui puisse éviter la survenue des pathologies…

  

Ces causes sont de plus en plus connues, et Saadika Harchi en a fait un tableau complet. Le présent rapport cite l’alimentation, l’insuffisance des pratiques sportives et des mobilités douces, la dégradation de l’environnement. Pour ce dernier domaine, Monsieur le Directeur général, la Région a contribué à l’élaboration du deuxième Plan Régional Santé Environnement arrêté le 24 décembre 2010 et elle participe à son suivi. Permettez moi, pour que nos collègues mesurent l’ampleur du problème, d’en énumérer les fiches d’action :

– les fiches 1 et 11 sur la qualité de l’air,

– les fiches 2 et 13 sur la protection des enfants, des femmes enceintes et des personnes vulnérables,

– les fiches 3 à 5 sur l’habitat,

– les fiches 6 à 8 sur les particules dans l’air extérieur et l’air intérieur,

– les fiches 9 et 10 sur les transports,

– la fiche 12 sur les substances toxiques en milieu de travail,

– les fiches 14 à 17 sur la sensibilisation et la formation,

– les fiches 18 à 21 sur la qualité de l’eau,

– la fiche 23 sur les installations nucléaires.

 

Malheureusement, ce PRSE très complet souffre de deux faiblesses congénitales. La première est son manque notoire de moyens, qui fait que les actions sont le plus souvent des actions d’animation de réseaux eux-mêmes fragilisés. La seconde est sa déconnexion des autres politiques. Il est significatif que le troisième « Plan Cancer » néglige les facteurs environnementaux et notre groupe déposera d’ailleurs un vœu sur ce sujet.

 

Mais plus encore, ce plan se heurte de front aux conséquences de politiques contradictoires et dotées de moyens bien plus importants. Je me contenterai de deux exemples :

 

– La question des particules fines dans l’air. Elles ont des effets sur les pathologies respiratoires et circulatoires et elles seront probablement bientôt classées CMR (Cancérogène, Mutagène, Reprotoxique). Rien que sur le premier effet, elles sont responsables de 40 000 décès prématurés dans notre pays, et l’association Lig’Air, qui a territorialisé l’étude, conclut a plusieurs dizaines de morts prématurées dans les seules agglomérations de Tours et d’Orléans. L’analyse sur l’origine de ces particules fait ressortir 3 causes d’importance à peu près égales : les activités économiques productrices de poussières, le chauffage et les émissions automobiles avec une nette prépondérance de la motorisation diesel. Or cette motorisation reste favorisée par la fiscalité, et vous avez tous mesuré la difficulté qu’il y a à seulement corriger cette inégalité de traitement totalement contre productive du point de vue de la santé.

– La question des pesticides. Plus personne ne conteste l’effet des pesticides sur les agriculteurs eux mêmes, et je salue le combat de ceux d’entre eux qui veulent faire reconnaître les maladies induites comme des maladies professionnelles. Nous suivons dans cette région le plan « Eco-phyto 2018 », dont le but est de diviser par deux l’usage des pesticides dans l’agriculture (et j’utilise ici à dessein le terme pesticides, j’ai de la peine avec le terme phytosanitaire, qui signifierait qu’ils ont été conçus pour la santé des plantes). A mi-parcours, le bilan est une augmentation d’environ 20 % ! C’est dire la nécessité d’intervenir plus profondément sur les systèmes productifs.

 

Permettez moi de faire un aparté sur les OGM puisqu’une récente décision de la Commission européenne les remet à l’ordre du jour, et nous déposerons un vœu sur cette question-là aussi. Les OGM représentent un danger aussi du point de vue des pesticides. Certains d’entre eux produisent des insecticides en grande quantité directement dans les champs. Les autres sont des plantes résistantes aux herbicides dont la nature même suppose l’utilisation de ces herbicides.

 

Monsieur le Président, monsieur le Directeur général, mes chers collègues, la santé sera incontestablement une question centrale du XXIème siècle. La durée de vie en bonne santé a d’ores et déjà cessé sa progression. Il n’y aura pas d’issue purement médicale et technologique. Les solutions seront environnementales et sociales.