Portrait Moïsette Crosnier

Appel à manifestation d’intérêt : Ambition Recherche Développement 2020

Intervention de Moïsette Crosnier

Nous avons initié il y a tout juste un an par une communication, une procédure d’appel à manifestation d’intérêt visant à faire émerger 1, 2 ou 3  pôles de recherche sur des compétences particulières capables de porter à terme une dynamique forte de développement socio économique de dimension nationale voire internationale.

Le rapport présenté ici est difficile à comprendre. La présentation des 4 projets est très succincte au regard du volume des dossiers qui ont été déposés. L’absence des synthèses des évaluations réalisés rend les enjeux difficiles à mesurer. Le CESER n’a d’ailleurs pas donné d’avis, sur le fonds de ce rapport, pour cette raison. Même pour moi qui ai participé aux deux réunions du CoRIT en octobre et en janvier, les enjeux scientifiques des projets n’ont pas toujours été limpides et faciles à mesurer. J’en profite pour redire ici qu’il est indispensable de créer des lieux et des instances permettant de créer des partenariats entre le monde de la science et la société, les citoyens. Comment appréhender, s’approprier pour des élus les enjeux scientifiques, les bénéfices et les risques des progrès scientifiques ? Comment choisir entre plusieurs scénarios ? Quelle société voulons nous construire ?  

Revenons aux projets présentés. Une mobilisation et une dynamique se sont bien créées autour de cet appel, mais à notre avis aucun des 4 projets proposés ne remplit actuellement les conditions de l’émergence d’un pôle de recherche et ne satisfait aux critères définis dans l’appel à projet.  Aucun n’est vraiment convaincant au regard de sa capacité à créer un grand pôle de recherche de dimension internationale ni même nationale.

Tout d’abord, pour tous les projets des défauts au niveau de la gouvernance ont été pointés par les experts évaluateurs : projets trop larges, dispersion des projets, multiplicité des équipes, absence de chef de projet…et ce même pour les projets retenus : Je cite, pour Bio médicaments « demander de simplifier la gouvernance avec un conseil scientifique ».  Pour Le projet Lavoisier, le rapport d’expertise de janvier, donc après les précisions demandés par le CoRit en octobre notait que  même avec un porteur de projet identifié, il était indispensable de demander au porteur de préciser le mode de gouvernance qui sera mis en place.

Déjà pour cette raison, pour nous aucun des 4 projets n’est réellement et suffisamment abouti au regard des financements particulièrement importants que nous allons engager dans la période de très forte incertitude budgétaire des années à venir. Rappelons que, dans cette démarche, c’est un engagement financier de l’ordre de 30 millions d’euros à l’horizon 2020 que nous allons prendre. J’ai bien compris qu’un comité de suivi particulièrement attentif au respect du cahier des charges sera mis en place. Mais est-ce suffisant pour s’engager dès maintenant ?

Pour l’intelligence du patrimoine, le dialogue va être poursuivi et nous approuvons l’expérimentation qui est envisagée autour du sous projet ciblé et innovant.

Pour CET au Centre, le volet sur le programme d’actions et les perspectives d’impact économiques sont insuffisants. Le dialogue va être poursuivi, nous nous en félicitons d’autant plus que le projet articulé autour de la métrologie environnementale est pour nous un sujet primordial. Il serait vraiment intéressant qu’un tel sujet aboutisse d’autant plus que nous disposons d’une excellence scientifique reconnue tant en chercheurs qu’en équipements dans ce domaine. Donc oui nous appuyons la recherche dans ce domaine.

Pour les 2 projets, Bio médicaments et Lavoisier, les dossiers sont plus avancés certes mais nous nous interrogeons sur l’opportunité de nous engager financièrement dès maintenant alors que, nous allons, je cite les conclusions du rapport « engager avec les porteurs de projet des négociations en vue de préciser le programme d’actions ». Inversons le calendrier. Demandons d’abord que le programme d’actions et la gouvernance soient clairement explicités, puis on engagera sur le soutien financier.

Pour le projet Lavoisier , nous nous interrogeons, comme le CoRIT l’a fait, sur la prise réelle qu’aura la Région ainsi que les labos des universités et du CNRS associés au projet, sur la conduite d’un programme que le CEA risque de subordonner à sa feuille de route nationale. La question est bien posée de l’articulation à venir avec les plate-formes de recherche technologiques dont le CEA vient d’annoncer la création dans 4 autres régions.

En ce qui concerne le projet Biomédicaments la question est celle du lien au Génépôle d’Evry doté lui de moyens très importants grâce au téléthon

En résumé : Dès l’initiation de la démarche ambitions 2020, le principe avait été posé de retenir progressivement les projets au fur et à mesure de leur arrivée à maturité. Les 2 projets ne sont pas matures donc poursuivons le dialogue comme avec les 2 autres projets.

Pour finir, je voudrais dire un mot sur les domaines de recherche retenus. Nous les soutenons tous : patrimoine culturel, stockage des énergies renouvelables, recherche médicale dans un secteur en pointe .
Cependant nous continuons à dire qu’un large pan de la recherche est laissé de côté ou très insuffisamment investigué: les effets sur l’environnement et la biodiversité des dizaines de molécules chimiques qui sont dispersées dans la nature et les effets cocktail de ces molécules. On fait des recherches séparées sur chacune d’entre elles mais pratiquement pas de recherche croisées. La recherche sur la prévention de la santé :les thérapies de lutte contre le cancer sont privilégiées au détriment des causes d’apparition du cancer. Hors les cancers sont en plein développement et ont des causes multiples : stress, alimentation déséquilibrée, pesticides, pollution de l’air…
Actuellement on parle beaucoup des pesticides qui ne seraient pas nocifs à faible dose c’est à dire qu’ils ne font pas mourir. Mais on sait qu’à très faible dose ce sont des perturbateurs endocriniens qui sont en cause dans la baisse de fertilité en particulier masculine.
Ce qui ouvre un autre champ de recherche : l’agroécologie sans pesticide.  Les premiers résultats dans ce domaine montre que les pistes d’investigation sont multiples.

Dommage que ces thèmes n’aient pas fait l’objet de proposition dans le cadre de l’AMI, on aurait vraiment répondu à l’objectif principal de cet AMI : faire émerger un grand domaine de recherche innovant sans concurrence forte.