Apprentissage : la Région mobilisée malgré la réforme

Intervention d’Estelle Cochard

Monsieur le Président, madame la Vice-Présidente, chers collègues,

La crise du Covid-19 frappe durement le marché de l’emploi et les jeunes seront en première ligne. Pour la rentrée, la baisse du nombre d’apprentis est estimée de 15 à 20%.

En réponse à cette crise, l’État a annoncé le 5 juin un plan de soutien à l’apprentissage. Ce plan se résumant essentiellement à des primes versées aux employeurs d’apprentis sans distinction entre petites et moyennes entreprises un milliard d’euros, l’allongement de 3 à 6 mois de la période de formation pour les apprentis en rupture de contrat et enfin, le versement de 500 Euros pour l’équipement informatique d’apprentis.

Notre Région a estimé que ce plan était insatisfaisant et ne pouvait suffire à garantir aux apprentis les moyens d’assurer leur avenir et leur permettre d’avoir les meilleures chances de trouver un emploi.

Travaillant d’arrache-pied pendant le confinement, la Région a consulté ses partenaires décidant la mise en œuvre de 3 mesures de soutien :

La bourse régionale de l’apprentissage et de l’alternance mise en ligne pendant le confinement rencontre un franc succès,

Le SPRO et les CFA se mobilisent dès cet été en activent le dispositif « assure ta rentrée » pour les jeunes sans solution.

Et enfin les CFA fragilisés seront soutenus par des financements régionaux fléchés avec une priorité donnée aux 1ers niveaux de qualification, aux secteurs professionnels à forte densité de main d’œuvre et aux territoires fragilisés.

Mais il faut l’avouer, cette difficulté conjoncturelle que rencontre l’apprentissage vient se rajouter aux conditions structurelles dues à l’application de la réforme de 2018 entrée en application cette année.

Ainsi, sous prétexte de vouloir augmenter l’offre d’apprentissage, le gouvernement en sacrifie la qualité en augmentant par exemple les périodes en entreprises diminuant ainsi les périodes de formation en CFA et positionnant les apprentis plus du côté contrat que du côté de la formation, de l’enseignement. La responsabilité de notre société en matière d’éducation n’est-elle pas, au-delà de former un.e futur.e professionnel.le, de former aussi un.e citoyen.ne, un être fait de culture, de sport…

L’apprentissage ne devrait pas faire l’objet d’un marché, et pourtant c’est la conséquence directe de cette réforme. En laissant la possibilité aux branches, ou aux acteurs d’un secteurs d’activité particulier de monter un établissement CFA « sur mesure », sans ou avec peu de concertation pour répondre à ses besoins d’emplois, les risques de dérives « adéquationistes » sont grands ! L’effet s’en fait déjà ressentir car plusieurs demandes d’ouverture de formations sont d’ores et déjà aujourd’hui déposées pour la rentrée.

Le financement au contrat, quant à lui, par la recherche de la meilleure rentabilité risque de donner lieu à une « course au chiffre ». Et lorsqu’être rentable est plus important qu’être efficace ou utile, assurément, le service se dégrade et on se retrouve avec les publics trop couteux sur le carreau :

  • Les territoires ruraux ou les zones défavorisées vont voir disparaitre ces offres au profit des espaces les plus attractifs, notamment les grandes villes.
  • Et il faudra faire très attention aux personnes en situation de handicap pour s’assurer qu’ils ne soient pas laissés pour compte.

Enfin, comment accepter cette aberration scandaleuse qu’est la compensation pour perte de compétence qui sanctionne tout particulièrement notre Région (2,9 millions €/an vers l’Etat) pour s’être trop investie en faveur de l’apprentissage.

Mais aussi, comment accepter que l’apprentissage du secteur public ait été banni de la réforme ?

Les CFA vont également être fragilisés par ces mesures et par la concurrence dans laquelle on les entraîne. Le risque que certains se créent accolés à des entreprises n’est pas à prendre à la légère. A terme, un des dangers, c’est une absence de cohérence et de coordination qui rendrait illisible l‘offre. Par ailleurs, il faut absolument éviter une hégémonie des grandes structures pour permettre à des TPE / PME de recruter des apprentis.

Les principales branches seront d’ailleurs les plus à même de tirer leur épingle du jeu, au détriment des formations plus petites qui risquent de se vider de leurs étudiants et de devenir invisible, notamment puisque la Région n’a plus de droit de regard sur les formations proposées…

Dans ce contexte, la Région a su réagir, autant qu’elle le peut, en conditionnant ses investissements à la compensation des effets négatifs de la réforme en orientant son intervention pour les formations inscrites à la carte-cible.

Oui, notre groupe le souligne, la Région, par ce rapport, se montre toujours aussi volontariste en développant sa nouvelle politique régionale dans le nouveau cadre qu’est le sien et en concertation avec ses partenaires qui est sera son grand atout.

Ainsi, la mobilité européenne sera encouragée, l’évolution et l’innovation des pratiques de formations seront accompagnées, l’information sur l’apprentissage sera développée, les formations fragiles seront soutenues, l’émergence de nouvelles formations et de nouveaux métiers sera appuyée et plus particulièrement et nous y serons vigilants pour ceux de la transition écologique et énergétique.

Afin d’être à la hauteur des enjeux, plus qu’un soutien à l’émergence, notre groupe Les Écologistes souhaitent vivement que notre Région accompagnement la transformation écologique et énergétique des formations et des métiers existants.

Bien que nous saluions cette nouvelle politique régionale en faveur de l’apprentissage, nous alertons sur le fait que l’apprentissage n’est pas la seule voie !

Il est de la responsabilité de notre Région de garder une vision globale en considérant sous le même chapeau de l’Alternance la voie par apprentissage et la voie professionnelle avec le même niveau de valorisation.

Cela ouvre de nouvelles perspectives à des jeunes qui se reconnaissent davantage dans une voie plutôt que dans une autre.

Cela donne aussi l’occasion de changer de voie en cours de parcours plutôt qu’être tout simplement en rupture et favoriser ainsi sa réussite plutôt que l’échec.

Je voudrais achever cette intervention en félicitant Cathy Munsch-Masset notre Vice-Présidente à l’éducation et à Apprentissage pour son implication et son engagement dans le pilotage de l’apprentissage en Région malgré toutes les vicissitudes auxquelles elle a eu à faire face et peut lui dire que nous voterons en faveur de ce rapport.