Portrait Charles Fournier

Carte des formations professionnelles initiales à la rentrée 2015

Intervention de Charles Fournier

 

Monsieur le président, cette carte des formations 2015 arrive dans un contexte bien précis, celui de la réforme et de sa mise en oeuvre, avec de nouvelles responsabilités pour les Régions et une nouvelle gouvernance.

La Région dispose aujourd’hui d’un rôle renforcé pour ce qui concerne les cartes de formation initiale et l’offre de formation pour adultes au sein du PRF. Elle est aussi partie prenante du SRESVE conjointement élaboré avec l’Etat et les établissements d’enseignement supérieur.

Les partenaires sociaux sont directement décideurs des listes de formation éligibles au CPF et même s’il ne s’agit pas là de construire une offre, c’est bel et bien un exercice qui va conditionner aussi l’évolution de l’offre.

Tous ces processus d’élaboration de l’offre de formation régionale, c’est la loi qui l’exige, se construisent avec une concertation permanente dans le cadre de ce que nous appelons maintenant le « quadripartisme ».

Ces responsabilités transférées aux Régions et aux partenaires sociaux nous invitent à donner corps à la formation tout au long de la vie, à décloisonner ce qui hier se concevait en silos.

Déjà l’année dernière, pour préparer la carte 2014, nous avions anticipé la loi du 5 mars 2014 et plus globalement la réforme de la formation professionnelle : nous avions organisé une concertation quadripartite afin de poser les jalons d’une concertation entre l’Etat et la Région ainsi qu’avec les branches professionnelles et les partenaires sociaux.

Cette concertation, il convient de l’élargir. L’élargir au secteur associatif et notamment à l’UDES. L’élrgir au secteur public, aux parents d’élèves et à des instances comme la Conférence Régionale de la Jeunesse, aux usagers eux-mêmes…

La concertation doit être menée dans les territoires, avec un débat effectif et non juste la somme des considérations de chacun qui ne fonde pas nécessairement l’intérêt général.

Il faut rechercher une synchronisation et au moins un travail de concertation articulée des différents actes qui relèvent de notre responsabilité en matière de formation : le programme régional de formation des jeunes et demandeurs d’emploi, la carte des formations initiales, professionnelles et d’apprentissage, mais aussi (même si nous ne sommes pas acteurs chefs de file) le schéma régional de l’enseignement supérieur et de la vie étudiante, auquel il convient d’ajouter (même s’il ne s’agit pas de construire une offre mais plutôt de flécher des offres prioritaires pour le compte personnel de formation) le travail des partenaires sociaux au sein de la Coparef sur les listes de formation éligibles au CPF.

En même temps, le débat ne doit pas porter non sur la nature et la quantité des formations à offrir vu de chaque fenêtre mais un débat sur le sens, sur les ambitions au delà du court terme et sur les moyens associes.

Mais quel sens donne-t-on à l’offre de formation en région ? Les écologistes portent trois ambitions majeures et indissociables pour la formation, qu’il s’agisse de formation initiale ou de formation professionnelle ou continue :

– l’ambition d’une offre généraliste, diversifiée et accessible, porteuse d’émancipation, d’éducabilité pour toutes et tous, permettant une diversité de savoirs pour répondre à la diversité des parcours et des projets ;

– l’ambition d’une offre qui contribue aux enjeux liés aux mutations économiques et qui constitue un levier pour la transformation écologique de l’économie, en recherchant un élargissement de l’offre mais aussi la transformation des contenus de formation (même si cela n’est pas de notre ressort, nous pouvons contribuer à ces changements) ;

– l’ambition d’une offre qui tienne compte des territoires et de leurs enjeux : en terme d’aménagement, les établissements de formation sont constitutifs de cet aménagement et du développement des territoires, ils sont en fait aussi acteurs d’une économie locale.

Ces trois ambitions ne sont pas simples à conjuguer. C’est là l’intérêt du quadripartisme, s’il permet aussi de débattre non pas seulement des seules ambitions, mais aussi des enjeux, s’il est outillé pour partager une prospective, une analyse de la demande sociale, etc.

Je redis, et la Conférence Régionale de la Jeunesse le redit aussi à sa manière, qu’il nous faut une vision pluriannuelle et une évaluation des effets des décisions prises.

Un exemple au hasard. Un des six objectifs fixés est lié aux mutations écologiques : comment en mesurer l’évolution ? Comment le mettre en oeuvre au-delà des ajustements annuels ? Quid des référentiels, ont-ils évolué ? Combien de formations répondent à cette ambition ? Quel accompagnement de notre part sur l’action éducative ? Quels moyens techniques mis à disposition ? Sur ces sujets faut-il apporter une touche cosmétique ou un changement durable et profond ?

Si nous savons mesurer l’élévation des niveaux de qualification, qu’en est il pour les 5 autres objectifs ?

Venons en au contenu même des cartes : elles sont ambitieuses avec une deuxième année de hausse, qui fait suite à une longue période de disette. C’est un réel effort pour soutenir la voie professionnelle répondant à la demande, même si j’entends les inquiétudes sur les moyens et les conditions d’enseignements en raison de la pression démographique. Nous serons vigilants quant aux moyens alloués et sur l’ambition des cartes.

Je tiens à souligner l’ouverture de 631 nouvelles places (353 en alternance, 233 en voie scolaire et 36 par la DRAAF), mais aussi l’engagement sur la valorisation de la formation professionnelle. Parallèlement, le SPRO engage un renouvellement des métiers, met sur un pied d’égalité les différentes voies d’accès.

Sur l’apprentissage, le contexte est difficile puisque le nombre d’apprentis dans les entreprises de moins de 11 salariés a nettement chuté quand celui dans les entreprises de plus de 250 salariés a augmenté. Le problème est particulièrement sensible pour les niveaux 4 et 5. Dans ce contexte, la Région s’engage quantitativement et qualitativement. Quelques pistes néanmoins :

– Ne peut-on pas agir sur l’offre dans cette phase de difficulté et développer par exemple les DIMA qui permettent de commencer une formation dans l’attente de trouver une entreprise ?

– Il nous faut aussi agir plus sur les ruptures de contrat, trop nombreuses, et pour cela nous devons disposer d’une lecture fine des causes des ces ruptures pour déboucher sur un véritable plan d’actions. Les causes multiples (dans l’orientation, dans les conditions d’accueil en entreprise, dans le fonctionnement de l’alternance, dans l’accompagnement des apprentis, dans la capacité à former des entreprises) sont à objectiver.

– Il convient aussi d’agir sur l’efficacité de l’alternance, dans les CFA, dans l’entreprise, en mobilisant les branches.

Pour conclure, Monsieur le Président, la Région est plus qu’hier un acteur majeur de la formation tout au long de la vie. C’est une grande responsabilité pour elle mais aussi pour les branches et pour les partenaires sociaux. Malgré quelques réserves sur la méthode et sur l’ambition du contenu, le groupe EELV votera avec une réelle satisfaction une carte qui augmente le nombre de places et fait évoluer la nature de l’offre.