Portrait Charles Fournier

Carte des formations professionnelles initiales en région Centre à la rentrée 2014

Intervention de Charles Fournier

 

Merci Monsieur le Président, chers collègues, penser la formation tout au long de la vie c’est pour les écologistes, s’appuyer sur trois ambitions qui doivent déterminer nos actions et en particulier nos cartes de formation.

 

Sur le contenu des cartes et les principes prévalant à leur élaboration

 

1 – défendre l’éducabilité de tous et une société dont la valeur se révèle à sa capacité à ne laisser personne sur le bord du chemin. La formation pour ne pas décevoir doit aussi participer au socle social et non seulement répondre aux seuls besoins du marché. Nous sommes pour l’adéquation sociale des cartes de formation, c’est à dire une offre qui réponde à des besoins des populations et au progrès social et sociétal.

 2 – la formation est aussi un levier essentiel pour la transformation écologique de l’économie pour peu que nous fixions en la matière un cap clair. C’est aussi notre responsabilité de définir des orientations exigeantes et en phase avec les enjeux sociaux et environnementaux. La force de nos choix guidera également la construction de ces cartes. La formation n’est pas qu’à la remorque de l’économie, elle aide aussi à penser l’économie et à la transformer.

 3 – La formation et en particulier l’implantation des lieux de formation, la présence des organismes de formation et des acteurs de la formation dans les territoires sont constitutifs de l’aménagement durable des territoires. Pouvoir se former près de chez soi ne saurait être possible pour toutes et tous mais entre le tout spécialisation et le tout généraliste, il y a des marges.

Ces trois ambitions ne sont pas simples à articuler dans ce qui est une de nos responsabilités, demain renforcée par la loi : élaborer les cartes des formations, qu’il s’agisse de la formation par voie d’apprentissage et la formation professionnelle sous statut scolaire ou non. Si nous prenons pour grille de lecture ces trois ambitions, nous pouvons dire que cette carte des formations est porteuse de changements que nous soutenons fortement, même si de-ci de-là nous formulerons quelques points de vigilance et même si bien sûr nous savons que ces cartes ne sauraient être l’objet de transformations radicales, ce n’est ni souhaitable ni possible.

 

1 – Etre convaincu de l’éducabilité de tous, penser la formation comme socle social, c’est se soucier de l’accès à la formation pour tous et se préoccuper des parcours tout autant que des compétences. En ce sens, la volonté de ne pas opposer mais rendre complémentaires les voies d’accès est pertinente. Les voies d’accès à la formation ne peuvent construire leur succès sur le discrédit des autres voies. La promotion des voies d’accès est l’affaire de tous et ensemble, c’est aussi une plus-value attendue du SPRO. Construire les cartes de formation dans une même dynamique c’est nécessairement un plus pour rendre lisible l’ensemble des voies d’accès. A ce titre et pour exemple, je voudrais évoquer le travail entrepris et piloté par la Région avec l’appui du GIP Alfacentre, avec une forte implication des directeurs des CFA,  sur la lutte contre les discriminations dans l’apprentissage. Il ne s’agit pas là et c’est cela qui est intelligent de réduire le sujet à l’existence de discriminants et de  discriminés mais de prendre la mesure d’une discrimination implicite qui se construit en système et a pour résultat l’absence de diversité dans les publics accédant à l’apprentissage. Il y aurait beaucoup à dire sans doute dans un propos plus sociologique sur cette situation, mais au-delà des cartes, c’est aussi l’ensemble des engagements pris par la région qui contribue à corriger des mouvements installés, des pratiques qui méritent d’évoluer.

L’élévation des niveaux de qualification que nous poursuivons est aussi à mettre à l’actif d’une volonté de conforter la formation comme outil de la promotion sociale.

 

2 – La formation comme levier de la transformation écologique de l’économie : je dois exprimer au nom de notre groupe notre grande satisfaction de voir inscrite cette ambition noir sur blanc dans les six priorités de la stratégie régionale de développement des formations. C’est pour nous d’ailleurs un des enjeux importants à prendre en compte dans l’élaboration du prochain CPRDFP qui intégrera demain aussi l’orientation.

Nous sommes également satisfaits de constater les premières conséquences, fussent-elles limitées dans l’offre : BTS « système constructif bois et habitat », la mise en place du bac pro « gestion des pollutions et protection de l’environnement »… Nous notons aussi en forme de clin d’oeil que le démantèlement des centrales nucléaires va devenir une réalité et qu’il faut s’y préparer comme cela est exprimé page 7 du rapport. Au titre de cette transformation écologique de l’économie, nous partageons aussi ce souci de soutenir le secteur industriel, en valorisant ses filières de formation, en répondant aussi aux enjeux de transformation de ces industries.

Cette transformation passe par une évolution de l’offre mais doit aussi s’appuyer sur trois leviers complémentaires sur lesquels nous devons afficher nos ambitions :

 a – intégrer ces enjeux dans les référentiels de formation et les référentiels métiers : cela passe aussi par des actions de professionnalisation des acteurs de la formation, à l’instar du programme initié par le GIP Alfacentre autour de l’économie verte. Et force est de constater que l’intérêt des établissements, des acteurs de l’orientation et des organismes de formation est grand.

 b – Se préoccuper des lieux de formation et de leur capacité à répondre à ces évolutions : c’est le cas du travail accompli sur les plateaux techniques Energie développement dans nos territoires. Ainsi, je salue le projet de reconstruction du CFA du bâtiment de Blois, qui a été pensé en intégrant cette nécessaire anticipation de l’avenir. Mais nous devrons nous pencher sur l’ensemble des lieux de formation, sur les efforts à accomplir pour les moderniser, pour qu’ils puissent répondre à ces exigences. Bien sûr nos moyens sont contraints, mais il me semble que là aussi nous devons avancer avec une boussole : penser les lieux de formation de demain : inscrits dans l’avenir, modularisables, offrant des plateaux et outils de formation adaptés. Le prochain PPI de nos lycées, nos investissements dans les CFA devront tenir compte de nos priorités en matière de développement des formations.

c– Approfondir le travail de prospective sur les métiers d’avenir : les CARIF-OREF, le GIP Alfacentre en région, se mobilise sur cette question et l’ARF nous a d’ailleurs récemment invité à nous mobiliser sur ces questions et a produire des réflexions interrégionales sur cet enjeu. Ici en région Centre, nous nous tenons prêts à engager un travail à titre expérimental par filière, dans les territoires, approchant les métiers de demain et la transformation des métiers d’aujourd’hui, permettant l’identification des besoins en formation. Les méthodes de prospectives se doivent d’être construites dans nos régions pour prendre en compte les particularismes de nos économies et nos territoires.

 

3 – La formation comme outil d’aménagement du territoire

Nous partageons la préoccupation de garantir une offre de formation générale en proximité et de construire des pôles de compétences répartis équitablement. Sur cet aspect, nous avons du mal à lire comment cette orientation stratégique se concrétise et quels sont ces potentiels pôles de compétences équitablement répartis. Les projets Ambition 2020 donnent quelques indications mais il nous semblerait utile que cette stratégique soit plus explicite et perceptible. Ainsi, pour chaque bassin de vie, il serait intéressant de décliner ses orientations dans des objectifs plus opérationnels permettant de mieux comprendre les ouvertures et fermetures. Là encore le travail de cartographie aiderait à prendre la mesure de la situation actuelle et de la situation visée.

Au global, sur l’ensemble des cartes ce sont 405 places de formation supplémentaires : 196 en apprentissage et 209 en voie scolaire. Du point de vue comptable, même si celui-ci ne saurait être suffisant et que chaque situation mérite d’être regardée au plus près, nous offrons plus de places de formation.C’est un solde positif dans un contexte de contrainte et nous avions plutôt été habitués ces dernières années à des diminutions dans la voie scolaire.  

 

Sur la méthode d’élaboration des cartes de formation

 

C’est sans doute la méthode qui sera objet de beaucoup de débats cette année. Celle-ci préfigure ce que la loi va confirmer, un rôle accru des régions dans l’identification des besoins et l’élaboration de ces cartes, y compris des cartes sous statut scolaire. La critique formulée à l’encontre de la façon dont la région a conduit l’élaboration de ces cartes ne nous laisse pas insensible même si elle témoigne d’un débat inachevé entre ce qui mérite d’être décentralisé, ce qui ne doit pas l’être, et surtout sur la question de l’égalité des hommes et des femmes devant la formation ainsi que l’égalité des territoires.

Je crois utile quelque soit le niveau de décentralisation, d’associer les acteurs aussi largement que possible à la réflexion sur l’offre de formation et il me semble qu’il sera utile que les représentants du service public de l’éducation et de l’offre privée, les fédérations de parents d’élèves soient mieux associé, pour que les visions puissent se confronter dans des cadres appropriés, de façon constructive et pour que ce qui motivent chaque prise de position puisse reposer sur des éléments tangibles. Il nous semble que sans doute, nous pourrons aller plus loin dans cette concertation dans l’avenir, partageant nos analyses sur ce qui nous semble utile pour l’avenir. On a pu lire dans la presse d’hier au sujet de l’enseignement agricole que ce type de dialogue peut lever bien des ambiguïtés.

Il me semble également que le souci de la Région et de ses partenaires, car c’est bien ainsi que les choses se sont construites avec l’Education Nationale, avec la DRAAF et de multiples partenaires, de se préoccuper de tous les jeunes, en particulier celles et ceux qui font face à des difficultés, ne sauraient être remise en cause. Au-delà des cartes, l’implication de la région dans des mesures d’accompagnement éducatif, de renforcement des moyens pour agir dans l’éducation et la formation, est une réalité qui ne peut être niée, en tout cas être l’argument de dénonciation de la méthode choisie pour élaborer les cartes de formation.

Oui le débat doit porter sur ce qui garantit le mieux la pertinence de ces cartes pour tous les jeunes, ce qui garantit une réponse à leurs attentes mais aussi prendre en compte l’analyse des acteurs locaux. Il ne s’agit pas et rien n’indique que cette situation soit ni une réalité ni un risque, de demander aux « patrons » dites nous de quelle main-oeuvre vous avez besoin et nous vous ferons une carte aux petits oignons.

Nous sommes d’accord pour prendre en compte les aspirations des familles et des jeunes, mais est-ce que c’est bel et bien cette préoccupation qui prévalait dans la définition des cartes sous statuts scolaires ? Comment ces familles et ces jeunes étaient-ils sollicités pour donner leur avis, à l’échelle.

Pour ma part, je ne crois pas que l’Etat ait été et puisse être seul  le garant absolu de la pertinence et du bon choix des cartes de formation professionnelle et technologiques.. Il doit être le garant de l’éducabilité pour tous, porteur des principes et enjeux qui fondent la cohésion sociale, garant des programmes, des certifications et de l’égalité des moyens et notamment des moyens en personnel pour réussir l’action éducative. Je crois à la coopération entre les acteurs, je crois également aux vertus d’une décentralisation dès lors qu’elle s’accompagne d’un plus démocratique, dès lors qu’elle permet de mieux associer les citoyens à la définition du service public. Nous pouvons et devons progresser sur ce point.

Je crois également utile de ne plus opposer les voies d’accès à la formation, ce n’est pas l’une au détriment de l’autre. C’est l’une avec l’autre. La Région ne défend pas l’apprentissage contre la formation sous voie scolaire, c’est d’ailleurs étonnant que d’autres ici nous fassent le procès inverse.

Comment peut-on parler de formation tout au long de la vie en renforçant toujours les cloisons entre chaque système de formation, entre nos façons de penser la formation? Les apprenants n’en sont pas gagnants. Je voie dans cette méthode adoptée par la région et l’Etat la possibilité d’une plus grande cohérence. Et bien sûr, il est indispensable de mobiliser tous les acteurs dans la lutte contre l’échec et le décrochage scolaire, je suis convaincu que notre région s’y est largement attelé et que la perspective du futur SPRO pourra renforcer et mieux articuler les actions des uns et des autres en ce sens.

La concertation des branches a permis de mettre en évidence trois constats qui finalement atténue la crainte d’une approche adéquationniste :

1 – l’offre répond assez bien aux besoins des entreprises,

2 – par contre des métiers souffrent d’une image négative et le nombre de candidats à la formation et l’embauche est inférieur aux besoins,

3 – enfin, les dispositifs de formation des demandeurs d’emploi semblent mieux répondre aux besoins exprimés.

Cette analyse qui ne peut être produite finement qu’à l’échelle de nos territoires, invitent nécessairement à agir, non pas pour se soumettre à l’exclusive attente des entreprises, mais ici pour valoriser les métiers et formations, pour faire évoluer une part de l’offre pour que les jeunes comme les demandeurs d’emploi puissent disposer des compétences pour répondre aux besoins. Vous l’avez compris, nous sommes globalement satisfaits de la méthode même si nous considérons utiles de mieux  associer tous les acteurs, en particulier les représentants des personnels du service public d’éducation et des acteurs de la formation en général. Nous apprécions et partageons les priorités que s’est fixé la région et félicitons l’ensemble de celles et ceux qui se sont mobilisés autour de cet exercice.

Pour conclure, trois préconisations et un point de vigilance  pour la suite, pour certaines déjà formulées l’an passé :

1 – la concertation entre les établissements dans les territoires, qu’ils soient sous statut scolaire ou sous statut régional, formation initiale, professionnelle ou continue. Il me semble indispensable d’animer dans chaque bassin de vie, une réflexion entre établissements mais aussi avec les représentations des branches, les partenaires sociaux et les collectivités locales, sur les enjeux de formation.

2 – le lancement dès maintenant d’expérimentation concrète autour de l’évolution des formations en lien avec les métiers d’avenir, dans deux ou trois branches d’activités.

3 – tendre vers une approche pluri-annuelle des cartes de formation. Même si bien entendu des ajustements sont sans doute nécessaire d’année en année, la stratégie doit elle s’inscrire dans le pluriannuel. Nous devons ainsi évaluer sur des périodes pertinentes (3 à 5 ans) l’effet des mesures sur ces cartes eu égard aux objectifs que nous nous étions fixés, ici au travers des objectifs du CPRDFP.

Le point de vigilance c’est que si nous sommes favorables à ce que les Régions jouent un rôle accru dans la construction des cartes de formation, nous ne sommes pas pour l’austérité des moyens en particulier en matière d’éducation et de formation. Il est indispensable d’articuler les calendriers de la construction des cartes et de l’affectation des moyens, nous ne pouvons faire des propositions qui ne seraient pas suivies faute de moyens. Les régions ne doivent pas demain porter le chapeau de l’insuffisance des moyens, la déception serait grande.

 

Je vous remercie.