Carte des formations professionnelles initiales pour la rentrée 2017

Intervention d’Estelle Cochard

 

Monsieur le Président, chers collègues, l’élaboration conjointe des stratégies régionales du développement  économique et de la formation, témoigne de la volonté d’articuler les orientations. L’objectif affiché de la transition écologique, énergétique et numérique constitue une formidable opportunité pour mettre en place et anticiper les formations répondant aux métiers de demain.

Cette carte arrive également à un moment où le périmètre des compétences évolue : la Région se voit confortée dans son rôle de financeur et de coordination en matière de formation professionnelle. La Région, désormais au cœur des dispositifs, doit assurer la complémentarité de la « chaîne de la formation », en concertation étroite et permanente avec ses partenaires institutionnels, sociaux et associatifs.

Cependant, les écologistes sont, à plusieurs égards, réservés sur ce rapport :

Globalement, nous ne voyons pas de vraies priorités sectorielles mais une logique adéquationniste encore bien présente.

Les priorités du SRDEII, notamment la transition écologique, n’apparaîssent pas de manière suffisamment marquée. Bien que cela soit identifié comme une priorité, leur positionnement ne reflète pas le volontarisme affiché dans le SRDEII. L’agro-écologie n’est absolument pas mentionnée…

Il y a très peu d’ouvertures de filières autour de la transition écologique… Il faut pourtant enclencher une dynamique…

Sur la concertation qui a eu lieu avec les partenaires, nous regrettons l’absence de retours ne permettant pas d’apprécier le résultat de ces dialogues.

Nous sommes également dubitatifs sur certaines formations notamment celles du LPO Henri Brisson à Vierzon  concernant l’aéronautique qui vise à répondre aux besoins des entreprises locales et régionales du secteur. N’est-ce pas un peu réducteur comme objectif de formation ?

L’enjeu pour la Région est de veiller à l’équilibre entre acquisition d’un savoir-faire et des savoirs fondamentaux afin que chaque apprenant soit en capacité d’actualiser sa pratique et de s’adapter aux évolutions de la société.

Il s’agit également d’intégrer la transversalité de la notion de transition écologique afin qu’elle s’inscrive cœur des enseignements et des savoir-faire.

Elargir la concertation et l’inscrire de manière permanente

L’approche territorialisée du processus de concertation qui a eu lieu dans le cadre des « cordées des territoires » reste une initiative intéressante et constructive. Bien que celles-ci ne concernent pas spécifiquement la formation initiale, cette formule aurait vocation à s’inscrire de manière permanente dans l’idée d’un réseau de conférence territoriale.

Il nous semble qu’un tel processus de concertation régulier pourrait être élargi : au secteur associatif et notamment à l’Union des Employeurs de l’Economie Sociale et Solidaire (UDES), mais aussi aux parents d’élèves, ou encore à des instances comme la Conférence Régionale de la Jeunesse afin d’interroger aussi les usagers eux-mêmes…

Une concertation territoriale élargie menée dans les territoires permettrait un débat effectif, et non une simple juxtaposition des considérations de chacun qui ne fonde pas nécessairement l’intérêt général.

Il nous semblerait aussi nécessaire de rechercher une synchronisation, et à tout le moins une meilleure articulation d’autres « plans » : le Schéma Régional de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (SRESRI), le Schéma Régional de Desserte et de Mobilité, etc.

Quel sens donne-t-on à l’offre de formation ?

Le débat ne doit pas porter que sur la nature et sur la quantité des formations à offrir. Il faut aussi débattre du sens que l’on veut donner à l’offre de formation en région Centre-Val de Loire, des ambitions qui doivent être celles du Conseil régional au-delà du court terme, des moyens qu’on veut y consacrer, de la prise en compte de la question de la compatibilité des apprentissages avec les enjeux du changement climatique.

Les écologistes portent trois ambitions majeures et indissociables pour la formation, qu’il s’agisse de formation initiale ou de formation professionnelle ou continue :

-l’ambition d’une offre généraliste, diversifiée et accessible, porteuse d’émancipation, pour toutes et tous, permettant une diversité de savoirs pour répondre à la diversité des parcours et des projets ;

-l’ambition d’une offre qui contribue aux enjeux liés aux mutations économiques et qui constitue un levier pour la transformation écologique de l’économie, en recherchant un élargissement de l’offre mais aussi la transformation des contenus de formation (même si cela n’est pas de notre ressort, nous pouvons contribuer à ces changements) ;

-l’ambition d’une offre qui tienne compte des territoires et de leurs enjeux : en termes d’aménagement, les établissements de formation sont constitutifs de cet aménagement et du développement des territoires, ils sont en fait aussi acteurs d’une économie locale.

Ces trois ambitions ne sont pas simples à conjuguer. C’est là un intérêt du quadripartisme et de la mise en place d’un réseau de conférence territorialisée : ils permettent de débattre non pas seulement des seules ambitions, mais aussi des enjeux, s’ils sont outillés pour partager une prospective, une analyse de la demande sociale, etc.

Préparer la transition écologique au regard des objectifs du SRDEII

L’année dernière, lors de l’examen de la carte des formations pour 2016, les écologistes estimaient nécessaire de ne pas se contenter d’une actualisation annuelle, mais de présenter une vision pluriannuelle. Force est de constater que le manque de suivi par les lycées de la lettre de cadrage conduit la Région à envisager un appel à projets pour les futures cartes, plus prescriptif et inscrit dans une dynamique pluriannuelle, ce qui n’est pas sans nous satisfaire. Cette démarche ne saurait  être complète, sans une évaluation des effets des décisions prises par le passé.

Le SRDEII fixe la transition écologique, énergétique et démocratique au cœur de la stratégie de développement économique de la Région.   c’est bel et bien le sujet général de la transformation écologique des filières, des systèmes de production et des pratiques professionnelles pour lesquels il y a un enjeu. Loin d’ignorer les avancées qui existent, il est nécessaire de faire de cet enjeu un sujet majeur.

Une réflexion collective sur la juste place de ces apprentissages liés aux « transitions » doit être engagée auprès de nos partenaires car force et de constater que plus que les apprenants, ce sont les acteurs éducatifs et les acteurs des filières qui doivent être convaincus.

Prendre en compte la démographie

Pour terminer, rappelons qu’une étude de l’INSEE estime que d’ici 2025, le nombre de lycéens de 14 à 18 ans devrait croître fortement dans la région : une augmentation 5-6 % entre 2014 et 2025, soit une augmentation de 4 à 5 000 lycéens. Il convient assurément d’en tenir compte, en ayant à l’esprit que la hausse démographique ne sera pas également répartie sur le territoire et qu’a priori elle concernera davantage l’axe ligérien ainsi que les franges franciliennes. Inversement, il convient de maintenir un tissu équilibré en matière de formation sur les territoires où les prévisions démographiques annoncent une stagnation ou une diminution des besoins, comme le sud régional.