Carte des formations

Intervention de Sabrina Hamadi

La carte des formations doit répondre aux aspirations personnelles, aux évolutions et aux enjeux climatiques, de biodiversité et de justice sociale.

Cette carte des formations n’est plus la même qu’avant la perte de la compétence de l’apprentissage, assurée désormais par les opérateurs de compétences issues des branches professionnelles. Notre groupe avait mis en garde dès le début sur les travers de cette réforme de l’apprentissage, je laisserais Gérard Nicaud y revenir et je vais donc évoquer essentiellement la carte des formations professionnelles sous statut scolaire.

Nous notons d’ailleurs une progression sensible des effectifs (+2,0 %) à la rentrée 2020 par rapport à 2019. Celle-ci est essentiellement due aux particularités du baccalauréat 2020 qui, après le premier confinement, a vu son taux de réussite passer de 89 % à 95 % dans notre région. Dans ces conditions, les effectifs des BTS ont augmenté mécaniquement de 6 % et portent quasi seuls cette dynamique.

Mais l’enjeu de la carte des formations pour les écologistes, ce n’est pas seulement la quantité des ouvertures et fermetures, c’est le sens que l’on veut donner à cette carte dans notre région en prenant en compte les enjeux de la transformation écologique. Pour nous, il y a  3 principes :

  • Penser la formation comme socle social
  • Faire de la formation un levier essentiel pour transformer l’économie en fixant un cap clair
  • Et enfin comme aménagement du territoire par l’équipement de la formation qui permet de rééquilibrer et lutter contre la désertification de certaines zones

Premièrement : penser la formation comme socle social (utile à la vie sociale, civique et culturelle), c’est d’abord se soucier de l’accès de la formation pour tous, en répondant aux aspirations personnelles.

Pour cela, il faut se préoccuper du parcours, tout autant que des compétences. Nous mettons à l’actif de cette carte, l’élévation des niveaux de qualification que nous poursuivons et qui conforte la formation comme outil de promotion social. Nous aurions aimé comme le CESER que la concentration ne se fasse pas essentiellement sur les hauts niveaux et par conséquent il y a un manque d’un accompagnement des bas niveaux de qualification et sur les jeunes en difficulté.

Avec la crise sanitaire et l’explosion du chômage, qui concernera principalement les jeunes, nous devons redoubler de vigilance car les confinements ont généré de la peur, de l’anxiété. Et notre priorité doit être de donner du sens et de l’envie aux jeunes en difficulté.

Deuxièmement : la formation est un levier important de la transformation écologique de l’économie, idée portée par les écologistes depuis des décennies et qui prend tout son sens dans le contexte que nous connaissons.

Nous saluons pour 2021 le fait que le lycée de Saint-Aignan (Loir-et-Cher) poursuive son projet de développement de formations autour des énergies renouvelables, en ouvrant une mention complémentaire « technicien en ENR Option A énergie électrique ». Nous apprécions aussi le BTSA « gestion et protection de la nature » au lycée horticole de la Mouillère à Orléans. Ces exemples répondent aux enjeux, malheureusement ils restent encore trop rares. 

Car pour nous, la carte des formations doit mettre davantage le cap d’une part sur les métiers de la transition écologique (énergies renouvelables, isolation des bâtiments, construction durable, déplacement alternatifs, agriculture biologique…) et d’autre part sur la transformation écologique de tous les métiers…

Notre Région n’a pas encore suffisamment accompagné les mutations à l’œuvre et par conséquent l’économie peine à se projeter dans la transformation nécessaire.

Selon la Banque de France, les secteurs dont l’activité est la plus impactée par la pandémie de Covid-19 et qui sont accompagnés dans le plan de relance sont les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre : c’est l’industrie automobile (-35 %), c’est la métallurgie et la fabrication de machines et équipement (-48 %), c’est le bâtiment (-78 %) et le transport. Des activités très présentes dans notre région…

Nous devons en lien avec la COP régionale avoir une attention particulière sur ces filières industrielles pour monter en gamme la production par l’inclusion de la valeur ajoutée écologique de fabrication des produits. On aurait aimé avoir dans cette carte des formations une articulation avec les contrats de conversion écologique de l’industrie (en travaillant avec les filières), en s’appuyant sur la méthodologie ACT développée par l’ADEME (notamment pour aider la transition dans les secteurs de l’automobile, de la grande distribution et de l’agro-alimentaire).

Sur les formations numériques : nous convenons que le numérique est un outil nécessaire dans le cadre de la transformation. Mais nous devons être vigilant sur le sens dans lequel le numérique doit être utilisé, car sinon nous pourrions être vite contre-productifs. Et nous devons raisonner sur le principe du bénéfice/risque. Et entre nous : le virus qui a empoisonné notre année 2020 nous rappelle que rien ne remplace un formateur, un prof, et que l’investissement humain doit rester la base de tout projet.

Troisièmement : la formation est aussi un outil d’aménagement du territoire.

Nous sommes convaincus que la formation représente un des axes majeurs de la reconquête territoriale que nous devons mener. Travailler à l’échelle des bassins de vie afin de connaître les besoins locaux doit nous permettre de mieux répondre aux réalités locales, d’accompagner les nécessaire déconcentrations et de relocaliser notre souveraineté économique.

Nous aurions aussi aimé voir un vrai focus les métiers sur l’ESS qui sont des métiers non délocalisable, voir des articulations avec l’éducation populaire…

Pour conclure, nous souhaitons rappeler que nous ne sommes pas pour l’austérité des moyens en matière d’éducation et de la formation. Au contraire, nous savons tous l’enjeu d’avenir que cela représente. Les choix qui y sont faits construisent nos capacités à répondre demain aux défis qui s’annoncent.