Portrait Charles Fournier

« Ci’T Lycées » : collaborations et initiatives entre les territoires et les lycées

Monsieur le Président, chers collègues, la démarche Ci’T Lycées est initiée depuis maintenant plus d’un an, avec le lancement d’une expérimentation dans trois territoires, choisis au regard de leur diversité et pour disposer d’éléments permettant d’identifier les leviers et limites du processus induit ainsi que pour mesurer la nature et la faisabilité des projets très concrets qui ont émergé. Impliqué dans la phase de conception de la démarche, et plus particulièrement dans l’expérimentation en terre blésoise, je voudrais vous livrer mon regard sur cette démarche, ses intérêts et ses enjeux pour la suite.

 

Je tenterai de trouver le vocabulaire adéquat et simple pour rendre compte de l’enthousiasme et de l’intérêt que cette expérimentation a déclenchés. En effet, une des originalités de ce projet réside dans sa conception, voulue ascendante et évitant une trop forte institutionnalisation de type « dispositif appel à projets ». Si cette forme d’accompagnement a tout son intérêt pour donner des capacités aux lycées au service de l’accompagnement éducatif – et en la matière la Région est assez exemplaire – leur empilement est aussi source de complexité, de charge administrative et de risque de logique de guichet.

 

L’idée, et j ‘entends que la restitution de ce qui s’est vécu peut générer du questionnement, tant mieux d’ailleurs, reposait sur le déclenchement d’une dynamique d’acteurs autour d’une fabrique de projets.  La volonté est simple : amplifier les interactions entre les lycées et leur territoire d’implantation respectif, défendre l’idée qu’une plus grande porosité entre les établissements et leur environnement contribue à la mission centrale de ces établissements : l’éducation.  Sans que cela ne remette en cause la nature des missions des uns et des autres, sans que cela ne porte atteinte à l’essence du service public éducatif.

 

Quelques exemples déjà prégnants de ces interactions : « aux arts lycéens », l’utilisation des équipements sportifs et la participation à des manifestations sportives locales, la mobilité internationale s’appuyant sur les échanges portes par les collectivités comme à Blois par exemple, l’accueil de stagiaires par les acteurs du territoires et les coopération qui se construisent autour, bref des dynamiques qui servent lycéens, lycées et territoire.

 

Alors voilà  Ci’T Lycées c’est, modestement, la volonté de la Région  de soutenir ces dynamiques, c’est de leur donner un cadre, c’est de les rendre plus faciles là ou elles se construisent avec plus de complexité. Complémentaire des autres services rendus par la région, Ci’T Lycées » apporte un plus, c’est l’ouverture sur des partenariats construits et durables, impliquant différents acteurs.

 

A Blois, la participation aura été quantitativement et qualitativement très importante : d’abord les lycées, avec un engagement réel  des proviseurs et de leurs collaborateurs (ainsi que des enseignants), acteurs des collectivités locales, ville et agglomération, acteurs de la jeunesse, acteurs du développement territorial, de l’urbanisation… Bref, une diversité remarquable et remarquée : c’est déjà un résultat, des personnes qui n’ont pas forcément l’habitude de se croiser se sont retrouvées à cogiter ensemble sur des projets gagnant/gagnant. La possibilité était bien sûr offerte d’exprimer toutes les formes d’inquiétude, de se recentrer sur des enjeux prioritaires  tout comme de se désengager entre les différentes phases. Il n’en fut rien à Blois, l’implication est restée à un haut niveau.

 

Il y a sans doute lieu de poursuivre le travail de mobilisation  et l’élargir à d’autres acteurs, considérés comme manquants, et c’est en ce sens que la question cruciale pour la réussite future de la démarche et pour sa modélisation, c’est celle de la gouvernance territoriale. L’expérimentation à Blois, à la Châtre et à Orléans-La Source l’a indiqué : c’est un des enseignements clés de la phase d’expérimentation qui se traduira pour la suite par une aide à l’ingénierie des projets dans les prochains territoires.  

 

A ce stade, sur Blois deux axes ont été retenus, qui à mon sens éclairent bien sur les possibilités pour le futur.

 

1 – L’articulation projet éducatif de territoire et projet d’établissement. En l’occurrence, c’est la volonté d’une mobilisation partagée entre établissements et acteurs autour des projets artistiques et culturels. Non seulement cette approche va totalement dans le sens de la refondation de l’école et la réaffirmation des projets éducatifs de territoires, mais elle touche également un champ sur lequel et établissements et territoires sont fortement engagés. C’est aussi un champ qui s’inscrit pleinement dans les pratiques  pré-existantes entre établissement et territoires, notamment à Blois. La proposition opérationnelle est de constituer des équipes pluridisciplinaires et de créer  une sorte d’incubateur de projets. C’est typiquement cette forme de collaboration que la démarche visait à déclencher, inscrite dans la proximité, s’appuyant sur la volonté des acteurs et mutualisant des objectifs et des moyens.

 

2 – Citoyenneté des jeunes. Dans cet axe, ce qui est intéressant c’est de considérer les jeunes comme des citoyens du territoire dans lequel il passe une part essentielle  de leur temps, voir une majeure partie y vive, celui de leur lycée. C’est très clairement un sujet qui relève d’une  responsabilité collective, celles des jeunes, celles des adultes dans et hors du lycée. Coopérer autour de cette question, c’est cela aussi l’ouverture ! A Blois, si des échanges se développent entre acteurs de la jeunesse du territoire (service jeunesse, associations d’éducation populaire, BIJ, Mission locale,…), c’est depuis peu au bénéfice d’une approche en réseau et non de seuls échanges bilatéraux (qui ont aussi leurs vertus). Des instances de participation existent sur ce territoire, les articuler est une bonne initiative. Pour les CVL, pas toujours actif à la hauteur des attendus, c’est aussi une source d’engagement hors du lycée qui en retour facilitera l’implication dans le lycée. L’enjeu de l’expression publique des jeunes, que j’ai eu l’occasion d’exprimer largement lors de notre dernière session à l’occasion du « plan avenir jeunes en région Centre », a besoin de cette coopération de terrain. L’idée de commencer par un projet modeste est une réponse au risque d’une trop forte mobilisation des ressources, une occasion de prolonger l’expérimentation, non plus en laboratoire mais in vivo.

 

A ce titre et sur ce territoire, d’autres sujets ont été évoqués qui pourraient faire l’objet de projets complémentaires, la Fabrique initiale n’ayant pas pour vocation de déclencher tous les projets mais d’identifier des axes de coopération comme la question des jeunes dans l’espace public et de l’occupation positive de cet espace public : par exemple la présence des internes le mercredi dans la ville,  promouvoir une occupation positive de l’espace public, c’est la meilleure des sécurité. Autre exemple, la dynamique déjà existante mais méritant d’être mise en réseau autour des coopérations avec le Maroc, d’ores et déjà quatre établissements du second degré participent à des projets avec la région de Meknès et la  ville d’Azrou, avec laquelle la Région, mais aussi la ville de Blois, ont engagé un accord de coopération. C’est aussi une réflexion en cours autour d’une plateforme locale dédiée à la mobilité internationale des jeunes, vous le voyez les bénéfices possibles sont nombreux.

 

Le protocole de partenariat qui sera signé à Blois marquera un engagement des acteurs autour de ces deux axes et je n’y vois que des intérêts. 

 

Mais plus globalement, quels risques peut-on bien voir dans Ci’T Lycées ? 

 

La question des moyens ? La réussite de ces projets dépendra bien sûr des ressources que chacun mobilisera, moyens humains dédiés, financements, moyens matériels mais ils ne sauraient être le préalable à tout engagement à coopérer. L’idée c’est le gagnant-gagnant. La région aura pour mandat d’accompagner l’enclenchement de ces dynamiques au regard également de ses propres enjeux dans ces territoires. A Blois au moins, les acteurs ne se sont pas inscrits dans la démarche avec la perspective de voir arriver l’argent de la région qui coulerait soudainement à flot, mais bien de participer à des actions qui font sens commun, qui répondent aux missions des différents partenaires. Par contre et c’est une conclusion de la phase expérimentale, cette mise en synergie des acteurs, ce processus déclencheur de projets a besoin d’être initié et c’est là que la région a un rôle déterminant à jouer.

 

La question des missions premières des lycées et de la sanctuarisation des établissements  ? Permettez moi de considérer que si le lycée doit être imperméable à tout se qui le détournerait de sa mission, à une entrée agressive du marché au service du tout consommation  ou ce qui porterait atteinte aux lycéens, il doit au contraire être perméable à ce qui sert sa mission et ce qui lui permet d’être un acteur du territoire.

 

La question de la limite des rôles en matière d’éducation ? Je suis profondément convaincu que l’éducation est l’affaire de tous et que plutôt que la recherche des limites, c’est la recherche des complémentarités qui doit nous mobiliser : entre jeunes, familles, enseignants, adultes de la communauté éducative, acteurs locaux de l’éducation non formelle… Il y a une citation sur l’art qui s’applique très bien à notre sujet central, l’éducation:  « plus vous emprisonnez l’art dans les cloisons du quotidien, et plus le quotidien cesse d’être de l’art ». 

 

L’expérimentation portait donc sur le processus et ses possibles effets, les résultats sont probants et nous pouvons sans crainte élargir, avec une progressivité maîtrisée, la démarche à d’autres territoires. Ce qui me semble utile, c’est la mutualisation des expériences à l’échelon régional et tous les acteurs intéressés sont les bienvenus. Je préconise d’ailleurs que nous puissions partager dans cet hémicycle un bilan annuel des projets réalisés.

 

Ci’T ‘Lycées provoque des débats, provoque de la rencontre entre acteurs, fait émerger des projets, interroge sur qui doit en être ou pas et plus profondément créé un espace de coopération autour de l’éducation au service des lycéens et des communautés éducatives, dans le profond respect de ce que chacun est et fait.

 

Pour finir,  un mot sur les avis rendus sur cette démarche. L’enthousiasme de l’avis de la Conférence régionale de la jeunesse (même si leur questionnement sur les conditions de la participation effective des jeunes à cette démarche est une question cruciale) dénote assez fortement avec celui, plus dubitatif, du CESER. Cet écart me questionne s’agissant d’un dispositif visant jeunes et adultes. Cela doit nous inviter à  permettre à ces regards de se croiser  et d’associer au mieux ces deux instances au suivi de cette démarche dans les mois qui viennent.

 

Session du 17 Octobre 2013
Icône fichier PDF Rapport CiT’Lycée