Communication sur la future stratégie alimentaire régionale

Intervention de Christelle de Crémiers

Mes chers collègues, l’objet de cette communication sur la stratégie alimentation est double. D’une part, communiquer sur la volonté de la Région de répondre à la mutation profonde de la réalité de notre alimentation et des attentes des citoyens. D’autre part, communiquer déjà sur les nombreuses actions concrètes qui ont ou qui sont en train d’être lancées.

Quelle est la réalité de notre alimentation ? La réalité est qu’elle a atteint, sous l’impulsion de plusieurs facteurs, notamment ceux qui ont été signalés ce matin, un niveau jamais atteint dans l’artificialisation et la standardisation. Les liens essentiels entre ceux qui produisent et transforment la nourriture et ceux qui la consomment sont profondément cassés. Et c’est logique. Ne pas savoir qui a produit va de pair avec ne pas savoir ce que l’on mange.

Les données concernant la santé et l’alimentation sont extrêmement difficiles à obtenir. Vous comprenez bien que si au bout de quatre ans la commission européenne n’a pas réussi à définir les perturbateurs endocriniens, ce n’est pas pour nous permettre d’avoir des chiffres précis sur les effets des additifs de synthèse et des pesticides sur notre santé à long terme. Cependant nous avons réussi à avoir des chiffres. Ils datent de 2012 mais ils sont donnés par l’ARS. Dans cette étude, mais sans doute aujourd’hui cela ne s’est pas arrangé, notre Région est déjà au-dessus de la moyenne nationale en ce qui concerne la récurrence des maladies directement liées à la malbouffe que sont le diabète et l’obésité. Pas loin derrière, à l’époque, de Nord pas de Calais et Picardie. Il faut savoir que les restaurants des chaînes de restauration rapide sont en passe de devenir majoritaires dans notre région.

Mais ce qui sans doute a retenu encore plus l’attention de la Région, encore plus que le combat pour une alimentation qui ne rende pas malade, c’est que l’ARS nous dévoile que les effets sur la santé sont un discriminant social. En d’autres termes, que l’on est plus ou moins soumis aux maladies auto-immunes et dégénératives dues à l’alimentation en fonction de son niveau social. C’est pourquoi chers collègues, cette situation étonnamment absente du débat public de la séquence électorale 2017, est un des enjeux de démocratie les plus immédiats. Nous sommes la seule Région de France à proposer la gratuité des transports scolaires, nous sommes également la seule région de France à mener une politique alimentation complète intégrant un volet agricole, un volet artisanal, industriel, touristique et d’aménagement du territoire.

L’ensemble des axes et des dispositions de la stratégie alimentation découlent de ce constat et de la volonté de la région de préserver ses habitants et ses visiteurs.

Cinq axes ont été définis en fonction des publics visés. Pour chacun de ces axes, plusieurs actions concrètes sont en cours ou déjà lancées.

Le premier axe est celui qui concerne la restauration collective sur laquelle la Région a directement la main, la restauration offerte directement par la Région bien sûr, dans ses murs et hors les murs, mais c’est bien l’introduction significative de produits locaux et issus de l’agriculture biologique dans les cantines des lycées et des CFA qui constitue le projet le plus structurant. En effet, ce projet conduit à deux mains avec Cathy Munch-Masset, vice-présidente à l’éducation et à l’apprentissage, contribuera fortement à structurer la mise en œuvre de la stratégie alimentation. De par le volume des repas concernés, 9 millions par an, et de par le volume des achats correspondants, les nouvelles organisations des producteurs locaux et de l’approvisionnement des établissements ancreront une dynamique qui rejaillira sur l’ensemble des consommateurs, que ce soit les ménages ou les entreprises. Car il ne faut pas croire qu’il suffit de commander une pomme bio du village voisin au lieu d’une pomme espagnole. De manière générale, il s’agit d’un changement de modèle. Un modèle fondé sur la recherche de volume, l’absence de critères liés à la qualité de la denrée et à sa provenance, et une logistique à flux tendus, à un modèle fondé sur la relation directe et stable entre les producteurs et les acteurs contractualisée à l’année. De nombreux autres enjeux majeurs que Cathy Munch Masset détaillera.

Le deuxième axe est celui de la promotion des produits de la région à travers les salons, les marchés de producteurs et bien sûr des restaurants. Nous avons ici un lien fort entre la stratégie régionale du tourisme et la stratégie alimentation. Il n’est pas possible de parler de douceur et d’art de vivre, sans parler de produits du terroir et de produits locaux. La Région a lancé la mobilisation des restaurateurs de la Région pour le tourisme. Il est apparu le besoin exprimé par les restaurateurs que la Région les aide à former des AMAP pour leur secteur, ce qui sera d’autant plus facile que les organisations locales auront commencé à se mettre en place grâce au projet des lycées. De même les salons et marchés de producteurs expérimentent dès cette année un appel à projets dont la grille d’évaluation intègre les critères des produits locaux, de qualité  et les animations proposés aux visiteurs.

Le troisième axe est sans doute le plus novateur. Le pari est le suivant : faire de l’offre d’une réelle qualité nutritionnelle des aliments produits et transformés dans la Région un élément distinctif et valorisant pour les acteurs économiques. Sous l’impulsion du comité spécialisé « C du Centre » au sein de Dev’Up, les chambres d’agriculture, du commerce et de l’artisanat, les industries agro-alimentaires de l’AREA, les restaurateurs et les producteurs  ont la possibilité de choisir de se lancer dans une démarche d’amélioration de la qualité nutritionnelle en diminuant le degré d’artificialisation des produits que nous avons baptisée « zéro additifs ». Les efforts des acteurs économiques seront mis en valeur à travers « C du Centre » et feront écho d’une part à la communication de promotion de la part des professionnels du tourisme et d’autre part à la communication institutionnelle d’une Région où l’on mange « vraiment » bien. Ce qui renforcera la demande des consommateurs auprès des producteurs et transformateurs qui auront fait le pari de la qualité nutritionnelle.

L’axe 4 est celui des citoyens et des familles. De nombreuses initiatives citoyennes pour l’alimentation ont émergé dans notre région. Nous avons demandé à l’Université de Tours de conduire une étude de recherche pour nous permettre de caractériser de manière scientifique ce que veut dire initiative citoyenne pour l’alimentation et permettre aux élus d’accompagner les initiatives qui comportent les caractéristiques les plus durables. Une autre action concrète liée à l’éducation et à la sensibilisation : la région lance avec le Graine Centre une nouvelle animation de sensibilisation : un défi pour les familles dont l’objectif est de montrer de manière conviviale que l’on peut avoir une alimentation savoureuse, bio et locale sans augmenter son budget alimentation.

L’axe 5 est celui des territoires. C’est une vision à long terme qui dépasse le cadre de cette mandature. Depuis plusieurs années, les initiatives développées dans le cadre des CRST, ID en campagne et aujourd’hui A vos ID ont contribué à l’ancrage local de l’alimentation par la relocalisation des activités. Ils dessinent une première ébauche de Systèmes alimentaires territoriaux. Dans la communication les Systèmes alimentaires sont définis comme faisant référence à une organisation (logistique, commerciale, économique, solidaire…) et à une gouvernance participative qui ambitionne pour un territoire donné un certain degré d’autonomie alimentaire. L’idée d’un certain degré d’autonomie s’inscrit dans le souhait d’augmenter la résilience des territoires et donc vise à protéger les populations. Les grandes crises systémiques qui menacent et fragilisent des territoires trop spécialisés doivent être anticipées. L’instauration de systèmes alimentaires dans les territoires régionaux est une solution de long terme qui demande une continuité de la volonté et de l’action publique.