WWOOFers et initiatives alimentaires

Pour cette infolettre consacrée à l’alimentation, Christelle de Crémiers a recueilli les témoignages de « WWOOFers », ces personnes ayant choisi de vivre et d’apprendre à travailler dans une ferme bio, à l’heure du confinement. Ensuite, nous vous présentons quelques initiatives pour maintenir un approvisionnement bio, frais et local dans la région en laissant un espace de parole au réseau InPACT. Enfin, nous vous présentons les efforts fournis par la ville de Marçais (18) pour maintenir un approvisionnement régulier en denrées alimentaires de qualité dans leur commune.

« On apprend tous les jours. »

Pendant le confinement, trois bénévoles ont choisi de contribuer à l’essor d’une nouvelle ferme en agriculture biologique à Autry-le-Châtel (45). contact@domaine-lesbruyeres.fr

Le tout nouveau moulin vit sa première saison. Le tri des grains n’est pas encore au point. Il faut tâtonner, essayer et trouver comment aller plus vite. Car la qualité de la farine est telle, qu’à peine sortie pour la première fois en décembre 2019, le carnet de commandes est plein.

Marc Gaury, son diplôme d’ingénieur agricole en poche, devait rejoindre la Chambre d’agriculture le 1er avril. Quand le confinement a commencé, il a proposé à Marion de visiter Les Bruyères, la toute nouvelle ferme Bio du Giennois. Ils ont été emballés d’emblée par la variété et l’intérêt des activités et ont choisi d’y participer. « Je n’avais jamais imaginé pouvoir vivre ainsi un processus de meunerie complet. Plus tard, moi aussi j’aimerais m’installer dans une activité diversifiée. » Pour Marion, c’est une découverte enrichissante qui lui permet de transmettre et de faire savoir l’importance du métier de paysan meunier.

Après un début de carrière professionnelle dans la logistique et la banque, Pierre Reynier décide à 32 ans de faire autre chose de sa vie. Il prépare son bac agricole et, début 2020, choisit la ferme des Bruyères pour faire son stage. Quand le confinement arrive, Pierre reste fidèle au poste. « Il faudrait proposer aux étudiants des lycées agricoles du compagnonnage auprès de paysans, de meuniers, de maraîchers… C’est plus fort que toutes les théories. L’agriculture biologique exige un savoir fondé sur l’observation, la patience et le respect. »

Il y a deux ans, Julien de Clédat lance un pari fou : cultiver des céréales en agriculture biologique et fabriquer lui-même sa farine sur le domaine des Bruyères. Le défi est de taille, non seulement à cause du maquis des normes administratives, mais parce qu’il faut apprendre plusieurs métiers en même temps : la culture, l’agrologie, la mécanique et l’auto-construction, la meunerie (tri et mouture), les canaux de vente et la gestion. Bâtisseur infatigable, il sait qu’il ouvre une nouvelle voie, autant pour lui que pour ceux qui rêvent de contribuer à la résilience de leur territoire.

Mais ce qui fascine sans doute le plus les trois heureux bénévoles de Julien, ce sont les tests réalisés en partenariat avec l’INRA en cultivant des semences anciennes pour trouver celles qui s’adaptent le mieux à l’écosystème du terroir giennois. A la recherche de la résilience perdue…. L’histoire est longue, mais passionnante !

La parole à InPACT Centre-Val de Loire

« Le réseau InPACT Centre-Val de Loire (Initiatives Pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale) œuvre depuis de nombreuses années pour le développement d’alternatives de vente en circuits courts de produits locaux de qualité et pour une plus grande interconnaissance entre mangeurs et agriculteurs.

Au cœur de cette crise, de nombreux élans de solidarité nous donnent foi dans ce dont est capable l’être humain lorsqu’il se retrouve de nouveau confronté à la simplicité de la vie, à sa fragilité…

On voit fleurir sur l’ensemble de la région de nombreuses initiatives collectives d’agriculteurs et de citoyens permettant de mettre à disposition du plus grand nombre des produits locaux de qualité malgré les restrictions sanitaires… Ces initiatives sont parfois initiées par nos associations membres ou leurs adhérents, mais on remarque aussi, que des personnes d’habitude plus éloignées de ces préoccupations, mettent à profit le temps libre imposé pour recréer des espaces de rencontres (en respectant les gestes barrières !) entre agriculteurs et mangeurs.

Les membres du réseau InPACT sont présents sur l’ensemble des territoires et travaillent depuis le début du confinement au maillage de la région d’initiatives et à la circulation des informations entre les différents réseaux, associations, collectifs…

Voici quelques exemples d’initiatives qui ont été renforcées ou ont vu le jour pendant le confinement et qui peuvent être répliquées partout sur le territoire, avec l’aide des membres d’InPACT si nécessaire, en toute autonomie si chacun en a les moyens :

  • Continuité de distribution des AMAPs et éventuellement ouverture aux non-adhérents pour aider le.les producteur.s à écouler les surplus dû au confinement (plus d’infos ici) ;
  • Ouverture de points relais pour récupérer les commandes préparées à l’avance (voir un exemple ici). De nombreuses plateformes peuvent faciliter les commandes. (ici un listing) ;
  • Mise en place de mini-marchés (- de 5 stands) (voir un exemple ici) ;
  • Réouverture de marchés (voir ici des exemples) ;
  • Organisation entre producteurs pour mutualiser les points de vente (contactez InPACT 37 pour découvrir leur plateforme de mise en lien) ;
  • Groupement d’achat par village ou quartier pour passer commande auprès des producteurs du coin et s’organiser dans les livraisons ;
  • Mise en lien des producteurs en manque de débouchés et des consommateurs par les réseaux sociaux et les sites internet (voir la liste des cartes existantes dans le réseau InPACT) ;
  • Livraison à domicile pour les personnes fragiles de produits locaux (exemple ici) ou fournée de pain solidaire pour le secours catholique (voir ici).

Et puis, n’oublions pas nos magasins de producteurs qui restent ouverts pendant le confinement (carte ici).

Le collectif InPACT Centre-Val de Loire espère que ce confinement sera l’occasion pour chacun de revoir sa façon de s’alimenter, de reprendre le temps de cuisiner et de découvrir les producteurs voisins, et que les initiatives qui voient le jour aujourd’hui s’installeront dans la durée ! « 

Le « LOCAL » de Marçais

A Marçais, petite commune dans le sud du département du Cher, dont Michelle Rivet est maire, le maintien de l’ouverture du magasin de producteurs, le « LOCAL », constitue un service majeur et sa fréquentation n’a pas baissé. Malgré leur travail, les agriculteurs ont adapté les horaires pour répondre à la demande et ils viennent de mettre en place des livraisons dans le village. Le « LOCAL » est ouvert les lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 heures à 11 heures, évidemment avec les précautions d’usage.

La possibilité de s’approvisionner en produits locaux et bio (un autre magasin fermier existe à 10 km) rend finalement inutile la mise en place d’un marché, d’autant que les producteurs se mobilisent pour livrer et se veulent partie prenante des actions de solidarité du village.

Les efforts se concentrent donc sur les personnes les plus vulnérables avec des solutions à trouver sur les déplacements, l’approvisionnement, l’accès à de l’argent liquide, à des médicaments pour certaines d’entre elles (gens du voyage, personnes sous tutelle, personnes âgées isolées).

Le milieu rural engendre des difficultés supplémentaires mais les solidarités s’y exercent parfois de manière non orthodoxe. En l’occurrence la conjonction des bonnes volontés des producteurs du « LOCAL », des parents d’élèves de l’école, des encadrants de l’association d’insertion locale « le Relais » ou de la crèche des Gabignons forment un réseau vivant d’échange d’information et d’aide. Ce réseau a établi des liens depuis plusieurs années et il est désormais à la base de la construction du projet communal.

Ce tissu de solidarité est en effet un socle fort pour l’équipe municipale qui vient d’être soutenue avec plus de 70 % des voix à Marçais. Une équipe qui capitalise sur les réalisations phares du mandat précédent (crèche, aménagements des espaces et des écoles, réorganisation des services publics, installations bois énergie et photovoltaïques) et qui a inscrit dans ses priorités le renforcement des liens entre les habitants.