Portrait Charles Fournier

Contrat de Plan Interrégional Etat-Régions Loire 2015-2020

Intervention de Charles Fournier

 

Lorsqu’en 1989, une poignée d’occupants, qu’on n’appelait pas encore des « zadistes », campaient sur le site de Serre de la Fare près du Puy-en-Velay, personne ne se doutait qu’ils participaient d’un changement radical dans la perception des rivières et des fleuves, des inondations, de la biodiversité et du rapport à la nature. Sauf peut-être les associations regroupées dans le collectif « Loire Vivante », qui parvinrent à mobiliser tous les amoureux du fleuve dans tout le bassin pour lui garder son caractère sauvage.

C’est un mouvement multiforme, alliant l’action la plus résolue à la réflexion la plus approfondie, l’analyse la plus scientifique à l’approche la plus sensible, l’attachement à un patrimoine commun à la réflexion sur l’avenir de la planète, qui allait mettre en échec le projet technocratique d’aménagement porté par l’Etablissement Public d’Aménagement de la Loire et de ses Affluents (EPALA), un projet fondé sur l’espoir fou de « dompter la nature ».

Les trois principaux barrages du programme, Serre de la Fare sur la Loire, Le Veurdre sur l’Allier, et Chambonchard sur le Cher, ne furent pas construits. En 1994, le gouvernement décida de sortir du conflit par le haut en initiant le premier « Plan Loire Grandeur Nature ». L’appellation « Grandeur Nature » marquait pour la première fois un tournant dans les politiques d’aménagement du territoire – sans doute conviendrait-il à présent de parler plutôt de « ménagement » du territoire.

Ce mouvement profond allait bien au-delà d’une simple opposition à des grands projets inutiles.

La « Grandeur Nature », c’était d’abord la flore et la faune du bassin de la Loire, les migrateurs, et l’espèce emblématique, le grand saumon de Loire, symbole d’une Loire Vivante… mais menacée à la fois par la pollution, le bouchon vaseux de l’estuaire, et les multiples obstacles empêchant sa remontée vers les frayères du haut bassin. Le premier Plan comportait l’arasement du barrage de Maisons Rouges sur la Vienne, qui libéra l’accès des aloses et des lamproies à de multiples frayères.

C’était aussi une nouvelle approche de la crue, perçue comme une respiration naturelle des écosystèmes et comme une promesse de fécondité. C’était une politique de prévention des risques d’inondation fondée sur l’arrêt de l’urbanisation des zones inondables, la culture du risque et l’anticipation de la crise. C’était la fin de l’illusion du risque zéro par le renforcement sans fin des levées.

Ce profond mouvement a eu une autre conséquence : le fleuve et les rivières redevenaient l’objet des attentions des riverains, une richesse naturelle et culturelle commune. Dans son sillage, on a vu le renouveau de la batellerie traditionnelle, on a vu les villes renouer avec les rives, on a vu la Loire à vélo… Le classement du Val de Loire comme « Patrimoine mondial de l’Humanité » est un fruit direct de cette profonde mutation, et nous avons la faiblesse de croire qu’elle n’est pas étrangère non plus au tout récent changement de nom de notre Région !

Deux autres Plans Loire ont suivi. Aujourd’hui, 20 ans après, l’esprit souffle-t-il encore? Avec une structure partenariale et le soutien de l’Union Européenne, le Plan Loire III a permis des résultats appréciables. Mais il s’est petit à petit enlisé dans la gestion, et la vision d’ensemble s’est estompée.

Fin 2012-début 2013, à l’initiative des associations et de nos deux Régions, Pays de la Loire et Centre, une série de réunions a été tenue sur le thème « faut-il continuer, et comment ? ». La réponse a été unanime : oui, il faut continuer, en renouant avec la cohérence et l’enthousiasme des débuts.

Depuis, l’initiative des Régions pour un « Plan Loire Grandeur Nature » n°4, n’a jamais faibli :

  • une première lettre signée des 9 présidents des Régions concernées pour demander – et obtenir – un Programme opérationnel Inter régional FEDER pour le bassin de la Loire en février 2013,
  • un second courrier en octobre de la même année pour obtenir le maintien d’un Contrat de Plan Inter Régional État – Régions.

Cette position motrice a été rendue possible par une coopération étroite et confiante entre nos régions (Centre-Val de Loire, Pays de la Loire et Auvergne bien sûr, mais aussi Bourgogne, Rhône-Alpes, Limousin, Poitou-Charentes, Basse-Normandie et Languedoc-Roussillon), et par un dialogue permanent avec tous les acteurs du bassin.

Nous voici à présent avec une architecture claire et structurée. Une stratégie à l’horizon 2035 et sa déclinaison pour 2015-2020, formant le Plan Loire IV. Quatre axes majeurs et interdépendants résumés dans l’annexe du document qui nous est soumis:

  • réduire les conséquences négatives des inondations,
  • retrouver un fonctionnement plus naturel des milieux,
  • valoriser les atouts du patrimoine,
  • développer, valoriser et partager la connaissance sur le bassin.

Deux instruments majeurs mais non exclusifs de financement :

  • le Programme Opérationnel FEDER pour lequel la Région Centre-Val de Loire assure la fonction d’autorité de gestion au nom des 9 Régions du bassin,
  • et le CPIER.

Nous ne cacherons pas le CPIER a été construit dans un cadre très contraint, que nous déplorons. La baisse des crédits Etat (hors Fonds Barnier et Agence de l’eau) de 64 à 4 millions d’euros, la moindre participation de Régions forcément économes pèsent sur ce contrat. De leur côté, les EPCI, collectivités auxquelles la loi vient de confier une compétence de gestion des milieux aquatiques et de prévention du risque inondation, sont dans l’incertitude des revirements législatifs et en quête de financements, car ce n’est pas une vraie solution que leur accorder le droit de prélever un nouvel impôt dans un contexte où tout le monde ou presque dénigre l’impôt public.

Dans ces conditions, il est particulièrement nécessaire de faire converger tous les efforts, tous les dispositifs. Après l’adoption des deux outils financiers principaux du Plan Loire, il faut recenser toutes les actions qui concourent à ses objectifs, dans tout le bassin. La région Centre-Val de Loire, par exemple, a prévu de consacrer 17 millions d’euros aux contrats de rivière, en coopération avec les Agences de l’eau dans le cadre du CPER. Le Plan Loire c’est tout cela ensemble.

Il faut surtout de retrouver l’élan initial, regrouper tous les acteurs autour d’un projet cohérent.

Messieurs les Présidents, monsieur le Préfet qui nous entendrez sûrement, c’est notre responsabilité à tous de permettre cette belle aventure.