Portrait Charles Fournier

Contrat de plan régional de développement des formations professionnelles (CPRDFP)

Intervention de Charles Fournier

 

Merci Monsieur le Président. Chers collègues, il y a un an, nous débattions ici du lancement du CPRDF. Nous exprimions nos craintes quant au délai pour construire ce contrat, tout en étant satisfaits de la manière dont la région voulait s’en saisir, dans la continuité des dynamiques participatives qui avaient prévalu pour l’élaboration des PRDF.

Malgré des conditions plus que difficiles, avec un calendrier imposé et une évolution discutable de la gouvernance en matière de formation professionnelle, la région a su dans ce délai piloter la construction de ce CPRDF en maintenant une réelle dynamique partenariale, en particulier avec les partenaires sociaux.

Elle a également essayé d’atteindre celles et ceux qui sont les plus directement concernés, les jeunes, les demandeurs d’emploi et les salariés. L’exercice est difficile d’autant plus dans un délai si court. Il sera nécessaire de poursuivre cet effort et de permettre l’expression de celles et ceux pour qui souvent l’accès à la formation s’avère un exercice cahotique voir impossible.

La mise en place d’une démarche complémentaire Ambition 2020, corrige pour partie les défauts du CPRDF, inscrit dans un terme trop court et dans un cadre trop rigide.

Elle rappelle ainsi deux points essentiels :

  • les outils de gouvernance de la formation professionnelle ne sauraient être exclusivement des outils de planification de l’offre de formation en fonction des seuls besoins du marché qui dictent les ouvertures et fermetures de formation. Ils doiventêtre des outils de régulation de cette offre, d’analyse constante du contexte dans lequel s’expriment les besoins en formation,

  • une politique efficace de formation implique une dynamique partenariale constante dans laquelle partenaires sociaux, OPCA, organismes de formation sont pleinement associés.

Notre groupe s’est déjà exprimé sur le recul dans le processus de décentralisation, qu’induit la loi de novembre 2009. en matière de formation professionnelle. Le rapport de Gérard Cherpion et Jean-Patrick Gilles sur cette loi, le dit également et même si les sensibilités des deux députés les conduisent à une expression différente, leurs analyses convergent.

« Bâtissons ensemble une région apprenante », tel est le sens majeur que la région a voulu donner au CPRDF. Nous souscrivons à cette intention qui place les femmes et les hommes au coeur des préoccupations de ce contrat et qui affirme la nécessité pour tous les acteurs de la formation tout au long de la vie, d’agir de concert.

Le débat sémantique mais ô combien révélateur sur le nom du contrat et l’imposition par l’Etat, en particulier le rectorat, du P de professionnel, laisse entrevoir le chemin à parcourir pour que la formation tout au long de la vie ne soit plus seulement un concept, mais devienne une réalité. Nous nous heurtons ici à l’histoire et aux pratiques encore bien ancrées, qui séparent la formation initiale de la formation professionnelle et continue, qui sépare la formation pour les compétences, de la formation pour construire une société des savoirs, pour une éducation permanente pour tous.

Le CESER souligne que le CPRDFP semble davantage constituer un compromis plutôt qu’un accord de fond. C’est sans doute vrai.

Nous pensons cependant que tout ne jouera pas dans ce contrat, que la région devra continuer à maintenir ses politiques ambitieuses, sa volonté d’élever les niveaux de qualification de toutes et tous, de construire des passerelles entre toutes les voies de formation et que le dialogue qui s’est, nous l’espérons renforcé dans cette phase, pourra permettre de dépasser cette approche quelque peu étriquée de la formation.

Nous sommes davantage inquiets, comme l’exprime aussi le CESER, sur l’absence de précisions sur les moyens de mise en oeuvre et n’est-ce finalement pas là le compromis actuel ?

Ainsi, par exemple je préside par délégation du président, le GIP Alfacentre, cité pour participer à la mise en oeuvre de nombreuses fiches-actions. Nous avons engagé en parallèle de l’élaboration du CPRDFP, une démarche pour faire évoluer cet outil et le mettre en ordre de marche pour répondre notamment aux enjeux du contrat.

Je ne peux que m’interroger sur la capacité à faire sans clarification des moyens affectés. Si comme ailleurs, nous faisons les efforts de gestion qui s’imposent, nous avons besoin de quelques perspectives, pour conduire l’action qui nous incombe. Nous attendons donc la mise en place de conventions entre l’Etat et la région pour la mise en oeuvre de ces différentes fiches actions.

L’inquiétude, plus globale, tient également aux désengagements récents que nous pouvons constater. Les exemples de Pôle Emploi et des missions locales en témoignent.

La qualité du service public de l’emploi se dégrade et nous ne voyons pas très bien comment nous réussirons à « faciliter l’accès la formation » si cette accompagnement n’est pas renforcé et amélioré. Dans une situation de crise encore très marquée, les besoins sont accrus et résolument les choix qui sont faits ne sont pas à la hauteur. Quand nous parlons dans le CPRDF, de GPECT, d’une action de proximité pour prévenir les crises, dans le même temps on envisage de réduire le nombre d’agences locales pour l’emploi. Nous déposerons d’ailleurs un voeu à ce sujet. L’Etat doit jouer autrement sa partition pour que les objectifs fixés dans le contrat puissent être atteints.

Concernant les missions locales, nous l’avons exprimé lors de la dernière commission permanente, la précarisation des financements et la remise en cause du sens de leurs actions, vient en totale contradiction avec les ambitions affichées du contrat auxquelles l’Etat s’est associé. Ainsi si les modalités de financement envisagées pour les Missions Locales inspirent celles pour le CPRDF, il y a lieu de s’inquiéter. Plutôt qu’un cofinancement sur une démarche globale, nous aurons une juxtaposition des financements avec un fléchage exclusif sur ce qui intéressera l’Etat.

Ainsi deux institutions à la base même de l’accompagnement de celles et de ceux qui sont les plus directement concernés par les enjeux de formation, ne disposent plus ou ne disposeront plus des moyens adaptés pour agir. Cela est de nature à faire douter quant à la capacité de mise en oeuvre du CPRDFP.

Quelques mots sur le contenu du contrat et sur ses trois orientations phares

Mieux former pour l’avenir

Comme le CESER, nous considérons que la formation tout au long de la vie ne saurait être l’outil de réparation d’une formation initiale qui fonctionne mal. Mieux former pour l’avenir c’est d’abord réussir la formation initiale, c’est aussi la sécurisation des parcours professionnels et un soutien à la qualification des femmes et des hommes de la région.

L’affirmation d’un soutien au service public de formation initiale exprimé dans le contrat ne se traduit pas pour autant par des actions concrètes. Cela renvoie sans doute au compromis souligné par le CESER.

Mieux former pour l’avenir c’est pour nous, se préparer à la transformation écologique des emplois. Cela devrait selon nous, être davantage affirmé au rang des priorités du contrat. Si cet enjeu apparaît, il n’est que trop marginalement cité. Elle a cependant fait l’objet d’échanges dans le cadre du groupe Prospective 2020 et cela se traduit d’ailleurs par un objectif dans une fiche inscrite dans l’objectif « innovation au sein de la formation ». Pour autant, ce n’est pas qu’un enjeu d’innovation, c’est aussi un objectif structurant notamment pour préparer l’avenir.

Si les chiffres de création nette d’emplois net générée par la transformation écologique de l’économie font débat, il est au moins un point d’accord, des métiers vont se transformer et il est nécessaire d’anticiper ces changements. La formation ne doit pas être une solution aux crises mais un outil pour éviter les crises. Il faut pouvoir identifier dans chaque secteur, les enjeux de formations liées à ces évolutions.

Nous espérons que la mise en réseau des observatoires existants dans les territoires et au niveau régional, sera l’occasion de développer une prospective sur ce sujet et autour notamment de l’économie verte et des emplois verts, des besoins de formation nées de notre volonté politique de faire évoluer l’économie dans un monde dont la finitude fait de moins en moins débat.

L’Observatoire régional Formation-Emploi, un des pôles du GIP Alfacentre travaille d’ores et déjà à cette objectif. Mais il ne pourrait s’agir de simplement observer des phénomènes inéluctables, il est de notre responsabilité d’affirmer des volontés de transformation et de prospecter sur les conditions de réussite de ces transformations.

Favoriser l’égalité d’accès des habitants à la formation

Concernant le service public d’orientation, si la région a déjà fait beaucoup au travers du site Etoile, du numéro de conseil professionnel, du réseau AIO avec Etoile plus, on constate que le développement de l’information ne garantit pas l’accès à la formation. L’enjeu pour demain n’est pas d’ajouter une couche dans le millefeuilles de l’information, mais bien d’agir sur l’accès, sur la pénétration de cette information dans les lieux où elle n’est pas assez présente (par exemple dans l’entreprise et tous les médiateurs de cette information doivent être mobilisés ( DRH, représentants des salariés, OPCA, …), sur les usages de l’information par les acteurs de l’accompagnement dans les territoires, sur les accès par toutes et tous à cette information.

Au-delà de l’information, d’autres enjeux concrets se posent pour l’accès à la formation. Nous notons avec satisfaction l’existence d’une fiche action sur la mobilité des apprenants mais aussi sur la lutte contre les discriminations, l’égalité H/F et les travailleurs handicapés.

Promouvoir l’innovation en formation

L’innovation en formation est envisagée à la fois sous l’angle de l’évolution des outils de la prospective et de l’adaptation de l’offre de formation et sur les pratiques mêmes des acteurs de la formation.

Améliorer l’observation, la capacité de prospective, encourager à l’inovation dans l’ingénierie de formation, sont encore plus nécessaire pour adapter l’appareil de formation aux exigences actuelles.

A ce titre, la création d’un fonds pour l’innovation en formation devrait être l’occasion de soutenir cet effort d’adaptation, c’est une idée que nous soutenons. Remettre par exemple, au goût du jour le débat pédagogique est salutaire, quand domine la seule question de l’adaptation des compétences aux besoins du marché. Il y a d’ailleurs lieu de penser que souvent l’innovation consistera à faire du neuf avec de l’ancien, les grands pédagogues du dernier siècle, ayant souvent déjà identifié bonne part des enjeux. Nous pensons ici que les mouvements d’éducation populaire pourraient être mis à contribution sur un tel objectif, ils ont prouvé par le passé leur capacité à innover dans ce domaine.

Pour conclure plus globalement sur ce CPRDFP, je formulerai trois remarques complémentaires :

  • nous attendons des précisions sur les conditions d’évaluation du présent contrat et rejoignons la préconisation du CESER sur la mise en place d’une commission de suivi ainsi que sur le maintien de la démarche Ambition 2020 et du COPIL initié par la région pour travailler sur cette ambition 2020

  • nous pensons nécessaire que les questions qu’aborde le CPRDFP soient objet de réflexions au sein de l’ARF et que cela puisse déboucher sur des réflexions et des actions transrégionales en matière de formation. La coopération entre les régions est indispensable (accords de réciprocités, articulation des cartes de formation, aides à la mobilité…) dans ce domaine

  • nous voulons ré-insister sur le rôle que peut jouer la formation dans la transformation de l’économie et appelons comme le CESER à envisager des conditionnalités (autour de la formation) pour les aides apportées aux entreprises mais aussi pour les organismes de formations.

 

Session des 23 et 24 Juin 2011
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Rapport : Contrat de plan régional de développement des formations professionnelles

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