COP régionale : le climat, « l’affaire du siècle »

Intervention de Sabrina Hamadi

Monsieur le président mes chers collègues,

Nous sommes en urgence climatique et c’est un fait. Et je suis obligée de faire le lien avec la récente condamnation de l’Etat : le 3 février, il a été reconnu coupable d’inaction climatique. Ce jugement est inédit, ce jugement est révolutionnaire, ce jugement met en avant les contradictions et la responsabilité de l’Etat. Et il nous rappelle l’urgence à agir concrètement pour le climat, car l’inaction est désormais illégale. Le tribunal a ordonné à l’État de prendre toutes les mesures permettant d’atteindre les objectifs que la France s’est fixé en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Cette condamnation, c’est le résultat d’une immense pétition née en 2018 sous le nom « L’Affaire du Siècle ». Elle a été portée par plus de deux millions de personnes. Cette mobilisation massive est réjouissante et montre qu’il ne faut pas confondre abstention politique avec l’absence de sentiment politique et montre l’importance de la transformation du renouveau démocratique.

Même si c’est l’Etat qui doit conduire la politique générale environnementale, cette décision de justice doit nous réinterroger. Est-ce que, en tant que collectivité, en tant qu’élus, on est à la hauteur des enjeux ? Est-ce que nous soutenons assez les transformations à mettre en œuvre ?

Cette condamnation donne encore plus de sens à la COP régionale. La COP est un outil innovant et fondamental pour accompagner la transition, être dans le concret… et non un gadget ou de la communication. La COP est là pour enclencher la dynamique, une invitation aux acteurs pour nous aligner sur les trajectoires et les orientations prises. En travaillant ensemble sur les causes du réchauffement pour en limiter les conséquences et pour s’adapter ensemble, en se fixant une exigence de mesurer les engagements par notre conseil scientifique et d’arriver au résultat !

Rappelons-nous que cette COP est une démarche inédite : nous sommes la première région à avoir lancé une COP. Grâce à notre COP, nous avons amplifié la mobilisation, nous avons créé des liens entre des acteurs qui d’habitude ne se parlent pas, nous avons créé des ponts entre acteurs publiques et privés, accompagné les projets innovants, avec comme but d’amplifier le passage à l’acte pour relever le défi de notre siècle.

Dès le début, nous avons eu une forte mobilisation des acteurs de notre territoire dans leurs diversités. Nous avons réuni, croisé les regards, informé et associé les citoyens, mis en réseaux, présenté des initiatives inspirantes…

Tout a été a créé, nous l’avons adapté, ajusté au fur et à mesure. Des dispositifs sont à créer et d’autres sont à ajuster. En mettant l’accent sur l’ingénierie technique et financière pour faciliter le passage à l’acte, et c’est bien le sujet ici avec le rapport présenté par Charles Fournier, on donne les moyens aux habitants, aux porteurs de projets de notre région pour être dans le concrets.

La signature du premier accord de la COP n’était pas un aboutissement mais une étape, car c’est un travail dans la durée, un processus continu. Nous lançons les semaines « CAP sur la COP » qui se déroulent en ce moment jusqu’à fin mars pour permettre l’émergence de nouvelles initiatives et modes d’actions sur le territoire régional. Ces semaines « CAP sur la COP » illustrent bien cette mise en mouvement d’une dynamique collective porteuse d’actions concrètes.

Quelques exemples :

Coalition entre France Nature Environnement Centre-Val de Loire et les entreprises du bâtiment. Une coalition a été amorcée entre France Nature Environnement et la filière des entreprises du bâtiments en région Centre-Val de Loire avec pour point de départ la biodiversité. Le but : améliorer la prise en compte de la biodiversité dans les futurs projets de rénovation du bâti. Elle va travailler avec les acteurs publics afin de préserver de la biodiversité lors des futurs projets de rénovation des bâtiments par l’extérieur et plus particulièrement de 3 groupes d’espèces que sont les martinets noirs, les hirondelles des fenêtres et les chauves-souris (sérotines et pipistrelles communes).

Engagement pris autour d’un projet de recyclage de masques. Engagement en cours d’instruction pris par des acteurs de l’éducation et de la recherche qui ont lancé leur projet de recyclage des masques usagés afin de leur donner une deuxième vie en tant qu’objet pour écoliers. Notons que selon l’association Zéro Waste, porter deux masques par jour génère environ 400 tonnes de déchets plastiques. Ces habitants de notre région collectent des masques usagés dans des écoles, collèges, et entreprises pour ensuite les désinfecter et les broyer par la société basée à Châtellerault. Puis ces masques sont transformés en équerres, règles et rapporteurs distribués aux écoliers. Informer et accompagner les collectivités dans le financement de la transition plénière à destination des élus et des agents de collectivités autour des différentes possibilités de financement de projets pour une collectivité, donnant ainsi des informations sur les dispositifs de financements européens, français et régionaux, les réseaux d’appui en ingénierie, les périmètres des partenaires financiers… avec des focus sur des cas concrets.

Partenariat entre la Région et le Crédit Coopératif pour orienter l’épargne citoyenne vers les projets de la COP régionale. L’accord avec le Crédit coopératif permettant la création d’un livret d’épargne « Coopération pour ma région » permettant aux citoyens de contribuer au financement des projets de la Région permettant d’atteindre les objectifs poursuivis par la COP régionale. Volonté ici de répondre à un enjeu majeur de financement des nombreux projets liés à la transition.  La mise en place de ce livret va donc contribuer à inciter l’engagement citoyen, en offrant à chacun la possibilité de participer au développement de la transition énergétique et écologique, sans nécessairement être soi-même porteur d’un projet.

Formation des développeurs économiques régionaux. Démarche qui s’amorce avec DEV’UP à travers la formation des 400 développeurs économiques régionaux, car la transformation de notre économique doit se faire par l’écologie en prenant en compte toutes ces dimensions (biodiversité, ressources naturelles, santé, environnement), pour accompagner les entreprises et faciliter leur transition, on a donc besoin que les développeurs économiques deviennent des « transitionneurs » de l’économie et disposent de toutes les compétences en la matière.

Vous avez bien compris à travers ces quelques exemples que je viens de vous donner que cette COP s’ancre bien dans l’action. Cette COP permet de montrer que les alternatives existent, que les solutions sont à portée de main et qu’elles peuvent être développées dès maintenant sur nos territoires avec les porteurs de projets et les habitants qui sont désireux de s’engager.

Les scientifiques nous l’ont rappelé encore ces dernières semaines : nous ne sommes pas sur une trajectoire allant sur 1,5°C voire même 2°C. Le réchauffement climatique de plus de 5°C ne peut plus être exclu au vu de l’emballement de nos émissions de gaz à effet de serre. Avec plus de 5°C, l’habitabilité de la France serait remise en cause en question par des niveaux de températures et d’humidité provoquant le décès par hyperthermique.

L’effondrement climatique doit être le combat de politique central que les écologistes portent pour permettre en œuvre les décisions pour protéger notre planète, pour lutter contre les inégalités sociales qui ne font qu’une avec les inégalités environnementales, de protéger notre santé, de repenser notre économie, de revivifier notre démocratie.