CPER 2021-2027 : enjeux en matière de santé

Intervention d’Alix Téry-Verbe

Cette période de crises multiples, et plus personne ne peut contester que la crise sanitaire soit directement associée aux crises écologique, environnementale et climatique, cette période donc, voit fleurir de nouveaux plans. On peut se réjouir que des moyens économiques supplémentaires soient donnés pour réduire notre impact sur l’environnement, mais le « en même temps » n’est plus entendable et des choix doivent être faits. 

Le « en même temps » en matière de transformation écologique de l’économie mais aussi le « en même temps » en matière de santé, en particulier de service public de santé ne peut plus durer. On peut saluer l’arrivée de moyens avec le Ségur de la santé. Mais des moyens pour quoi faire ? Faire des investissements, en particulier dans les structures de proximité, c’est bien, mais la pandémie de Covid-19 ne doit nous faire oublier les mobilisations antérieures. En 2019, le mouvement des urgences, parti de la base, des aides-soignants et des infirmières, a vu en trois mois de temps la mobilisation de 120 services qui, en réponse à l’indifférence du gouvernement, avaient durci leur contestation. Les demandes étaient les suivantes : être en mesure de soigner celles et ceux qui en ont besoin dans de bonnes conditions, sortir de l’épuisement et d’un sous-effectif permanent, pouvoir de nouveau être fier de son travail, et sauver l’hôpital public que le gouvernement laisse tomber en ruine. Et la Covid est passée par là… Et c’est dans ce contexte tendu que le personnel soignant est monté au front… 

Nous n’avons que trop attendu pour améliorer des situations intenables notamment dans l’hôpital public pour ne citer que lui ! Récemment, un reportage de « Cash Investigation » a révélé à quel point la logique d’externalisation, du moins-disant était dangereuse pour les patient.e.s et injuste pour les travailleurs.ses. On ne peut plus continuer par exemple à fonctionner « à l’acte ». Cette logique pernicieuse de gestion des hôpitaux (mais plus largement des services publics) sur des taches qui peuvent paraître secondaires comme le bionettoyage, sont en réalité essentielles. A vouloir des coûts au rabais, on finit par baisser la qualité de service et la qualité de traitement des personnels qui y sont affectés. 

On peut se réjouir de voir une volonté de proposer une augmentation des formations médicales et paramédicales, mais il faut dès maintenant associer à cela une réflexion sur les formations et les objectifs de celles-ci. 

Il faut bien sûr soigner mais aussi donner les moyens de rester en bonne santé. 

Il est urgent de proposer des compléments de formation pour mieux connaître l’impact des pollutions environnementales sur notre santé et sur les maladies chroniques qui sont directement liées à celles-ci. 

Il est urgent de modifier nos modes de vies et notamment notre alimentation et donc notre système alimentaire, comme l’a souligné Christelle de Crémiers, pour stopper ces pandémies de maladies que sont les cancers, l’obésité, les maladies cardio-vasculaires ou encore les maladies auto-immunes qui tuent plus, mais plus discrètement que la Covid-19. Ces comorbidités accentuent également les conséquences du virus et de tous ceux qui s’ajouteront dans les années à venir si nous continuons également à massacrer la biodiversité qui a un rôle de barrière naturelle face aux virus et zoonoses. 

Il est urgent qu’au moment de développer les MSP, nous les ouvrions à toutes les médecines complémentaires qui ont toutes leur place dans le parcours de santé des patients. 

Et lorsque sera lancé en 2021 la réflexion du PRSE4, déclinaison à l’échelle régionale du PNSE4, il ne faudra pas se perdre dans la multitude des plans, stratégies et feuilles de route parallèles, ni se perdre dans une réglementation actuelle fondée sur une sectorisation par facteur de stress (air, eau, bruit ou substances prises individuellement). 

Il faut garder en tête que notre santé est intrinsèquement liée au « vivant ». 

Il faut également fixer des objectifs de réduction des expositions à la source et prévoir des enveloppes financières pour mettre en place des procédures de suivi et d’évaluation du plan pour atteindre ces objectifs ! 

Les collectivités territoriales doivent être mobilisées sur la santé environnementale et avoir la responsabilité de décliner et coordonner les politiques publiques. 

Elles doivent utiliser le levier de la commande publique afin de favoriser la santé environnementale dans toutes ses dimensions à l’échelle du territoire.