Culture : écologie, territoires, citoyenneté

Intervention de Charles Fournier

Comme l’a dit ma collègue Sabrina Hamadi, nous approuvons les orientations et mesures concrètes portées par ce rapport. Nous avons ensemble placé la redéfinition d’une ambition pour la culture à une place importante au sein de notre projet de mandature et nous nous en félicitons. Je voudrais apporter ici trois réflexions complémentaires, la première relative au lien entre culture et écologie, la seconde sur les liens entre territoire et culture, et la troisième concernant les liens entre culture et citoyenneté.

Culture et écologie :

La culture et l’écologie ont ceci en commun, elles sont toutes deux fondées sur les principes de diversité, sur le lien entre le local et le global, sur l’universalité. Il partage le respect de l’altérité et de la transmission, des valeurs fondamentales pour la préservation de notre planète et de notre civilisation.

L’écologie et la culture : un lien indéfectible : La nature, source d’inspiration, matière à culture, est menacée, tout comme l’ait la culture aujourd’hui. Elles sont toutes deux victimes de la pression financière exercée par les logiques lucratives. L’art écologique est l’expression de cette survie. Il a pour objectif de produire un effet sur les consciences, il est engagé vers le changement. Qu’il se définisse comme écologique ou paysager, il parle du lien indéfectible entre l’Homme et la Nature. On peut bien sur citer l’emblématique festival international des jardins de Chaumont qui expose une vingtaine « d’univers paysager » mettant en valeur le « pouvoir des fleurs » ; plus confidentiel, on peut citer récemment  l’exposition Quimera rosa au Transpalette de Bourges qui interroge les frontières poreuses entre l’humain et le végétal, l’exposition de photographies consacrée à l’architecture dans les jardins. Je pourrais parler là du travail autour des jardins, de la musique au jardin (Patrick Schneider), du festival H20 (vallée de la Cisse). Malheureusement l’art écologique perd aussi ses pétales avec la disparition du Festival international du film écologique de Bourges. Encourager les projets liant nature et culture me semble porteur. Il permet la valorisation du nouveau paradigme esthétique d’une société plus écologique.

L’art paysager, aménagement du territoire, et participation citoyenne comme vecteur de reconquête des paysages ruraux : Le lien entre écologie et culture s’opère par le prisme du paysage. Cette dimension de la politique culturelle n’est pas assez mise en valeur dans cette stratégie. Nous aimerions voir se concrétiser le projet « Essaimons Chaumont » porté durant la campagne des régionales. Nous espérons que l’appel à projet territoire permettra la mise en place de projets mêlant jardin durable, participation citoyenne, création artistique, alimentation et formation aux pratiques durables et paysagères. L’exemple de Chédigny : Le village de Chédigny en Indre-et-Loire offre une illustration possible de cette idée. En lien avec les habitants, le conseil municipal a souhaité rendre son village plus attirant et esthétique. Aujourd’hui, la végétalisation des rues, le festival de la Rose ainsi que le festival gastronomique « de Bouche à d’Oreille » attirent jusqu’à 17 000 visiteurs/an. C’est ce type d’initiative que nous aimerions essaimer en y mêlant une dimension artistique forte.

Mais ce lien est aussi celui de la diversité. Cette stratégie se construit en faveur des droits culturels : la Région fait le choix « d’exercer sa responsabilité en matière culturelle » au sens de l’article 28A de la Loi, adopté par un amendement, aboutissement du travail de Marie-Christine Blandin, alors sénatrice écologiste du Nord, qui porta le combat en faveur des droits culturels des personnes. Nous nous inscrivons aussi dans le respect des droits culturels énoncés par la Convention de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Nous sommes particulièrement fier de cette reconnaissance accordée aux « identités culturelles ».

Culture et territoires :

La culture est un moteur du développement des territoire. Elle pose la question de l’aménagement, de l’économie et du dynamisme social.

La question de l’aménagement, de l’économie culturelle, des liens ESS et culture : Cette stratégie favorise la coopération entre acteurs tout en défendant le principe de solidarité. Sur ce dernier point, nous sommes particulièrement satisfaits du projet d’insertion professionnelle qui va se monter avec Artefacts autour de la gestion du matériel scénique. Nous espérons que cette idée essaimera auprès des autres gestionnaires. A travers ses ambitions, elle permet la mise en place de dispositifs et d’outils visant la réappropriation des politiques culturelles par les citoyens, tout en protégeant les professionnels et en développant les projets coopératifs ainsi que les formes entrepreneuriales innovantes en termes de gouvernance, de coopérations, de solidarité. Autre exemple, les résidences d’artistes sont une belle idée à la fois pour soutenir la création mais aussi comme activité économique dans les territoires. Il me semble même qu’il conviendrait de décloisonner et d’imagier des résidences ouvrant aux activités culturelles, aux activités numériques (cf mutinerie dans le 28) et faire de notre région une terre d’accueil des résidences créatives.

La culture, portée par les initiatives citoyennes, par les énergies citoyennes locales : L’implication citoyenne est plus qu’un enjeu, c’est un défi. Dans un monde, où l’on nous demande d’être consommateur, devenir « acteur » des politiques culturelles, de la programmation culturelle est un véritable défi. Les PACTS rénovés font de la participation citoyenne, une priorité. Un travail de la conférence permanente sur ce sujet serait pertinent, tant il est nécessaire d’outiller les opérateurs pour réussir ce pari. Je souhaitais également souligner l’importance des pratiques amateurs pour le dynamisme local et de l’engagement bénévole, pour la vitalité associative et culturelle des territoires mais également comme passerelle vers la professionnalisation.

Le lien entre appel à projets territoires et a vos id : Le lien entre l’appel à projet « Territoire de projet » et le dispositif « A vos ID » reste à construire mais la complémentarité est évidente. A Vos Id soutient des initiatives au service du développement territorial. La culture est très souvent un levier pour engager des démarches collectives sur l’agriculture, sur les solidarités, le développement touristique…. Le sens de  l’appel à projet en direction des territoires prévu dans ce cadre permettra aussi des logiques ascendantes. Il faudra trouver le lien adéquat entre ces deux dispositifs. Un exemple de réalisation alliant, culture – patrimoine et participation : le projet de réhabilitation du site de l’ancienne fonderie Waeles à Bléré. Il a permis de raviver la mémoire du lieu, d’interroger son avenir, mettre en scène un spectacle sur cette friche tout en impliquant les habitants tout au long du projet.

Culture et citoyenneté :

Parler de citoyenneté culturelle, c’est parler des enjeux de la démocratie culturelle. Il s’agit de faire des citoyens, des acteurs culturels, des décideurs, des agents de création, des producteurs et, même, des diffuseurs de culture. La notion de citoyenneté culturelle propulse à l’avant-plan celle de la participation culturelle. Ma collègue Sabrina évoqué la possibilité offerte par les PACTs de mettre en place un cycle de conférences et de débat public. Cette disposition nous rappelle à quel point, il est essentiel de faire vivre le débat d’idée sur les territoires. Cela s’inscrit dans la lignée des projets « d’université populaire » qui offre à tous, des cycles de conférence, favorisant l’interconnaissance et l’auto-formation.

Laisser une place au citoyen (cf conférence permanente) : L’idée de participation remet en question la verticalité des systèmes culturels que nous connaissons pour créer des espaces incarnant les valeurs des citoyens ainsi que des plateformes porteuses d’interactions et de créativité entre les domaines économique, environnemental, social ou culturel. La conférence permanente de la culture est un véritable outil en service du progrès démocratique dans la culture. Lieu de débat et de construction constitue une véritable avancée. C’est aussi un défi ! Celui de co-construction.

Levier de la participation dans les territoires : Si la participation au projet artistique, aux actions de médiation, ou encore par les pratiques amateurs et le bénévolat sont pistes identifiées, d’autres expérimentations mériteraient d’être initiées. Je pense notamment aux Associations pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique (AMACCA) sont fondées sur le modèle des AMAP : elles permettent aux citoyens de sortir de leur rôle de simple consommateur et de s’emparer des projets culturels. Ils deviennent ainsi des « spect’acteurs », à travers un dispositif de développement local participatif

Education culturelle (cf. lycées, CFA, mais aussi formation des DE à penser) : La médiation culturelle revêt un enjeu pédagogique primordial dans l’acquisition de clef de lecture de l’art et la culture. Elle permet de trouver sa place par rapport à l’œuvre, par rapport à sa pratique culturelle et artistique. La signature multipartite de la charte d’engagement pour l’éducation artistique et culturelle permettra un effet levier financier et politique favorable à l’apprentissage et la pratique des arts et de la culture tout au long de la scolarité des jeunes. Le dispositif « Aux Arts lycéens et apprentis » est à ce titre un très bon outil de médiation au service de l’enseignement et la pratique artistique des jeunes apprentis lycéens tout en favorisant l’emploi  artistique.

Conclusion

Président, cher collègues, cette stratégie est à l’image des propositions que nous avions faite sur la Culture. Nous souscrivons pleinement aux ambitions de cette stratégie et la voterons très positivement.