Stratégie régionale pour la culture scientifique, technique et industrielle

Intervention d’Alix Téry-Verbe

La loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche de juillet 2013 a confié aux Régions le rôle de coordination, sur leur territoire et dans le cadre de la stratégie nationale de recherche, des initiatives visant à développer la Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CSTI), notamment auprès des jeunes publics.

 

Voici la définition de la CSTI émanant de l’Association des Musées et Centres pour le Développement de la CSTI et citée dans le préambule de la stratégie régionale : « Partie intégrante de la culture au sens large, elle doit permettre au citoyen de comprendre le monde dans lequel il vit et de se préparer à vivre dans celui de demain. En développant l’information et la réflexion des publics sur la science et ses enjeux, en favorisant les échanges avec la communauté scientifique, en partageant les savoirs, en éduquant à une citoyenneté active, elle inscrit la science dans la société. Elle intéresse également les collectivités territoriales dans leur projet d’aménagement du territoire ».

 

La diffusion et l’accessibilité à toutes et tous de cette culture scientifique est une impérieuse nécessité et un élément indissociable d’une démocratie : elle promeut d’une part la possibilité pour chacune et chacun de choisir une carrière professionnelle dans le domaine scientifique, et elle assure d’autre part la capacité de tous les citoyens à participer aux débats contemporains le plus souvent liés aux sciences.

 

Se pencher sur la culture scientifique, technique et industrielle, c’est se plonger dans un monde foisonnant d’acteurs et d’initiatives, une galaxie d’acteurs aux objectifs différents : aussi bien des musées que des acteurs issus du mouvement de l’éducation populaire, comme les Petits Débrouillards.

 

Personne ne contestera l’importance de l’accès à la culture scientifique et technique. Toutefois, le consensus s’arrête aux déclarations d’intentions, car il peut y avoir plusieurs conceptions de la culture scientifique :

  • celle des CCSTI (Centres de Culture Scientifique, Technique et Industrielle) qui sont issus du projet de Jean-Pierre CHEVENEMENT en 1982, et qui pouvait avoir tendance à imposer la vision des grands corps d’Etat de ce que doit être la science ;
  • et celle, basée sur les pédagogies actives et les dispositifs mobiles des associations de médiation de culture scientifique et technique, c’est-à-dire une  vision émancipatrice, l’idée du faire faire pour mieux comprendre, le droit à l’échec pour le plaisir de la démarche de recherche.

Nos politiques publiques reposent encore, en matière de rapports entre recherche, sciences et société, sur la vision résumée par le ministre de la recherche de 1982, Jean-Pierre CHEVENEMENT, qui introduisit ainsi les Etats généraux de la recherche d’alors : « c’est au prix d’une vaste entreprise de diffusion des savoirs (…) que nous pourrons faire reculer certains préjugés contre la science et la technologie, tenir en lisière les mouvements antisciences et mettre en mesure les citoyens de mieux cerner l’importance des enjeux scientifiques et techniques ». Il s’en est suivi une approche vulgarisatrice exprimée depuis lors en « Culture Scientifique, Technique et Industrielle », déclinée auprès des chercheurs en introduisant dans leurs missions la nécessité de « valorisation de leurs connaissances ».

 

Si cette politique a connu un succès indéniable, elle est en partie obsolète et parfois contre-productive. Notre pays possède un réseau d’acteurs d’une rare densité (associations, Centres de Culture Scientifique et Technique), un capital impressionnant d’expériences, nombre d’émissions sur les sciences et techniques dans les médias de masse (radio, TV, presse écrite et édition). Pourtant, les limites de cette doctrine sont perceptibles.

 

Le rapport fait référence à François RABELAIS pour qui, déjà, «science sans conscience n’est que ruine de l’âme». Les écologistes sont souvent traités d’obscurantistes mais il faut différencier défiance et critique. L’obscurantisme n’est-il pas du côté de ceux qui croient aveuglément que toute invention est bonne ? que la science nous permettrait de ne pas tenir compte de l’Etat du monde puisque de toutes les façons nous trouverons des solutions.

 

Léonard de Vinci, qui sera très à l’honneur en 2019, se méfiait d’un rapport trop naïf à la science. Il a même espéré que certaines de ses inventions ne trouvent pas usage…

Et la raison n’est-elle pas du côté de ceux qui veulent des innovations utiles ? Car la transition écologique appelle bien une nouvelle révolution qui porte en elle des myriades d’innovations qui demandent de l’intelligence et de la science. Nous en demandons, nous pensons même qu’il faut investir beaucoup dans une science pour accompagner cette transition dans ses dimensions écologiques et sociales.

La science se doit d’être au service de la transition. Le progrès est un progrès s’il est synonyme de mieux être et d’équilibre à long terme et pas de nouvelles formes d’exploitation des ressources naturelles qui engendre les disfonctionnements climatiques et des inégalités environnementales.

Le climatologue Jean JOUZEL a dit « Le changement climatique est l’affaire de tous. Il nous faut donc construire cette passerelle indispensable entre les sciences et les citoyens pour que chacun, en particulier la jeune génération, soit force d’initiative sur ce sujet. »

Pour conclure, le groupe écologiste soutient les principes de cette stratégie régionale visant :

  • à proposer une offre de culture scientifique éducative et inclusive,
  • à démultiplier les actions avec la priorité aux publics éloignés,
  • à développer l’esprit critique, avec l’organisation de rencontres et de débats participatifs et contradictoires, réunissant des citoyens, des élus, des scientifiques et des associations.