DEFI : Développement de l’Emploi par des Formations Inclusives

Intervention de Charles Fournier

Ces 69 opérations « DEFI » ont la particularité de faire dans la dentelle, du « sur-mesure territorial », à la suite des « cordées du territoire » que la Région a organisées depuis le début de ce mandat.

Elles doivent permettre de répondre à un double enjeu : celui de répondre aux besoins en RH des entreprises et celui de répondre aux enjeux d’insertion professionnelle, d’accès à l’emploi.

C’est une question d’efficacité des politiques publiques en matière de formation, d’inclusion sociale, d’intégration professionnelle : pour cela, il est nécessaire de prendre en compte des  besoins des territoires, des entreprises et des personnes.

On est ici dans la co-construction, dans la co-responsabilité :

les entreprises s’engagent à s’impliquer à chaque étape de la formation, à mobiliser si besoin leurs moyens en lien avec l’organisme de formation retenu par la Région et à recruter les personnes sur des postes pérennes à l’issue de la formation (CDI ou CDD de plus de 6 mois) ;

les partenaires du service public régional d’orientation (Pôle Emploi, Missions Locales, Cap Emploi) s’engagent à repérer et orienter les demandeurs d’emploi vers l’action, les autres partenaires (EPCI, partenaires sociaux, branche, OPCO) pourront contribuer à l’expression des besoins de compétences. la région s’engage à mettre en œuvre ces défis.

Nous avons donc devant nous un dispositif  innovant, co-construit, territorialisé… Le groupe écologiste est tout à fait d’accord et convaincu que cela viendra compléter nos autres actions et notamment le fonds réactif qui avait cette vocation sans qu’une méthode aussi structurée soit proposée.

Toutefois, ayons bien en tête que les enjeux des besoins en recrutement et les enjeux d’accès à des parcours d’insertion sécurisés, certes sont liés, mais constituent aussi des réalités différentes qu’un seul raisonnement sur la mise en adéquation de la demande aux exigences du besoin à court terme ne résoudra pas. N’attendons pas de ces 69 opérations DEFI qu’elles constituent la solution miracle à des problèmes structurels !

Nous voulons donc exprimer ici quelques réserves, ou plutôt précautions…

Ce dispositif répond sur l’employabilité à court terme. Or l’employabilité à long terme est tout aussi essentielle et suppose pour les personnes concernées, des parcours de formation qui leur garantissent une sécurité et une capacité à progresser, à garder prise sur leur avenir.

Attention également à ne pas devenir un simple prestataire pour les entreprises, ni à financer la formation à leur place… Estelle Cochard en parlera, le financement de la formation post intégration doit être couplé et financé avec l’appui des OPCO. Attention à ne pas financer des formations d’adaptation aux postes qui pourraient relever d’une responsabilité de formation des entreprises.

La place du projet individuel des jeunes, des demandeurs d’emploi, doit demeurer au cœur de nos préoccupations. Attention à ne pas laisser s’installer une forme d’assignation sociale et territoriale à résidence. On ne doit pas subordonner les aspirations professionnelles de chacun aux intérêts des entreprises locales, fussent-il essentiels. Notre ambition en matière de formation, ça ne peut pas être que de boucher les trous dans les entreprises.

Il y a aussi un enjeu particulier, celui pour les personnes les plus éloignées de l’emploi, donc un enjeu d’insertion sociale et professionnelle. Cela nécessite de mobiliser les acteurs sociaux, les acteurs de l’insertion par l’activité économique, les acteurs de l’ESS… Cela suppose de résoudre aussi d’autres difficultés pour que des réponses tout autant dans la dentelle soient trouvées pour ce public plus spécifique.

Et enfin, attention à ce que le court terme n’empêche pas le travail de transformation de notre économie, des métiers, au regard des enjeux de transition(s), qui sont d’ailleurs tout aussi urgents et appellent eux aussi des réponses à court terme…

Souligner ma grande satisfaction : le lancement enfin d’un groupe de travail avec Cathy Munsch-Masset, Isabelle Gaudron et moi-même sur la formation au service de la transition écologique… Ces sujets ont tardé à se concrétiser, il est devenu urgent d’agir : efficacité énergétique du bâtiment, déchets et économie circulaire.

Nous savons bien que la Région n’oppose pas ces trois logiques, celles des entreprises, celles des personnes, celles des transitions, mais il nous semble important de redoubler de vigilance face au règne du court terme qui, jusqu’ici, a largement dominé la pensée sur les liens entre formation et économie. La formation n’est pas à la remorque de l’économie, elle en est aussi le levier de transformation.

On pourrait d’ailleurs imaginer des défis territorialisés de transition écologique des activités et métiers. C’est ce que peut porter les Contrat de transition écologique, un ex dans le vendômois ou des défis de l’insertion, territoire zéro chômeurs, clauses sociales…

Je voudrais rappeler nos principes pour une politique de formation tout au long de la vie réussie :

  1. Réussir à créer le désir de formation et à accompagner les parcours :

La formation, ce n’est pas seulement pour mieux travailler mais aussi pour progresser, pour le plaisir d’apprendre, pour se réaliser, pour de la reconnaissance.

On doit garantir à tous l’accès à un socle de compétences, conduite des transitions professionnelles.

Il faut connecter les enjeux de l’orientation, du SPRO augmenté, de la connaissance des métiers (conseil en évolution pro, orientation tout au long de la vie).

On ne forme pas seulement un professionnel, on forme aussi un citoyen : enjeux du « savoir être », de citoyenneté, de développement durable, apprendre à se construire un réseau. Proposition : comment intégrer ces enjeux aussi dans l’offre de formation DEFI ?

On doit lever les freins encore trop nombreux : par exemple lutter encore plus fortement contre l’illettrisme (il y a urgence en particulier dans les territoires ruraux), lutter contre les discriminations souvent systémiques qui déterminent encore trop de parcours, résoudre les contraintes de mobilité, d’accès au logement, de financements… Il y aussi un DEFI à relever pour repérer les personnes en situation d’illettrisme, les orienter, résoudre leurs difficultés individuelles…

  • Travailler la qualité des métiers, les conditions de travail, faire progresser les rémunérations…
  • Formation aussi au service aménagement du territoire avec la formation : des lieux de formation dans les territoires, acteurs économiques irriguant nos territoires, GPECT
  • Utiliser la formation comme un levier pour réussir les transitions

En conclusion, nous allons exprimer un vote favorable sur ce rapport, nous pensons qu’il faut prévoir de mettre en place une évaluation à plus long terme, en pensant l’articulation (y compris avec les « développeurs de l’apprentissage »), en faisant bien attention à ne pas faire dominer le court terme et en n’oubliant pas les parcours individuels.