Portrait Charles Fournier

Dérèglement climatique : agir !

Intervention de Charles Fournier

 

La catastrophe annoncée

L’énergie est un enjeu de géopolitique internationale : guerres pour contrôle des champs pétroliers et gaziers (l’histoire se répète et on le voit encore actuellement avec la situation en Syrie), destructions des écosystèmes pour exploitations des ressources naturelles, négations des droits sociaux des populations vivant sur ces territoires…

 

L’autre face de cette consommation d’énergie toujours plus importante, aujourd’hui d’origine fossile à plus de 80 %, est le dérèglement climatique qui représente un nouveau problème mondial. Le dernier rapport du GIEC ne laisse plus de doutes sur les origines anthropiques du dérèglement climatique, ni sur la nécessité de limiter le réchauffement global à moins de 2°C. Pour réussir cet objectif, il faudrait NE PAS exploiter et consommer plus de 20 % des ressources d’énergie fossile déjà connues.

 

Nos modes de consommation et de production d’énergie sont les principaux responsables du dérèglement climatique. Pour réduire de manière drastique les émissions de gaz à effet de serre, les pays devront enclencher un changement radical : d’un système actuellement fondé sur la surconsommation énergétique et l’utilisation d’énergies polluantes et dangereuses, il faudra basculer vers une économie moins consommatrice d’énergie et reposant sur les énergies renouvelables locales. Notre modèle agricole et alimentaire, également fortement émetteur de gaz à effet de serre notamment à cause des engrais azotés et d’une alimentation trop carnée, devra aussi évoluer vers un système plus soutenable.

 

Malgré la fixation, en 2010, de la limite de 2°C de réchauffement à ne pas dépasser, les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé d’augmenter au niveau mondial. Et malgré cette réalité, les efforts des pays ne s’accélèrent pas : nous sommes toujours sur une trajectoire de réchauffement de 3,5°.

 

La COP 21 qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015 est un évènement mondial organisé dans le cadre de la Convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques et présidé par la France et son gouvernement actuel. L’ensemble des chefs d’Etat y seront présents et plus de 50 000 acteurs et délégués internationaux sont attendus. L’enjeu climatique est mondial et l’objectif est d’arriver à un accord mondial pour contrer ce danger pour l’humanité.

Deux enjeux sont au cœur des négociations de préparation de cette COP 21. D’abord l’atténuation : il s’agit d’arriver à un accord, entre les 195 pays ayant ratifié la Convention Climat en 1992, sur des engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour maîtriser le réchauffement global en dessous de 2°C. Ensuite l’adaptation : il s’agit de dégager des financements pour aider les pays pauvres les plus vulnérables à s’adapter aux impacts déjà en cours et à venir des dérèglements climatiques.

Mais la tournure actuelle des négociations et les engagements actuellement déposés sont très insuffisants pour satisfaire l’objectif de maintenir le réchauffement global à moins de 2°C.

 

Les énergies fossiles ne sont pas inquiétées !

La combustion des énergies fossiles représente actuellement au moins 80 % des émissions mondiales de CO2. Les négociations sont supposées organiser une politique internationale contre le dérèglement climatique, or les énergies fossiles ne sont jamais évoquées dans les négociations. Le texte de négociation actuel ignore ainsi l’origine de plus de 80 % des émissions de CO2 ! Imaginez-vous une conférence internationale sur le cancer du poumon dont le document de conclusion ne mentionnerait pas la consommation de tabac ? C’est pourtant ce qu’il se passe actuellement en matière de climat, à l’ONU et en ce moment sous la présidence française pour la préparation de la COP 21 ! Le projet de texte fait comme s’il était possible de réduire les émissions de gaz à effet de serre sans prendre en compte la source d’où ils viennent. C’est tout simplement impossible !

En France, il y a encore à peine 10 jours, le gouvernement autorisait de nouveaux forages pétroliers, et il prévoit par ailleurs une baisse du budget du Ministère de l’écologie et du budget de l’aide au développement. Voilà qui est très contradictoire comme messages adressés au Monde de la part du pays qui reçoit et préside la COP 21 !

 

L’absence de financements

Les engagements ne sont pas accompagnés d’actes concrets et des moyens financiers indispensables pour mettre en œuvre ce qui ne restent de belles paroles en l’air. Le texte de négociation actuel ne dit absolument rien de précis sur le sujet ! Comme si la priorité était ailleurs. Comme si mobiliser les financements nécessaires aux Etats et aux collectivités pour opérer une transition énergétique vers des économies post-fossiles, ou encore permettre aux populations les plus touchées par le règlement climatique de s’adapter et de faire face aux conséquences des dérèglements climatiques, n’était en fait pas une priorité.

 

L’engagement pris à Copenhague en 2009, consistant à débloquer un Fonds Vert de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour soutenir les pays et populations les plus démunis, ne se concrétise toujours pas : aucune avancée sur ce sujet depuis 6 ans. Les pays les plus riches refusent toujours de s’engager de façon contraignante.  Or l’insuffisance de financement de ce Fonds Vert rendra pratiquement impossible pour les pays les plus démunis de tenir les objectifs de réduction et cela met donc en cause la réussite même du Sommet sur le Climat.

 

Les Etats tentent de masquer cette dérobade en convoquant d’autres sources de financements, notamment les financements privés d’investissement des multinationales. Bonjour et bienvenue à Total, à Areva, à Shell… à qui on va offrir ici, en plus de leur ouvrir toujours plus de nouveaux marchés afin d’augmenter leurs profits, la possibilité de se refaire une virginité éthique sur le dos de la planète.

 

Les énergies renouvelables

Dans une note publiée en 2011, le GIEC affirmait que « près de 80% de l’approvisionnement mondial en énergie pourrait être assuré par des sources d’énergies renouvelables d’ici au milieu de ce siècle si l’effort était soutenu par des politiques publiques adéquates ». Sauf qu’il n’existe aucune mention des énergies renouvelables dans le texte de négociation actuel : le terme n’apparaît pas, pas plus qu’un plan de déploiement à l’échelle internationale ou un dispositif de soutien financier et technique !

Va-t-on aboutir à la situation ubuesque où les 196 pays de l’ONU auront négocié près de 25 ans à propos du réchauffement climatique sans ne jamais avoir rien décidé qui puisse soutenir le déploiement des énergies renouvelables ?

 

La mobilisation infra étatique et mobilisation citoyenne : l’opinion publique mondiale est en train de changer

Mais cette transition vers un autre modèle de consommation et de production passe également, dans chaque pays, par des mesures mises en place par les collectivités territoriales, les Régions, les Agglos, les communautés de communes rurales et surtout, surtout, par la mobilisation des citoyens.

Et c’est justement ce que nous voyons éclore chaque jour un peu plus. L’opinion publique mondiale est en train de changer, commence à changer de pratiques et souhaite des engagements et des changements d’orientations de politiques énergétiques de la part de ses dirigeants.

 

Quelques exemples rapidement :

  • Les résultats du Débat citoyen planétaire, qui a réuni le même jour partout dans le monde, le 6 juin 2015, plus de 10 000 citoyens dans près de 100 pays, illustrent cette attente des citoyens du monde de changement dans les pratiques et les politiques publiques dans le domaine de l’énergie. Un débat a été organisé dans cette enceinte du Conseil régional avec des citoyennes et citoyens de l’ensemble du territoire régional. Je peux en témoigner, j’y étais.
  • Deuxième exemple, le tour de France Alternatiba, qui s’est étendu sur près de 4 mois et vient de se conclure. Il a permis de mobiliser la société face aux défis du dérèglement climatique et de constater l’enthousiasme d’un très grand public dans les territoires devant les centaines d’alternatives qui étaient présentées lors de chaque étape. Nous avons notamment eu ici dans notre région des étapes à Tours, Blois, Orléans et Chartres.
  • En 2013, dans le cadre du Débat National sur la Transition Energétique, cette mobilisation citoyenne, au travers des débats décentralisés qui ont eu lieu dans toutes les régions françaises, a poussé notre gouvernement à adopter une Loi de transition Energétique avec un objectif de division par 2 de la consommation d’énergie en 2050. Dans le cadre de ce débat national, seulement 2 scénarios crédibles ont été développés pour permettre d’atteindre l’objectif de réduction par 4 des émissions de gaz à effet de serre en France. Il s’agit de celui de l’ADEME et celui de Négawatt. Ces 2 scénarios s’accordent sur plusieurs points, mais notamment sur un point fondamental pour le futur des citoyennes et des citoyens français et pour nous écologistes : la sortie du nucléaire achevée d’ici 2040 !

 

Le nucléaire, énergie fissile, possède les mêmes caractéristiques que les énergies fossiles : énergie non renouvelable, absence totale de solution sur les déchets, obligation d’importation et donc dépendance ou implication dans les conflits géopolitiques internationaux et absence de souveraineté ! En outre, les dangers que représente l’énergie nucléaire sont sans commune mesure.

 

A l’échelle de chaque collectivité, dans l’ensemble des territoires, la lutte contre le dérèglement climatique doit être prise en compte dans chaque décision et politique publique, qu’elle concerne le passage de moyens de transport polluants à une mobilité durable, nos modes de consommation et de production agricole, nos accords économiques bilatéraux et internationaux, notre fiscalité, les choix d’investissement des entreprises ou encore dans les soutiens accordés par les banques publiques et privées.

 

La solution dans le domaine de l’énergie est connue : sobriété, efficacité énergétique et développement des énergies renouvelables ! Et cette solution est largement admise par la grande majorité, à l’exception bien sûr de quelques résistances de la part des lobbyistes des énergies fossiles et fissiles.

 

La politique énergétique de notre Région et le rapport présenté aujourd’hui s’inscrivent exactement dans le cadre de cette triple solution de sobriété, d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables.

 

Mes chers collègues, ça urge ! Notre rôle en tant qu’élus responsables, et le rôle de la Région, est d’être l’animatrice, la facilitatrice de la mobilisation populaire et citoyenne qui s’élève sur cette problématique mondiale, et d’être l’organe opérationnel et le relais pour que vive la proximité, les territoires et la démocratie !

 

Je vous remercie.