Enjeux de biodiversité en milieu urbain

Intervention d’Estelle Cochard

Je souhaiterais intervenir dans ce débat avec une approche liée à l’urbanisme.

Qu’il s’agisse de réalisations privées ou publiques, la biodiversité demeure un paramètre souvent ignoré dans les opérations de construction. Or il existe des outils qui régissent l’aménagement du territoire et orientent le comportement des acteurs. Il s’agit des documents d’urbanisme, tels que le PLU (Plan Local d’urbanisme) et le SCOT (Schéma de COhérence Territoriale). La  loi  ALUR pour  l’Accès  au  Logement  et  un  Urbanisme  Rénové  a acté la prise en compte des enjeux de biodiversité dans ces documents d’urbanisme. Plus récemment encore, la loi « biodiversité » facilite la mise en place d’espaces de continuités écologiques dans les PLU, impose la végétalisation des toitures de certains établissements commerciaux et permet la création de servitudes pour de futurs espaces verts.

Permettez-moi d’évoquer simplement 3 enjeux. La prise en compte de ces enjeux est essentiel pour recréer les conditions favorables à une biodiversité périurbaine et à améliorer le cadre de vie des habitants.

Le premier ce ces enjeux, c’est la lutte contre l’étalement urbain. Parce que le  grignotage permanent des terres  agricoles ou des espaces naturels accroît non seulement les conflits d’usage mais aussi l’érosion de la biodiversité. On peut freiner l’étalement urbain en préférant la densification et en incitant à la rénovation plutôt qu’à la construction neuve. On ménage ainsi l’usage du sol et on réduit fortement les besoins en matières premières et en énergie grâce à l’utilisation des structures porteuses existantes.

Le deuxième enjeu, c’est l’insertion des projets dans la « trame verte et bleue ».  Les bâtiments, les routes, les grillages et les infrastructures lourdes sont autant de  barrières infranchissables pour les populations animales et végétales. Isolées, ces populations ne sont plus en interaction et sont donc les premières touchées par cette fragmentation du territoire. La préservation des continuités écologiques doit être une priorité absolue. Cela passe par la sauvegarde de ce qui existe en rendant non constructibles les espaces sensibles tels que les zones humides, les prairies, les forêts et bien sûr les corridors écologiques. Cela passe par le respect de l’écoulement naturel de l’eau. Cela passe par le respect de la perméabilité  des  sols. Cela demande aussi de limiter la multiplication des infrastructures de transport.

Le troisième enjeu, c’est le « verdissement » des projets d’aménagementLa dette  écologique contractée ces dernières années impose de ne pas seulement préserver, mais véritablement de restaurer la biodiversité. C’est pourquoi la densification urbaine doit s’accompagner de la conception de « bâtiments à biodiversité positive » et de favoriser la perméabilité des revêtements de sol. Cela veut dire que pour tout projet, il faut d’abord apporter la preuve de la réalisation  d’études visant à éviter l’étalement urbain et à s’insérer dans le schéma des continuités  écologiques, en maximisant l’intégration paysagère. Il convient aussi d’accroître  les  surfaces  végétalisées en  quantité et en qualité : plantes grimpantes sur les murs, toitures et  espaces verts autour du bâti, pour atteindre l’objectif de zéro perte nette de couvert végétal. Un minimum d’espaces végétalisés doivent être laissés à leur évolution naturelle, sans entretien. Un exemple à suivre est celui de la ville de Grande-Synthe dans le Nord, où la municipalité de Damien CAREME a entrepris la création d’un grand poumon vert en son centre (entre une zone industrielle et une zone urbaine) et la plantation de 170 000 végétaux entre pipelines, lignes à haute tension, hydrogénoducs.

Je voudrais terminer cette intervention avec un coup de projecteur les associations de protection de la nature et de l’environnement sans lesquelles l’opération « Objectif Zéro Pesticides dans nos villes et nos villages», par exemple, ne pourrait pas fonctionner. 

L’enjeu est de taille : selon l’ONEMA (Office Nationale de l’Eau et des Milieux Aquatiques), ce sont 6 000 tonnes de phytosanitaires qui sont encore utilisées chaque année en France par les collectivités. Aujourd’hui, ce sont plus de 200 communes impliquées dans la démarche « Objectif Zéro Pesticides ». Au-delà des communes, de nouveaux acteurs s’engagent : des entreprises, des centres hospitaliers, des jardiniers amateurs… Sans Eure-et-Loir Nature, Loiret Nature Environnement, la SEPANT, Indre Nature, Sologne Nature Environnement, le CDPNE en Loir-et-Cher, Nature 18, Perche Nature, ce la n’aurait pas été possible. Cet exemple montre bien pourquoi nous avons besoin sur le terrain d’associations de protection de la nature et de l’environnement.

Cela nous rappelle que ce sont des citoyens, réunis en associations, en comités, en mouvements… qui, en mettant en commun leurs connaissances et leurs volontés, alertent l’opinion publique sur les périls qui menacent l’environnement. Mais au-delà, ils aiguillonnent les décideurs publics et permettent aussi, par la multitude d’évènements qu’ils organisent, à travers le Livre rouge évoqué par Alix tout à l’heure, à travers les inventaires de biodiversité communale, une appropriation citoyenne des enjeux liés à la perte de biodiversité. Qu’ils en soient remerciés !