Enseignement supérieur : enjeux territoriaux

Intervention d’Estelle Cochard

 

Monsieur Le Président, chers collègues, les dernières annonces du Président de l’Université d’Orléans sont inquiétantes. On assiste à la métropolisation de l’Enseignement Supérieur. Toutes les antennes universitaires de proximité de Blois, de Bourges, de Chartres, de Châteauroux et d’Issoudun sont menacées, Chartres en particulier. Ce schéma soutient fortement l’importance du maillage territorial mais ne semble pas prendre toutes les mesures nécessaires pour endiguer cette tendance.

Nous souhaitons par ce propos, faire un focus sur l’enjeu à maintenir ces antennes en matière d’aménagement du territoire, de coopération entre les territoires, de démocratie et d’égalité d’’accès à l’Enseignement Supérieur, en cohérence avec un futur SRADDET.

Les antennes universitaires participent à l’égalité des chances : origine modeste d’une majorité des étudiants- + de 50 % en licence, origine rurale également. Nombre de ceux-là n’auraient pas envisagé une entrée à l’université sans la présence d’établissements en ville moyenne.

Si l’Université d’Orléans a des difficultés financières, les étudiants aussi en ont.

Beaucoup de ces étudiants sont salariés (40% des effectifs des 1ères années), certains sportifs de haut niveau sur leur territoire. Certains arrivent des régions limitrophes, signe de l’attractivité de l’offre. De plus, les bons résultats aux examens montrent que les écosystèmes des villes moyennes favorisent la réussite des étudiant et offrent aussi de meilleures conditions de travail. La petite taille contribue également à un véritable fonctionnement collectif, sans doute moins anonyme que dans une grande structure. L’engagement fort des étudiants dans les structures associatives sportives, citoyennes, culturelles, en est un témoignage. La taille peut aussi constituer un gage de qualité de vie compte tenu des moyens matériels dont disposent le site et les étudiants : la question du logement est, par exemple, plus facile à résoudre dans les villes moyennes (logement étudiant saturé à Orléans et le sera encore plus avec l’arrivée du baby boom de 2000).

Ces villes voient, en effet, dans le développement universitaire un levier d’aménagement du territoire, susceptible de capter une nouvelle population mais aussi de favoriser des dynamiques urbaines et rurales ou encore d’initier des transferts de technologies. L’ancrage territorial passe par une participation à des projets portés par des commanditaires locaux et par le développement d’axes de recherche appuyés sur des masters interdisciplinaires. Les sites sont, ainsi, conçus comme un lieu d’expérimentation de grandes questions envisagées depuis l’échelle locale.

Rien de tel que des exemples concrets : je vais prendre l’exemple de l’Eure-et-Loir tout à fait transposable à tous les autres départements, sur des liens forts développés entre la Licence Biologie et Biochimie aujourd’hui menacée et le tissu économique local, social et éducatif et l’ampleur internationale Voici donc l’inventaire non exhaustif réalisé par les Enseignants-Chercheurs de l’ASUC, Antenne Scientifique Universitaire Chartraine • Publications scientifiques de haut niveau dont 75% avec des équipes de recherches internationales). • Nommée meilleure équipe du laboratoire Le laboratoire de Biologie des Ligneux et des Grandes Cultures INRA selon l’HCERES (ministère, évaluation Février 2017, rapport sur demande). • Venue dans l’équipe de Chartres de nombreux chercheurs internationaux, • Accueil de doctorants et post-doctorants étrangers (Croatie, Pologne, Thaïlande, USA, Iran, Pakistan), • Publication d’un numéro spécial dans le journal officiel de l’Académie des Sciences Française sur la Cosmétopée avec un chercheur de l’AUC en tant que guest-éditeur (repris dans un article de l’Eurélien n°35). • Prix Oséo-Anvar (Agence Nationale de Valorisation de la Recherche) : mise au point de marqueurs moléculaires pour la sélection du blé (avec le laboratoire d’analyse céréalière) ; • Prix de l’Innovation Cosmétique pour l’utilisation de plantes locale en Cosmétique (Projet NaturACTIV avec ces entreprises locales PMA28, Alban Muller International). Experts scientifiques pour la Cosmetic Valley, Ligue contre le Cancer, CosmétoSciences (co-rédacteur et co-animateur du projet : un reportage sera diffusé sur France 5 avec un chercheur de l’ASUC en début d’année 2018), Région Centre Val de Loire, Bleu-Blanc-Cœur, etc.

Liens forts établis avec les Lycées (Jehan de Beauce, Branly, Rotrou, Marceau, Rémy Belleau, etc.) et les collèges (Courville sur Eure, Bû , etc) : par l’animation d’ateliers scientifiques, visites du laboratoire de recherche de l’ASUC, coorganisation des Rencontres Jeunes Chercheurs. Interventions des Enseignantschercheurs et des doctorants de l’ASUC dans les Collèges et Lycées en ZEP, en milieu rural. Participation à la diffusion des savoirs et de la culture scientifique : fête de la science, les conférences du Mardi à l’ASUC, conférences aux médiathèques de Chartres, Châteaudun et Dreux. Organisation de colloques scientifiques à destination des entreprises locales et internationales en partenariat avec Cosmetic Valley, Pôle Pharma => ex : organisation de 3 colloques internationaux à Chartres.

Les mêmes bénéfices et lien forts sont à constater entre les sites déconcentrés et leur territoire.
Oui, engageons notre collectivité en coopération avec les autres, concrètement dans le développement des sites déconcentrés car les bénéfices sur les territoires vont bien au-delà de considérations comptables.