Enseignement supérieur, recherche et innovation

Intervention d’Alix Téry-Verbe

 

Monsieur le président, chers collègues, nous souhaitons aborder plusieurs axes qui nous semblent particulièrement importants dans l’élaboration du schéma Régional de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation : le premier est la vie étudiante, le second l’avenir de la Communauté d’Universités et d’Etablissements (COMUE) et le troisième les partenariats chercheurs-citoyens.

Pour aborder le premier point, celui de la vie étudiante, rappelons que précédemment au SRESRI, la Région a élaboré en 2013 un SRESVE : « Schéma Régional de l’Enseignement Supérieur et de la Vie Etudiante ». Il serait intéressant de pouvoir en établir un bilan.

Dans la dénomination du nouveau schéma, « la vie étudiante » a donc été remplacée par « la recherche et l’innovation ». Les écologistes tiennent à ce que l’élaboration du nouveau schéma ne fasse pas l’impasse sur les étudiants, sur leurs besoins, sur leurs attentes… Nous apprécions que le calendrier qui nous est proposé prévoie bien une séquence qui leur est consacrée. Ce schéma doit en effet d’abord être conçu pour nos étudiants et la réussite du plus grand nombre dans l’enseignement supérieur : facteur de justice sociale, condition de l’émergence d’une société durable…

La réussite éducative va au-delà des notes et des diplômes, elle doit intégrer les questions de logement, de soins, d’alimentation et de transports notamment. C’est pourquoi, les écologistes pensent l’Université dans des éco-campus intégrés à la cité. Le développement et la rénovation du bâti social universitaire, dans le respect de normes écologiques élevées (consommation d’énergie, proximité des transports urbains…) doit être une priorité. Rappelons que la Région a élaboré un contrat de construction durable dans le cadre de ses bâtiments : ce qui vaut pour nos lycées doit valoir aussi pour les réalisations immobilières que finance la Région : logements et bâtiments universitaires.

Concernant la COMunauté d’Universités et d’Etablissements, alors qu’en octobre 2015 une communication voulait renforcer la COMUE « Léonard de Vinci » à l’échelle des régions Centre-Val de Loire, Limousin et Poitou-Charentes, celle d’aujourd’hui propose de bâtir un édifice solide autour d’une communauté de projet et d’acteurs, dans une COMUE « Centre-Val de Loire ». En effet, l’élaboration du SRESRI intervient au moment où la COMUE « Léonard de Vinci », regroupant les universités de La Rochelle, Poitiers, Limoges, Tours et Orléans, est en train d’exploser en vol…

Rappelons le contexte national de la création des COMUE : la loi Fioraso de juillet 2013, qui est malheureusement restée dans la ligne de la loi LRU du gouvernement Fillon, a imposé des regroupements et fusions sous la forme de COMUE, l’idée étant que l’Etat désormais contractualise directement avec les COMUE et non plus avec les Universités.

Notre groupe s’était demandé en 2015 quel pourrait être le bénéfice réel de la COMUE « Léonard de Vinci », sur un territoire aussi étendu et ne tenant pas compte du nouveau découpage régional. Nous partagions les craintes exprimées par le milieu universitaire dans notre région. Nous serions donc certainement plus à l’aise avec l’idée d’une future COMUE « Centre-Val de Loire » de périmètre régional, rapprochant nos deux universités et l’INSA.

Toutefois, tout cela reste encore bien flou et nous attendons à présent de l’Etat, qui nous avait quelque part contraint à entrer dans la COMUE « Léonard de Vinci », qu’il stabilise rapidement le cadre de la nouvelle COMUE « Centre-Val de Loire », afin que notre schéma ne se construise pas sur du sable…

Le troisième point qui nous paraît primordial concerne les partenariats chercheurs-citoyens : même si ces partenariats sont une évidence pour l’avancée autant de la l’enseignement supérieur que de la recherche et particulièrement de l’innovation, il est  important  que ceux-ci soient notés en toutes lettres, et notamment dans les différents documents de communication.

Le renouvellement des relations entre  sciences et société impose de reconnaître la compétence de la société civile à participer aux décisions sur les orientations de la recherche. La recherche participative, ça veut dire que les non-chercheurs collaborent avec les chercheurs académiques tout au long des projets de recherche, dès la formulation de la problématique jusqu’à l’analyse des résultats, leur valorisation et leur diffusion.

Les Régions Ile-de-France et Nord-Pas-de-Calais ont instauré des partenariats intéressants au cours du mandat précédent et nous souhaitons que notre Région s’en inspire.

Pour finir, cette communication me donne l’occasion d’évoquer le rapport des  écologistes au progrès, à la recherche, à l’innovation, qui fait parfois l’objet de caricatures grossières. Si nous sommes des progressistes acharnés sur les enjeux sociaux et sociétaux, nous ne cantonnons pas le progrès au progrès technologique.

Loin des banalités simplistes et réductrices, dès le début et tout au long de son histoire, l’écologie politique est traversée par la pensée scientifique. En France, la figure de René Dumont, ingénieur agronome, incarne cette communauté scientifique sachant reconnaître les limites comme les forces de toute innovation technologique. Parmi les militants, les élus, les penseurs écologistes, combien d’ingénieurs venus du nucléaire, combien de biologistes, combien de chercheurs et médecins, qui ayant vu au plus près les dérives de la sacralisation du progrès technologique, le défendent d’autant mieux qu’ils le défendent dans sa juste mesure.

Notre société a parfois tendance à oublier ce vers quoi elle veut aller. Grisée de progrès technique et prisonnière de puissantes logiques financières, elle continue de foncer dans la surproduction, la surconsommation et le gaspillage. Cela se traduit par toujours plus de déchets, toujours plus de mal-être et toujours plus d’inégalités. Et, comble du cynisme, le progrès se résume parfois à l’obsolescence programmée des produits…

Quel est le sens du progrès pour le progrès ? Quel est le sens de l’innovation pour l’innovation ? Quel est le sens de la fuite en avant techniciste que nous connaissons ?

Nous ne sommes pas contre la technologie, bien au contraire, mais nous la souhaitons au service de l’humain, de l’épanouissement individuel et collectif.  Nous ne sommes pas contre l’innovation, bien au contraire, mais nous privilégions celle qui est au service de la préservation de l’environnement et de la transition énergétique.

Nous appelons aussi de nos vœux une innovation sociale, sociétale, qui induit d’autres comportements, d’autres modèles de partage de richesses entre les individus. Une innovation ouverte et partagée dans les entreprises, où le savoir-faire et la créativité de tous les salariés, collaborateurs, cadres comme ouvriers, puissent être sollicités.

Je vous remercie.