Small is beautiful

L’après ne doit pas et ne peut pas ressembler à l’avant.

L’humanité a déjà connu deux grandes épidémies de coronavirus en 2002 et 2013. L’OMS nous a mis en garde. Mais très rares sont les pays, en dehors peut-être de la Corée du Sud ou de Taïwan, qui ont écouté cette alerte. En France, gouvernement après gouvernement, le service public hospitalier a été affaibli et les stocks qui pouvaient répondre à ce type de crise ont été liquidés : nous sommes passés en 10 ans d’un stock d’un milliard de masques à 70 millions. Ainsi, alors qu’au niveau national comme au niveau international, les alertes étaient là, nos dirigeants ont préféré les ignorer et jouer l’autruche, quitte à annoncer « en même temps » que tout allait bien et que nous avions tous les stocks nécessaires.

L’économiste Gaël Giraud rappelle que depuis des années, nos élites écoutent à tort davantage les recommandations économiques du FMI que les alertes de l’OMS ou du GIEC. Il est probable que cette crise accentue terriblement la méfiance à l’égard d’une classe dirigeante déjà très décrédibilisée.

Et pourtant, au delà de cette crise actuelle, au-delà de l’ampleur historique de la pandémie, il nous faut répondre tout aussi vigoureusement aux impératifs climatiques. Les coûts humains, assurantiels, économiques… du réchauffement sont connus et absolument colossaux. Celui-ci a d’ores et déjà fait beaucoup de dégâts, sans que nous ayons au quotidien un décompte macabre ou une calculette des incidences économiques. Mais surtout, pour ce qui concerne le dérèglement climatique, la sortie de crise n’est pas pour dans quelques mois, elle n’a pas d’échéance à court terme et n’est envisageable qu’au prix de profondes transformations de nos modes de vie.

Ainsi, de l’épreuve actuelle, nous pouvons sortir grandis, à condition qu’elle constitue un électrochoc et nous permette d’engager réellement la transformation de notre société. Si les dirigeants ne travaillent qu’à son colmatage (à l’exemple de ce qu’ils ont fait au lendemain de 2008) pour recommencer les même erreurs, alors il ne fait aucun doute que nous obtiendrons le mêmes effets.

Tout dans cette crise appelle à revoir les positions majoritaires du passé pour enfin intégrer des changements sérieux et durables des principes d’Etat.

Les réponses aux grands problèmes de société (crise climatique, environnementale, sociale et sanitaire) qui sont proposées par les élites politiques étaient déjà inadaptées avant la crise du coronavirus, elles ont toutes les chances d’être totalement dépassées après. Les positions irresponsables (bien que majoritaires) d’hier comme « les services publics coûtent trop cher » ou encore « nous verrons bien quand ça arrivera, si ça arrive » ne sont plus tenables aujourd’hui, et c’est heureux.

L’enjeu n’est donc pas de revenir à l’état précédent, mais bien de préparer un nouvel état plus responsable face à l’ensemble de la population, plus efficace et plus respectueux face aux réalités environnementales et climatiques.

Au niveau national comme dans notre région, nous pouvons apprendre des fragilités exacerbées par la crise sanitaire pour engager les changements nécessaires.

La concentration et la spécialisation des économies de production, si elles ont maximisé les profits de quelques uns à un moment, apparaissent enfin clairement comme une faiblesse absolue. Small is beautiful, le livre très écologiste de l’économiste Ernst Friedrich Schumacher portait déjà (il y a près de 50 ans) ces risques et proposait les principes de résilience. Aujourd’hui, nous ressentons clairement le résultat des mauvaises décisions politiques prises depuis des décennies en découvrant notre pays, notre région, notre territoire incapable de produire et de distribuer le minimum de biens nécessaires pour lutter contre l’épidémie.

Dans le cadre des dernières élections municipales, une candidate écologiste posait la question des migrations à venir en prenant entre autre l’exemple des urbains qui viendraient se mettre à l’abri dans nos campagnes en cas de crise et donc de la nécessité de s’y préparer. La réaction de la salle était mitigée et pourtant quelques semaines plus tard, on assiste à ce déplacement de population.

Dans le milieu éducatif, malgré les discours ministériels, l’éducation nationale est incapable de réagir et ce sont les enseignants, les personnels au plus près du terrain qui, même isolés et sans moyens, prennent en charge le service auprès des enfants. Au delà, on voit l’importance vitale des initiatives citoyennes.

La crise nous rappelle douloureusement l’importance vitale des communs. En région, il nous faudra reconstruire ces communs pour permettre les autonomies des territoires, qu’elles soient alimentaires, énergétiques, économiques… Les élus écologistes s’y emploient à l’échelle de leurs délégations. Il est aujourd’hui évident que cette échelle devra évoluer car ces transformations sont vitales et l’histoire récente nous montre que volonté politique et changement de paradigme sont nécessaires pour avancer réellement.

Des associations comme ATTAC ou des philosophes comme Edgar Morin appellent à construire un Après différent, original et responsable.

A nous tous de l’inventer, à nous tous de le construire, à nous tous de le faire vivre.