Expérimentation de l’entrée en apprentissage jusqu’à 30 ans

Intervention de Charles Fournier

Selon un vieux découpage, la plupart des programmes en direction de la jeunesse, s’arrêtent le jour du vingt-sixième anniversaire, à quelques exceptions près. Il en va du suivi par la Mission locale, du RSA de plein exercice… mais aussi de l’apprentissage. Ce découpage ne correspond plus à la réalité actuelle et à l’allongement de la période dite de jeunesse, d’autant plus si on la considère sous l’angle de l’insertion sociale et professionnelle.

Une étude de la DARES, montre qu’il y a lieu de découper la tranche d’âge en trois temps : 15-19, 20-24 et 25-29, distingués par des caractéristiques particulières. A l’échelle européenne, l’âge plafond est depuis plus longtemps 29 ans et l’approche d’une catégorie des jeunes ni en emploi, ni en formation, les fameux NEET, montre que dans notre pays 15% des 15-29 ans entre dans cette catégorie : 6,4% pour les 15-19, 18,2% pour les 20-24 et 20,6% pour les 25-29 ans (particulièrement les femmes sur cette tranche d’âge).

Cela montre que bon nombre de jeunes de 25 à 29 ans n’ont pas abouti leur parcours d’insertion et qu’il convient donc d’adapter nos règles. Pire, pour cette catégorie, les missions locales ne sont plus mandatées pour accompagner au-delà de 26 ans et les perspectives d’insertion sont pour autant encore très compliquées comme en attestent ces chiffres. Il est précisé que parmi les jeunes de 15 à 29 ans faisant partie du groupe des NEET, 59 % sont au chômage au sens du BIT, tandis que 41 % sont inactifs.

Sur cette nécessité de revisiter ce découpage du temps de la jeunesse et des dispositifs, nous sommes donc favorables à cette expérimentation pour porter l’apprentissage porté à 30 ans.

Pour autant quelques points de vigilance qui doivent permettre de cadrer les conditions de cette expérimentation.

1 – La question d’un impact négatif sur les recrutements dans cette catégorie d’âge, le contrat d’apprentissage ne doit pas devenir une alternative à l’embauche pleine et entière, une aubaine pour l’employeur.

2 – Les publics cibles : les NEET, les jeunes en reconversion. Si l’apprentissage peut être une bonne solution pour la reconversion (à articuler avec d’autres dispositifs d’accompagnement à la reconversion : VAE, CEP, CIF…), en revanche les NEET risquent d’avoir plus de difficulté sans accompagnement à accéder à cette possibilité : pour trouver un maître d’apprentissage, pour se préparer correctement à cette alternance. L’expérimentation devra permettre d’étudier une cohorte de bénéficiaires et de faire une analyse des parcours. Ces études pourraient être mises en place dès le lancement et confiées à l’ORFE.

3 – Enfin se pose la question des rémunérations, les besoins pouvant être plus importants pour cette tranche d’âge, particulièrement pour les jeunes en reconversion, quittant une situation plus confortable.

4 – Vues les difficultés persistantes des plus jeunes à trouver réponse à leur projet (trouver un maître d’apprentissage), cette catégorie ne doit pas venir aggraver la situation des plus jeunes. Il y a donc lieu de garantir un élargissement du nombre de possibilités offertes.

5 – Enfin, cela implique une ouverture de places supplémentaires dans les CFA, l’intégration de ces jeunes dans les classes existantes. L’expérimentation devra également porter un regard sur l’impact sur les CFA (places, pédagogie, accompagnement…).

Pour conclure, cela doit constituer une étape vers la refonte d’autres dispositifs pour élargir les dispositifs jeunesse jusqu’à 30 ans. La situation de cette catégorie invite à le faire. Si l’apprentissage est une bonne solution, elle n’est pas la seule et la reprise d’études doit être encouragées tout comme l’accès à l’offre de formation professionnelle. Nous soutiendrons cette expérimentation mais attendons de disposer de tous les éléments pour que soit réellement évalué son impact.