Faire vivre une démocratie permanente

Intervention de Benoît Faucheux

 

Chers collègues,

 

Faire face à la crise de confiance

Redonner sens au collectif et aux solidarités

S’appuyer sur les aspirations citoyennes à participer et à agir

Voilà un rapport qui me rend fier de participer à cette majorité. Les constats sont partagés je crois par tous les membres de cette assemblée : crise de confiance dans les institutions, crise du collectif et des solidarités, mais aussi, et c’est plus positif, aspirations de beaucoup de nos concitoyens à participer et à agir.

 

Une région qui réinvente la proximité

Face à ces constats notre région s’est mise en mouvement et a souhaité réinventer de la proximité. Pas facile pour une région, avec ses 2,6 millions d’habitants de trouver les bonnes façons d’organiser la participation. Pas facile car la région est grande et car un certain nombre de sujets comme les schémas régionaux relèvent d’un niveau d’abstraction relativement important.

 

Une démarche expérimentale de 18 mois qui poursuivait quatre axes :

L’expérimentation de 18 mois que sous l’impulsion de Charles Fournier notre région vient de conduire a permis de mettre au point des méthodes de mobilisation et de participation et d’identifier les sujets sur lesquels les habitants de notre région souhaitaient le faire.

 

Cette expérimentation nous a permis d’avancer dans :

  • Le développement de territoires de démocratie permanente
  • L’amélioration des politiques et des services publics par l’expertise citoyenne
  • Le renforcement de la participation citoyenne dans l’élaboration de ses schémas et politiques publiques
  • L’accompagnement des initiatives citoyennes, moteur de la démocratie et de de transition vers un modèle de développement plus juste et équitable.

 

Nous avons défini un cadre éthique autour de ces principes :

  • Faire de la démocratie partout et tout le temps
  • Contribuer, co-construire, soutenir le pouvoir d’agir, élargir le cercle des participants

 

Et nous avons avec les participants à cette démarche élaboré un plan d’actions. Il y a 3 actions sur lesquelles je voudrais mettre l’accent.

 Expérimenter de nouvelles formes de participation : j’ai eu l’occasion de commencer à expérimenter cela, avec un panel de citoyens pour le plan déchets. Le plan régional pour la prévention et la gestion des déchets est un sujet technique, qui intéresse peu, mais qui pourtant a une très grande importance dans le quotidien et a un fort impact sur notre empreinte écologique. Nous avons pensé dès le début que pour élaborer ce plan il fallait évidemment mettre autour de la table les collectivités compétentes, les entreprises et les associations spécialisées, mais qu’il nous fallait aussi dialoguer avec des habitants, en particulier pour évaluer l’acceptabilité sociale de telle ou telle orientation ou solution. 30 habitants ont été tirés au sort et se sont réunis plusieurs fois pendant 6 mois. La démarche qui leur a été proposée leur a permis de se familiariser avec le secteur des déchets. Ils ont été invités à regarder leur propre comportement, à découvrir la façon dont les déchets étaient traités sur leur territoire de vie, et enfin ils ont rencontré des responsables de collectivités, d’entreprises et d’associations qui leur ont fait part de leur point de vue. Ils nous ont rendu un avis citoyen sur les 4 questions que nous leur avions posées. Cet avis, qui a été présenté à la Commission Consultative d’Elaboration et de Suivi du plan nous donne des indications tout à fait intéressante pour construire ce plan. Les facteurs de réussite sont à mon avis le tirage au sort, qui permet de sortir du cercle des TLM, et l’accompagnement du groupe, qui permet à des néophytes de se forger un avis. Nous ne sommes pas dans des caricatures de participation, où l’on demande à des habitants peu informés, voire désinformés, de voter dans le cadre d’un référendum local.

Dans le même ordre d’idée, il me semble essentiel de développer des lieux facilitateurs de citoyenneté, dans les quartiers, dans les villages. Ces lieux pourraient s’appuyer sur des réseaux existants, je pense notamment aux Maisons de quartier, aux foyers ruraux,  aux MJC, aux centres sociaux, et en général à toutes les associations d’éducation populaire. Ils devraient avoir pour fonction d’accompagner les habitants de leur territoire dans leur participation à la vie citoyenne locale, dans leurs relations avec les institutions, mais aussi dans leurs initiatives individuelles ou collectives. Renforcer le pouvoir d’agir et de participer à la vie de la cité, du village, du quartier…Bien sûr tout cela aura un prix, mais on doit pouvoir mettre en synergie plusieurs dispositifs existants comme A vos idées et Cap Asso, et puis finalement je suis persuadé que la démocratie n’a pas de prix, et si un jour notre système venait à s’effondrer de l’intérieur, il serait bien trop tard pour s’interroger sur son prix.

Enfin, pour cela, nous devons inventer l’élu régional et le citoyen du futur. Le citoyen du futur, nous l’imaginons accompagné par des lieux facilitateurs de démocratie, mais l’élu du futur… l’élu qui saura encore mieux dialoguer avec les habitants, co-construire, travailler à renforcer le pouvoir d’agir de la population de son territoire…devra lui aussi être accompagné dans ce changement de posture. Il y a sans doute là matière à débat et à construction de dispositifs de formation.

En tout cas je peux vous dire, comme tous ceux qui ont participé à la démarche de démocratie permanente, que ce processus a commencé par l’action, et que nous en sommes sortis différents, en ayant déjà commencé à inventer les méthodes de demain.