FEADER et enjeux alimentaires

Intervention de Christelle de Crémiers

La maquette 2021/2022 du FEADER de « relance » prévoit des investissements dans la chaîne alimentaire, ainsi qu’un appel à projets pour les entreprises de transformation. Ces dispositions, ainsi que l’ensemble de la maquette de relance sur les mesures agro environnementales et climatiques, représentent une véritable opportunité pour l’accélération de la mise en œuvre de la politique alimentation de la Région, à partir du moment où l’on veillera à bien la prendre en compte.

En matière de politique Alimentation, notre région se distingue à plusieurs titres. Tout d’abord,  elle peut co-piloter cette politique avec l’Etat, alors que la loi Egalim réserve le pilotage seulement à l’Etat. Ensuite, elle a défini ses propres critères pour reconnaître et accompagner les Projets Alimentaires de Territoire sur le territoire régional. Ces critères spécifiques à notre région, qui concernent la participation citoyenne, l’accès au foncier, le développement de l’agriculture biologique et la démocratie alimentaire, sont repris dans le cadre du plan de relance par l’Etat et c’est en tandem que l’Etat et la Région examinent les projets qui répondent à l’appel à projet du plan de relance. Je saisis cette occasion pour me féliciter et remercier les services de l’Alimentation et de l’Agriculture de l’Etat de l’excellente collaboration pour le développement territorial à travers les activités de l’alimentation. Enfin, notre région s’est dotée d’une marque alimentaire régionale assez originale, qui se veut une garantie d’authenticité : non seulement les produits sont fabriqués en Région, mais en plus la majorité de leurs ingrédients doivent provenir de la région. Il y a également des critères particulièrement osés et qui ont demandé des années de travail : que les produits ne contiennent pas d’additifs de synthèse et que leur fabrication contribue à la réduction de l’empreinte écologique.

La prochaine mandature aura en responsabilité de bien coordonner la maquette relance du FEADER avec les acquis de la politique régionale de l’alimentation. En effet, la diversification agricole et l’introduction d’activités de transformation sont  indispensables pour relocaliser l’alimentation et faire des PAT régionaux des porteurs de résilience face aux crises climatiques et écologiques qui ne seront pas sans conséquence sur notre agriculture. Du côté de la marque alimentaire, nous sommes déjà en moins de deux mois, à plus de 600 produits. Les besoins se dessinent déjà nettement : sucre et beurre, par exemple. Il est difficile de s’en approvisionner en circuit de proximité. Le moment est venu en cette fin de mandature de faire encore plus converger les politiques régionales de l’agriculture et de l’alimentation.

La prochaine mandature aura aussi en charge de mener la bataille pour que les régions soient toujours autorité de gestion du FEADER. Il est envisagé de les maintenir en tant que gestionnaires sur les aides non surfaciques, mais cela reste encore à confirmer. En revanche, sur les aides surfaciques qui concernent en particulier les MAEC, les conversions et le maintien en Bio, l’Etat reprendrait la gestion. On peut entendre le souhait des syndicats d’avoir les mêmes aides sur l’ensemble du territoire national, mais l’avenir des politiques de l’alimentation est éminemment une affaire de territoire. En effet, il s’agit, désormais, en priorité de renforcer le lien étroit entre politique agricole et alimentaire pour la re diversification et l’évolution des pratiques vers l’agro écologie et l’agriculture biologique pour lesquelles notre région est en retard.

Je terminerai par une alerte : la compétence alimentation de notre région est fragile, car la Préfecture de Région peut théoriquement toujours nous la reprendre. Si de plus les régions perdent la gestion du FEADER sur les aides surfaciques, donc celles qui orientent le plus les pratiques agricoles, cela représentera une réelle perte de capacité à agir sur l’équilibre des territoires et à donner l’impulsion de la transition écologique.