Portrait Karim Laanaya

Ferroviaire : le projet de gare TGV à Courtalain n’a pas de sens

Intervention de Karim Laanaya 

Monsieur le Président, je profite de ce débat pour le relier au projet de gare TGV en Eure-et-Loir, et inviter le Conseil régional à ne surtout pas financer ni ce projet, ni les études qui pourraient s’y rapporter.

En Eure-et-Loir, donc, on continue de faire rêver la population avec un projet de gare TGV à Arrou-Courtalain, à grand renfort de visites ministérielles et autres coups médiatiques.

Ce projet n’est pas viable et manque de clarté dans son contenu. De quoi s’agit-il exactement ?

Aucun chiffrage n’est annoncé. Nous ne savons pas non plus qui paierait la facture de ce qui s’apparente à un attrape-mouche électoral. J’ajouterai que c’est de la diversion : pendant qu’on amuse la galerie, on ne s’occupe pas des vrais problèmes.

Dans un contexte économique et financier aussi difficile qu’inédit, la maîtrise des finances publiques devrait être de rigueur. Et elle est de notre responsabilité !

Il y avait récemment un très bon reportage télévisé qui montrait que l’entretien actuel des LGV est un gouffre financier et, d’ailleurs, qu’il se fait largement au détriment des lignes ferroviaires classiques, pourtant moins chères à entretenir et pourtant très mal en point en Eure-et-Loir. Et au fond, ce reportage montrait que le TGV n’avait qu’un avenir très limité.

Si l’idée d’une gare TGV semble séduisante, il apparaît qu’elle bénéficierait surtout à des hommes d’affaires et des touristes fortunés, qui ne feraient que transiter à Arrou-Courtalain, mais bien peu aux Euréliens. D’autant que les prix des billets pour emprunter les TGV sont de plus en plus onéreux et s’adressent en effet à une certaine clientèle.

Par ailleurs, nous l’avons déjà dit, partout où des gares TGV ont été aménagées, le prix de l’immobilier a flambé dans un large périmètre, y rendant difficile, voire impossible, l’accès au logement , en particulier pour les revenus modestes.

Est-ce cela le type de société que nous voulons voir se développer, c’est-à-dire une société de ghettos ?

Il faut être bien naïf pour croire qu’un TGV s’arrêtera un jour à Arrou-Courtalain, alors qu’une gare TGV existe à Vendôme (Loir-et-Cher), à une quarantaine de kilomètres plus au sud. 

La SNCF ne s’appuiera que sur la viabilité commerciale d’un tel projet pour s’y associer. Autant dire que la gare TGV d’Arrou-Courtalain est loin d’être sa priorité aujourd’hui !

La réalité est que ce projet est un non-sens en terme d’aménagement durable et équilibré du territoire. Il s’agirait tout au mieux d’une sorte d’enclave parisienne en Eure-et-Loir.

Plusieurs centaines de milliers d’euros ont été déjà engloutis, au frais du contribuable, à travers des études généreusement financées par les Conseils généraux d’Eure-et-Loir et du Loir-et-Cher.

A l’heure où s’ouvre une période électorale importante, il faut avoir le courage politique de dire et d’expliquer à nos concitoyens que nous ne pourrons pas tout financer, et que l’époque où l’État et les collectivités territoriales finançaient un peu tout et n’importe quoi est définitivement révolue.

Ces projets insensés, au moins sur le plan financier, et dont l’utilité n’est pas avérée, se font potentiellement au détriment de services publics de proximité : les crèches, les écoles, les hôpitaux…

Notre conviction profonde est que ni le POCL ni la gare TGV en Eure-et-Loir ne verront le jour. En vérité, personne dans cet hémicycle n’y croit réellement. Ce sont des chimères. Mais nous assistons à une sorte de comédie, avec des faux débats, notamment en ce qui concerne le tracé du POCL.

Je le répète : ces projets n’aboutiront jamais. Autant les abandonner aujourd’hui, nous gagnerons du temps et de l’argent !

La priorité doit aller à l’amélioration des lignes existantes en Eure-et-Loir et en région Centre, mais aussi au projet déjà avancé de la réouverture aux voyageurs de la ligne Chartres-Orléans, essentiellement à la charge de la Région puisque la participation de l’État est marginale.

Et dans la continuité de l’axe Chartres-Orléans, la prochaine étape indispensable à un bon maillage ferroviaire départemental est l’étude de la réouverture de la ligne Chartres-Dreux, comme la Région s’est d’ailleurs engagée à le faire.