Feuille de route pour le développement de l’hydrogène vert

Intervention de Benoît Faucheux

Cette feuille de route s’inscrit dans notre vision de la transition énergétique : 100 % ENR en 2050. Et c’est un défi !

Car il y a 2 types de sources d’énergie : les renouvelables et les non renouvelables.

Les non renouvelables (pétrole et gaz fossiles et uranium fissile) sont par définition de stocks limités, et de surcroît leur utilisation pose d’énormes problèmes pour l’environnement et la sécurité.

Le potentiel de production des énergies renouvelables est limité, c’est ce qui limite la consommation. Il nous faut donc travailler prioritairement sur la consommation, pour privilégier les usages essentiels, et a contrario essayer de se débarrasser des usages non essentiels, et bien sûr ne pas développer des usages non essentiels. Il s’agit donc de choix de vie, de choix économiques et de choix politiques. Pour agir sur ce levier, indépendamment de la question de l’hydrogène, nous avons besoin de débats citoyens, de démocratie permanente.

Deuxièmement il nous faut continuer à améliorer l’efficacité des systèmes, que ce soit pour produire de l’énergie pour la transformer ou pour la consommer. Il y a plusieurs procédés de production d’hydrogène vert, il faut privilégier ceux qui ont les meilleurs rendements énergétiques. L’enjeu pour demain est sans doute de produire de l’hydrogène à partir de l’électricité renouvelable et à partir de gazéification de la biomasse, tout en respectant l’équilibre de la ressource.

Pour la consommation d’énergie, il faut bien avoir en tête que l’hydrogène n’est pas une source d’énergie. Il n’y a pas d’hydrogène disponible naturellement dans l’environnement, c’est la même chose que pour l’électricité. Un des principaux moyens de produire de l’hydrogène est d’ailleurs de transformer de l’électricité en hydrogène en coupant des molécules d’eau. Sa production nécessite de trois à cinq fois plus d’énergie que quand l’électricité renouvelable est directement utilisée.

C’est intéressant pour stocker l’électricité renouvelable qui est très intermittente. Si la production est suffisante, on pourra développer la technique de la méthanation, à savoir la réaction du dioxyde de carbone ou du monoxyde de carbone avec de l’hydrogène, afin de produire du méthane, injectable directement dans le réseau existant, alors que l’hydrogène ne l’est qu’à un faible pourcentage (entre 10% et 20% maximum d’injection). Le méthane est d’ailleurs plus stable que l’hydrogène et donc plus facile à utiliser. Vous vous rappelez peut-être des expériences de physique-chimie, avec explosion de l’hydrogène au contact de l’oxygène de l’air…

L’hydrogène est donc intéressant pour stocker de l’électricité renouvelable. En revanche c’est une mauvaise idée de développer de la production électrique uniquement pour produire de l’hydrogène. Il vaut mieux utiliser directement l’électricité pour les mêmes usages que l’hydrogène. Par exemple pour les petits véhicules, la mobilité électrique a un bien meilleur rendement énergétique que la mobilité hydrogène. Mais l’un comme l’autre ont un potentiel limité et il est illusoire d’imaginer un remplacement de tous les moteurs thermiques par des moteurs électriques, et encore moins hydrogène.

Là aussi, le levier est à la croisée des chemins entre choix individuels, économiques et politiques. A ceci près que les solutions hydrogène vert ne sont pour le moment pas vraiment disponibles à un coût correct, d’où l’importance de soutenir des projets expérimentaux. Et là encore il est utile de développer des débats citoyens et pour cela développer la culture scientifique et techniques des habitants de la région, et développer la capacité de dialoguer pour construire des visions communes entre chercheurs, entreprises, collectivités locales…

Le financement par des fonds publics doit faire l’objet lui aussi d’un débat ouvert et démocratique et c’est vrai que pour le moment il y a au niveau de l’Etat une espèce d’obsession pour l’hydrogène, au détriment de la recherche et du développement des autres énergies renouvelables. L’hydrogène étant comme je l’ai rappelé un vecteur et non une source d’énergie. Et il ne faudrait pas que le slogan « hydrogène vert » soit finalement un faux nez pour l’industrie nucléaire.

Pour chaque énergie renouvelable, et pour chaque vecteur énergétique, il faut mener cette analyse globale et complémentaire, pour définir une politique équilibrée.

Si on prend l’hydro-électricité, il nous faut constater que notre région qui est relativement plate a un tout petit potentiel. Si on rajoute les objectifs de continuité écologique, que nous partageons, à travers notre SRADDET et aussi par notre convention d’actions avec l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, le potentiel de développement est quasi nul. C’est cela aussi la cohérence des politiques publiques dont nous avons besoin pour avancer.

Vous l’aurez compris, nous nous réjouissons qu’à travers cette feuille de route notre Région pose une nouvelle brique pour sa transition énergétique.