Formation des demandeurs d’emploi

Intervention de Charles Fournier

 

Ce rapport fait suite à celui présenté lors de notre précédente session. Nous avions exprimé notre accord pour que nous engagions la Région dans le plan national « 1 million de formations supplémentaires pour les demandeurs d’emploi », tout en exprimant quelques interrogations sur les conditions de sa mise en oeuvre.

 

Notre Région avait en fait déjà anticipé les règles fixées par la loi du 5 mars et finalement il y a une certaine logique à ce que nous poursuivions dans cette voie. Elle traduit le renforcement du rôle de la Région, la mise en cohérence de la gouvernance de la formation, du système des acteurs de la formation et conduit au renforcement du rôle du quadripartisme.

 

Le rapport précise les conditions de mise en œuvre de ce plan ainsi que l’évolution des modalités d’achat de formation, pour être en phase avec l’ambition du plan.

 

Sur la mise en œuvre du plan « 1 million »

 

4 000 places supplémentaires seront proposées directement la Région, sur un total de 11 758, le reste étant directement mobilisé par Pôle Emploi. L’effort est conséquent et mérite d’être salué.

 

Saluons également l’ancrage renforcé du quadripartisme quant à la mise en œuvre des politiques emploi-formation, ici à l’œuvre pour concrétiser ce plan et le rôle joué par le COPAREF tant dans l’analyse des besoins, la mobilisation des OPCA ainsi que sur la mobilisation du CPF et du FSPP. Cet investissement conséquent permettra sans doute de montrer la voie pour le recours à ce compte personnel. La possibilité offerte de d’augmenter le nombre d’heures du CPF pour les demandeurs d’emploi aura pour effet supplémentaire, de donner sens à ce compte et de contribuer à l’idée initial qui a fondé sa mise en place, celle d’un nouveau rapport plus personnel et autonome à la formation.

 

Nous devrons tirer tous les enseignements de cette expérimentation. Il aurait été utile puisqu’il s’agit d’une expérimentation, de préciser ses conditions d’évaluation, pour que nous puissions demain adapter nos dispositifs et nos démarches. Une expérimentation ne saurait exister sans une méthode rigoureuse pour mesurer les effets de l’expérience. Il nous semble que cette évaluation devra porter sur :

  • Les conditions d’accompagnement des demandeurs d’emploi vers la formation et l’emploi: la vision parfois mécaniste et adéquationniste qui peut laisser à penser qu’il suffirait d’augmenter l’offre de formation pour répondre aux besoins exprimés par les entreprises, que la prescription et l’accompagnement seraient les causes d’une inefficacité. A ce titre, je salue la volonté de concrétiser le CEP même nous le savons la route est encore longue. C’est une opportunité pour accélérer cette mise en œuvre d’un droit universel proposé par la loi de mars 2014. Pourtant les questions de moyens pour l’effectivité de ce conseil reste entière, la mise en cohérence entre les opérateurs habilités. Qui sait aujourd’hui qu’il bénéficie de ce droit ? Comment encourager les demandeurs d’emplois et les salariés à en faire usage ? Entre prescription et conseil comment s’y retrouver ? Il est en tout état de cause indispensable de renforcer les capacités d’accompagnement. Pôle emploi sera-t-il en mesure de jouer ce rôle d’accompagnement rénové ? Je peux mesurer en ma qualité de président du GIP alfa, que le numéro de conseil pro que nous avons créé à destination des salariés, est encore aujourd’hui utilisé à plus de 50% par les demandeurs d’emploi. Les enjeux de la prescription et de l’accompagnement sont pour nous essentiels et nous avons quelques inquiétudes quant à cet aspect de la problématique.
  • L’adéquation avec les difficultés exprimées par les entreprises lors des cordées. Lors de ces cordées, nous avons entendus les difficultés de recrutement des entreprises. Si bien sûr la formation était un sujet, il n’était pas le seul loin s’en faut :
    • La question du parcours d’entrée dans l’entreprise et du temps nécessaire pour acquérir les codes du métier. C’est aussi un enjeu d’accompagnement, c’est la question du management, c’est la formation en intra. A ce titre, la mobilisation d’actions collective de formation parcours métiers, est intéressantes pour répondre aux enjeux.
    • La question de la fonction RH particulièrement pour les PME-PMI: construire un recrutement, Les méthodes de recrutement pas toujours adaptées  : profil de poste sur dimensionné ou mal décrit, difficulté pour l’entreprise de formuler l’offre, accompagner dans l’entreprise…
    • La question du savoir être, certes on peut s’y former mais on voit bien là que c’est aussi dans l’entreprise que l’on acquière ce savoir être et qu’il s’agit aussi de ne pas ignorer la question du savoir être de l’entreprise.
    • Des questions singulières liées aux territoires: absence de compétences a proximité, difficulté quant à la mobilité, au logement, garde enfants…
    • Enfin celle de l’image et la réalité des métiers, il y a un discours commun à construire sur les métiers, pas un discours que l’on entend souvent : les jeunes ne sont plus prêt à se lever tôt pour être boulanger ou autre, ou ce métier il est exigeant et aujourd’hui personne ne veut faire les efforts. Ce discours est inefficace et contre-productif. Il faut parler des savoir-faire, de la beauté du geste, du sens que porte le métier, il faut améliorer les conditions d’exercice de ces métiers, réduire la pénibilité, prévoir les évolutions de compétences et de parcours…D’autres facteurs peuvent jouer sur les difficultés de recrutement et se cumuler : Des facteurs liés aux métiers et à leurs conditions d’exercice : Contraintes physiques des métiers, rythme de travail : horaires décalés, de nuit, saisonnalité…, salaires…
  • Et bien sûr les effets réels sur l’accès à l’emploi durable. Effectivement, il nous faudra mesurer les effets directs de ces offres supplémentaires et des mesures prévues sur l’emploi, la correspondance entre formation suivi et l’emploi auquel accéderont les demandeurs d’emploi.

 

Tout cela invite demain à compléter notre expérimentation par d’autres mesures : développement des services mutualisés RH avec les branches pro, agir sur l’image des métiers, mobiliser la GPECT et identifier les freins locaux à l’accès à la formation et à l’emploi.

 

 

Lors de la session de juin, nous questionnions les moyens accordés à cette expérimentation et le présent rapport apporte des éléments de réponse rassurant. 35,2 millions d’euros d’efforts de l’Etat ajoutéq à la mobilisation du FPSPP, qui permettent a priori de couvrir les coûts des places supplémentaires, ainsi que les coûts de rémunération des stagiaires.

 

Il faut bien sûr articuler toutes les sources de financement et modalités d’accès : chèque formation de la région (hors PRF), AFPR (action de formation préalable au recrutement), POEI (Préparation Opérationnelle à l’Emploi individuelle), AIF (Aide Individuelle à la Formation) mais aussi chèque accompagnement VAE. Des exemples de POEC réussie ont été présenté dans le cadre des Cordées, elles doivent constituer des pratiques inspirantes. Elles permettent de prendre en compte plus dimensions de l’accès à l’emploi dont la formation.

 

L’évaluation de cette expérimentation devra d’ailleurs faire état du rapport d’efficience de ce plan en indiquant les effets leviers réels des moyens importants mobilisés.

 

Pour réussir cette mise en œuvre du plan, il faut aussi des moyens humains. Forcément une telle ambition va venir percuter la charge habituelle de travail. Je ne doute pas que nous soyons attentifs à cela en interne du Conseil régional, mais la question est sans doute plus large : les moyens dédiés aux prescripteurs, accompagnateurs pour un travail de qualité ; les moyens des organismes de formation à répondre à la demande, à recruter des formateurs.

 

La question de l’analyse des besoins

 

Nous avons largement progressé dans l’analyse des besoins et notamment à l’appui des outils de diagnostics sectoriels développé par le Gip Alfa (Oriom), sur l’évolution des métiers et des qualifications, repérage des besoins en recrutement des entreprises, résultats des analyses avec la GPECT,…). L’augmentation du nombre de formation ne doit pas empêcher de maintenir ce niveau de qualité de l’analyse des besoins sinon, l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi entrés en formation n’aura qu’un effet statistique de réduction du chômage, le temps de la formation, sans résultats «durables» de retour à l’emploi. C’est une question importante dans la perspective du SRDEII et du SREFOP et elle y trouvera toute sa place.

 

La question des outils/systèmes d’information à ne pas mésestimer

 

Au-delà d’un affichage par la Région d’un pilotage unique de la formation, impliquant un «pilotage» de Pôle emploi, il existe un enjeu technique non négligeable et ayant suivi les travaux de mise en œuvre du CPF, je peux vous dire l’importance du sujet, c’est celui des outils et du système d’information Si la convention signée entre Pôle emploi et la région prévoit cette articulation notamment entre KAIROS, outil pôle emploi de lien avec les organismes de formation et le SI de la région, notamment du GIP, nous avons que entre intention et réalité, l’écart peut être grand en matière de tuyauterie de système d’infos…

 

Sur les nouvelles modalités d’achat

 

Le choix de passer en marché à bon de commande est une bonne réponse au besoin de réactivité et d’adaptation constante des réponses à apporter en matière de formation. Si le rapport nous indique ce que seront les évolutions dans la manière de construire le PRF en cours de préparation, nous aurons à nous prononcer à la fois sur les objectifs et sur le contenu de l’offre de formation.

A ce stade, nous sommes bien sûr en accord pour articuler nos visas avec les exigences du CLEA établi par les partenaires sociaux et permettant de mobiliser le FPSPP. Sur les parcours métiers et l’orientation de 80% des financements vers formation qualifiante, nous partageons bien sur cette priorité, nous devons absolument conserver une offre de formation d’insertion et préqualifiante. Il sera d’ailleurs important que la bonne articulation au sein du quadripartisme, permette une meilleure articulation entre offres de formation du PRF et formations éligibles au CPF.

 

Pour conclure je voudrais dire notre accord avec les propositions de ce rapport et tout en même temps souligner deux enjeux que les écologistes considèrent comme essentiel:

  • C’est le respect des projets de vie des personnes concernées, c’est aussi d’interroger les demandeurs d’emploi comme on interroge les possibles employeurs sur cette situation. Ils ne sont pas que des nombres, ils sont aussi des personnes porteuses de projets, d’aspirations qui méritent notre respect nous qui ne faisons pas face à cette situation. Ainsi, si les « cordées du territoire » ont mobilisé principalement des chefs d’entreprises et des acteurs économiques ou du champ emploi-formation, nous devons aussi être à l’écoute de celles et ceux qui subissent le chômage. Des cordées des demandeurs d’emploi et des salariés pourraient être aussi l’occasion d’entendre d’autres lectures complémentaires de la situation.
  • C’est la prise en compte du changement de modèle, de la transition écologique qui peut être créatrice de métiers nouveaux porteurs de sens, compatibles avec notre planète et pour lesquels chacun et chacune se sentent utiles. Les écologistes considèrent que la formation est aussi un levier pour faire évoluer l’économie, pour préparer les métiers de demain, pour engager la transition écologique de l’économie. Répondre aux enjeux du court terme certes mais aussi préparer l’avenir. Notre offre de formation doit aussi s’inscrire dans cette dynamique. Certes cet enjeu d’évolution des compétences fait partie des quatre orientations indiquées dans le rapport mais il doit être poussé par un engagement plus volontaire des entreprises que la région doit soutenir vers le progrès social et environnemental, vers des activités soutenables et durables. Cette ambition ne saurait se contenter d’une adaptation au fil de l’eau mais bien d’engagement dans le cadre du futur SRDEII et du SREFOP à accélérer cette transition. Le temps ne joue pas en notre faveur, les enjeux climatiques, environnementaux tout comme les enjeux de la qualité de vie au travail, de réduction de la pénibilité, sont des urgences auxquelles nous devons répondre.

 

Si nous partageons les conditions de mise en œuvre proposées et saluer l’engagement efficace de notre région, nous restons attentifs à ce qu’il contribue au-delà de l’urgence absolue de répondre à la situation de l’emploi,   à préparer l’avenir de chacun(e) et notre avenir collectif. Les efforts consentis seraient vains si nous n’allions pas plus loin dans la volonté de faire évoluer notre modèle économique pour qu’il soit durable, inclusif, producteur d’égalité et compatible avec les enjeux planétaires.

 

Merci.