Formation des demandeurs d’emploi

Intervention d’Estelle Cochard

 

Monsieur le Président, chers collègues, l’expérimentation proposée d’un pilotage de la formation professionnelle sur notre territoire régional recueille notre assentiment. Mon propos portera sur quelques mises en perspective qui nous paraissent importantes à préciser.

Je veux tout d’abord mettre l’accent sur la formation tout au long de la vie  comme fil rouge à cette expérimentation. Et ce n’est n’est pas un gadget, ni, a fortiori, une manière de mieux utiliser les hommes et femmes comme variables d’ajustement de l’économie, en les faisant passer sous la toise de l’employabilité. C’est au contraire un véritable projet de société. En effet, la civilisation industrielle s’est construite sur l’illusion que les ressources naturelles étaient illimitées et en s’accommodant de l’idée que les capacités des êtres humains étaient inégalement réparties et naturellement limitées par leurs « dons » respectifs. Le productivisme a poussé cette conception à son paroxysme, encourageant le pillage du monde et creusant les inégalités, conçues comme des fatalités.

Nous savons, aujourd’hui, que les ressources naturelles sont limitées. Cela impose de fonder un autre modèle de développement appuyé sur de nouvelles formes d’organisation économique et sociale qui ne peuvent exister que grâce à une mobilisation sans précédent de l’intelligence et de la créativité des humains. La formation tout au long de la vie, c’est la possibilité, pour chacune et chacun, de construire son histoire personnelle et professionnelle sans être enfermé dans une voie définie à l’avance par sa formation initiale, ses premières expériences, son territoire d’origine. C’est la capacité offerte à chacune et à chacun de choisir ses apprentissages et ses activités en fonction de ses goûts et des projets qu’il veut et peut mener à bien. C’est le refus de toute exclusion et de toute fatalité. Il s’agit autant de former le citoyen que le professionnel.

Les compétences de la Région sont larges en matière de formation et elles concernent aussi bien les jeunes que les adultes, l’orientation que les formations techniques, l’enseignement général que l’apprentissage. La Région doit garantir dans cette expérimentation l’accompagnement de chaque jeune ou adulte, pour trouver sa place de citoyen actif et responsable dans la société, en l’aidant à s’orienter et en sécurisant ses parcours de formation tout au long de la vie, dans une société en pleine mutation et qui devra amorcer sa transition écologique.

Les entreprises demandent des formations sur les métiers en tension alors que ce sont des métiers en tension sur le court terme et qu’il est difficile de donner de la visibilité sur des métiers en cours de mutation ou d’émergence. Il faudra bien entendre là travailler en terme de ressources humaines et pas seulement de main d’oeuvre. L’effort de prospective devra être réalisé pour apporter les éléments de profondeur et de perspective.

Il faut aussi créer des passerelles entre les métiers et les emplois par un travail entre les régions et les branches pour permettre aux salariés de changer de métier, de favoriser les transitions professionnelles et sécuriser les parcours professionnels.

Les offres de formation doivent offrir l’opportunité de former le professionnel et le citoyen d’aujourd’hui, certes mais surtout de répondre aux enjeux du  monde de demain dans un environnement durable.

La réussite du pilotage régional reposera sur la capacité de la Région à mettre en confiance, à donner des perspectives fortes aux différents protagonistes, à favoriser les complémentarités, à ne pas se substituer à l’un ou l’autre mais à créer des synergies. Les négociations seront nécessairement constructives avec des partenaires qui irriguent le territoire.