Formation : prendre le virage de la transition écologique

 Intervention d’Estelle Cochard

Pour que la transition écologique telle qu’intégrée dans notre SRDEII, fédère tous les acteurs, notamment professionnels, la question des emplois, de la formation et des reconversions professionnelles doit être au cœur du débat. Le CPRDFOP propose déjà des actions allant dans ce sens.

Il y a cependant un certain nombre de pré-requis, dont le premier concerne les modalités de reconversion des secteurs et des salariés qui devront nécessairement voir leurs métiers profondément évoluer. Cela concerne aussi l’ensemble des dispositifs de formation.

Une transition écologique juste socialement est possible :

Intégrer les éléments de la transition écologique de la formation initiale à l’ensemble des dispositifs de la formation tout au long de la vie constitue un formidable cadre structurant.

En constituant un fil rouge, cela favorisera aussi la fluidité des parcours de formation.

En permettant à chacun de contribuer, de participer pleinement à un modèle de société porteur d’avenir, de sens, et d’emplois comme Charles en a déjà fait part, cela est facteur de motivation et de mobilisation.

Parce que si les mutations environnementales peuvent impacter certains secteurs d’activités et conduire à des pertes d’emplois, en étant accompagnée, pensée et préparée, la transition écologique sera créatrice nette d’emplois. Certains secteurs comme celui de l’automobile sera impacté par les politiques de la transition écologique et de la lutte contre la pollution d’air mais en même temps de nouveaux marchés s’ouvrent avec des véhicules électriques et des services d’auto-partage.

Si l’on prend l’exemple de l’évolution des modèles d’entreprise linéaires vers des modèles intégrant la circularité sont souvent liées à des initiatives de personnes au sein des entreprises, mais ne se développent finalement qu’avec l’impulsion d’un management convaincu, et de salariés partageant cette orientation.

Cela suppose une montée en compétences partagée ; montée en compétences pour évaluer le produit et éventuellement le modèle d’affaires sous un angle nouveau. Partagée, parce qu’une telle évolution implique l’ensemble des services d’une entreprise : R&D, puis achats, production, marketing, commerciaux, puis logistique, services supports (finances, RH, contrôle de gestion, …), management …

L’apprentissage de la circularité doit donc constituer un élément transverse et intégré dès les formations initiales, qu’elles soient générales, professionnelles, par alternance, continue…

C’est là un enjeu d’acculturation dont les effets sur notre société seront vertueux.

Nous voyons bien, à travers ces exemples que l’ensemble de la carte des formations est impactée et tend à être modifiée en profondeur.

Il nous faut aussi repenser les outils d’accompagnement  des reconversions dans le cadre de la transition écologique :

-Nous suggérons donc une réflexion sur l’instauration d’un fond qui assurera le maintien des droits des salariés en reconversion des secteurs fragilisés par la transition écologique.

-Valoriser dans le cadre du CIF et du DIF des formations qui intègrent des « briques de compétences » des métiers verts et verdissants identifiés par l’ONEMEV4 et l’apprentissage à la circularité.

-Pour que le Compte personnel de formation (CPF) devienne un outil, dans le cadre de la transition écologique il est en effet nécessaire de réfléchir sur une valorisation des formations professionnelles en direction des métiers verts et verdissants.

-Pour que le dispositif du Conseil en évolution professionnelle (CÉP) et plus généralement le service public de l’orientation puisse jouer un rôle favorisant l’orientation vers les métiers de la transition écologique, il est nécessaire que ces acteurs soient formés sur les enjeux de la transition et les métiers verts qui y sont associés sur leur territoire, avec l’appui des observatoires régionaux.

-Dans le cas d’une entreprise d’un secteur fragilisé par la transition écologique, il faudrait que l’entreprise s’engage obligatoirement dans un plan de formation avec une obligation de proposition d’un bilan de compétences.

-Les formations proposées dans le cadre de ces 3 dispositifs (les Conventions FNE | Formation, le contrat de sécurisation professionnelle | CSP et le congé de reclassement) devraient valoriser davantage les orientations vers des qualifications et des métiers cohérents avec la transition écologique et intégrer la circularité.

-Afin de pouvoir mettre en valeur les formations professionnelles qui mènent vers des métiers verts ou verdissants, il faut qu’elles soient clairement identifiées par les Commissions Nationales Paritaires pour l’Emploi de chaque branche professionnelle, les Organismes Paritaires Collecteurs Agréés de branche et interprofessionnel (OPCA), les Organismes Paritaires Agréés au titre du Congé Individuel de Formation (OPACIF) et le Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels (FPSPP) pour le champ inter professionnel.

Oui, Monsieur le Président, Mme la Vice-présidente, une transition écologique juste socialement est possible car nous avons, de part les compétences de la Région et tout particulièrement ce CPRDFOP à gouvernance quadripartite les conditions de réussite à notre portée pourvu que l’on tende encore plus vers ce but. Notre Région a les moyens de représenter cette avant-garde.

NB :

L’Observatoire national des emplois et métiers verts (l’Onemev) a identifié dans la nomenclature des métiers (ROME), 9 métiers verts et entre 66 et 73 professions verdissantes. Les métiers verdissants sont ceux dont la fin « briques de compétences »  pour prendre en compte de façon significative et quantifiable  la dimension environnementale dans le geste métier38  et la compatibilité avec des principes de la transition écologique.