Une crise permet de mesurer l’état de santé démocratique d’un pays

Dans cette édition de la rubrique « héros du quotidien », nous accordons une attention à ceux qui, ici en France comme ailleurs, veillent au respect des principes démocratiques dans un contexte de crise qui invite trop facilement à la restriction d’information et à la concentration des prises de décisions. 

En région :

Villes au Carré : un outil pour accélérer la démocratie dans les territoires. L’association Villes au Carré, partenaire du Conseil régional Centre-Val de Loire dans la déclinaison de sa politique de démocratie permanente, entend créer les conditions d’une implication citoyenne plus importante dans les territoires de la région. L’association s’appuie sur deux outils : « La fabrique » qui est à la fois conservatoire, laboratoire, cercle de réflexion, piste d’entrainement, lieu d’expérimentation, en somme un espace de mise en culture de la démocratie permanente en région Centre-Val de Loire.

Les porte-voix : les « fourmis » de la démocratie dans les territoires. Susciter l’action citoyenne, le débat public, la création d’espaces de débat, de lieux tiers : telles sont les missions des « porte-voix » qui constituent le deuxième pilier du développement de la démocratie permanente en région. Il s’agit d’un réseau de personnes volontaires qui reçoivent un accompagnement, une formation, pour être des démultiplicateurs de la démarche dans les territoires, pour poursuivre des expérimentations ou pour faire émerger des initiatives locales.

A l’échelle nationale et internationale :

L’élaboration collective et citoyenne : une ambition démocratique nationale en temps de crise. En temps de crise, les principes démocratiques sont souvent remisés derrière l’urgence à prendre des décisions et à agir. Ces périodes nous permettent de mesurer l’état de santé démocratique d’un pays. Si en France, le temps du bilan n’est pas encore venu, il conviendra que notre système démocratique puisse tirer les leçons de la gestion et de l’anticipation de cette crise sanitaire. De plus en plus de voix s’élèvent pour demander une « concertation » nationale portant notamment sur les modalités de sortie du confinement, sur le recours aux tests et sur les conditions de leur mise en œuvre, sur les mesures d’accompagnement des situations exposant aux précarités sociales et aux vulnérabilités économiques, sur l’anticipation des dispositifs indispensables à la prévention d’une possible « deuxième vague ».

Démocratie dans l’entreprise et indépendance de l’inspection de travail : une exigence démocratique en temps de crise et post-crise. Pour beaucoup de salariés, la perspective de la reprise après deux mois de confinement est angoissante. Le respect strict des mesures de sécurité sanitaires dans les entreprises permettra-t-il des conditions de travail sécurisées ? Les équipements de protection seront-ils au rendez-vous ? Entre la marche forcée de la reprise économique sans contrainte et l’exigence de protection des salariés garantie par l’inspection du travail, les tensions sont palpables. La mise à pied d’un inspecteur du travail pour avoir adressé des lettres de rappel de la réglementation à des entreprises, demandant la fourniture d’équipements de protection individuelle pour les travailleurs, montre à quel point ces « garde-fous » de la démocratie au travail exercent leur mission sous pression gouvernementale. La démocratie dans l’entreprise reste une bataille culturelle et réglementaire pour mieux impliquer et mieux s’appuyer sur l’expertise des salariés, pour que ceux-ci puissent être a minima entendus et dans le meilleur des cas parties prenantes des solutions de crise et post-crise. La culture démocratique en entreprise doit amener les entreprises vers des stratégie de résilience. Cela passe par des moyens renforcés en direction des départements RSE pour leur permettre de développer des projets portant sur le cœur de métier de l’entreprise, pas seulement des actions de « greenwashing ».

Lanceurs d’alerte : « héros » de la démocratie en temps de crise. En décembre 2019, en Chine, la pandémie commençait son expansion. Huit médecins ont été arrêtés pour diffusion de fausses informations alors qu’ils alertaient sur les premiers signes de l’épidémie. Signe des temps qui changent et/ou souci d’exemplarité sur la scène internationale : la Cour suprême de Pékin les a réhabilités, leur conférant un statut de lanceurs d’alerte. Si la première des motivations fut certainement d’étouffer la polémique grandissante, c’est bien l’exigence de transparence et de justice devant l’accès à l’information qui est sortie victorieuse de ce faits divers chinois.