Innovation dans l’agriculture

Intervention de Christelle de Crémiers

 

Ce rapport est l’occasion de rappeler que les écologistes non seulement sont favorables à l’innovation, mais l’appellent de leur vœux. Nous pensons que l’innovation en matière agricole est fondamentale. Ce rapport le reconnaît formellement. C’est pourquoi nous voterons ce rapport. Cependant nous n’avons pas d’obsession pour la technologie. L’innovation ne veut pas dire faire table rase du passé, l’innovation scientifique s’enrichit de l’ensemble des savoirs et savoir-faire.

Les raisons pour lesquelles nous le voterons sans enthousiasme résident à la fois dans certaines contradictions ou incohérences et dans des manques qui émaillent les cinq axes stratégiques.

Tout d’abord, il est rappelé dans le rapport que l’agriculture représente en France 20 % des émissions des GES. En fait il s’agit du double. Et sans le dire clairement, l’axe 1 « s’adapter et atténuer les effets du changement climatique » perd de sa force et de sa crédibilité. En effet, la production des intrants minéraux et chimiques utilisés par l’agriculture conventionnelle, représente à elle seule autant d’émission de GES que l’ensemble du secteur agricole. Mais le Ministère de l’Environnement les comptabilise dans le secteur énergétique, au lieu de les comptabiliser dans le secteur agricole. Il faudrait en fait considérer que l’agriculture, avec l’utilisation d’intrants chimiques, émet 40 % des GES et non 20 % ce qui est énorme et ce qui fait que le secteur agricole est le premier secteur à viser si l’on veut contenir les effets du dérèglement climatique. Et donc l’axe 1 devrait au moins évoquer l’innovation nécessaire pour se passer d’intrants minéraux et chimiques, et pas seulement les réduire. Il devrait au moins évoquer l’innovation dans l’agriculture biologique qui est une innovation qui respecte le vivant au lieu de le détruire. Pour trouver l’espèce de plante qui éloigne la ciccadelle du maïs, et qui permet d’arrêter d’utiliser des insecticides tout en ayant une empreinte écologique nulle, il a fallu aux ingénieurs plus de dix ans de recherche scientifique.

Sur la robotisation invoquée dans l’axe 4, là aussi il faut être cohérent avec l’axe 1 : il n’y a pas de robotisation sans énergie, et à ce jour, on ne peut valablement parler d’énergie, sans que cette énergie soit fossile. Et sans que les emplois soient détruits.

Au lieu de rechercher l’amélioration de la compétitivité des agriculteurs, ce qui veut dire produire plus à moindre prix et qui est une quête vaine, car il y aura toujours un moins disant sur le marché, la Région devrait être réellement innovante en jouant pleinement son rôle d’anticipation auprès de la population dans un domaine aussi stratégique que celui de la nourriture. Anticipation des crises mondiales : financières, énergétiques, environnementales. Les territoires trop spécialisés dans une culture en particulier sont des territoires fragiles. Un axe stratégique aurait dû être la réintroduction de la diversité des productions agricoles par bassin de vie. Anticipation des inondations : en effet, les inondations sont d’abord la conséquence de sols appauvris quand ils ne sont pas artificialisés. L’agriculture conventionnelle a transformé des sols qui étaient des éponges absorbantes en nappes de toile cirée. Or la sciences des sols et de microbiologie n’est tout simplement plus enseignée en France.

Nous serons attentifs en conséquence à ce que les porteurs de projets agréés et choisis représentent bien l’ensemble des innovations possibles en matière agricole, et non seulement des innovations technologiques.

Ce sont quelques exemples qui montrent combien on peut innover dans un appel à projet innovation. Sortir des sentiers battus, de l’éternelle rengaine de la productivité et de la compétitivité qui s’avèrent vaines et qui maintiennent une agriculture sous perfusion de crise en crise. On le constate depuis des dizaines années, alors innovons enfin !